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The Man in The High Castle : comment est-ce de faire un film sur le fascisme à l’ère de Trump ?

20 Déc

Les acteurs et producteurs de l’univers alternatif imaginaire d’Amazon comparent le film avec le monde d’aujourd’hui et disent comment celui-ci serait en mesure de provoquer un changement. Dans un précédent article, nous avons dit à quel point une partie des intellectuels américains, souvent d’origine juive, étaient véritablement pris de panique avec l’arrivée de Trump au pouvoir. Pour les amateurs de Philippe K.Dick, dont je suis, un univers parallèle, celui qui selon le roman avait vu le triomphe du Japon et de l’Allemagne nazie est en train de se réaliser. Un film a été tourné et les Américains qui voient tout à coup surgir des tenants de la « suprématie blanche » se demandent comme est-il possible de survivre. Si film il y a sur le fascisme ce serait celui de la paranoïa de Philip K.Dick, dont le corps est un shaker de drogues, c’est un peu l’impression que nous ont donné ces derniers temps les Américains et leurs admirateurs inconditionnels dans les médias (traduction de Béatrice Courraud et note de Danielle Bleitrach)

Alexa Davalos in

Ce qui est le plus difficile à supporter dans  « The Man in the High Castle », ce sont les croix gammées. Portées négligemment comme des pins, attachés fièrement sur les avant-bras, dispersées de façon supposée naturelle dans les maisons américaines – vous les voyez partout. Il s’avère que c’est aussi la partie la plus difficile à filmer.

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« C’est une iconographie discordante, c’est sûr »,  avoue D.J. Qualls lors d’une conférence de presse pour la sortie de Saison 2 de la série Amazon, « Imaginez ce qu’il arriverait si les puissances de l’Axe avaient gagné la Seconde Guerre mondiale, et non les Alliés ? Quand on a tué le pilote on tournait  à Seattle avec environ 150 figurants en costumes d’époque et uniformes nazis. A voir les caméras, les gens réalisaient qu’on tournait un film ou une série télévisée, malgré cela le climat était tendu, les gens étaient tendus parce que c’était effrayant et nous associons l’effrayant à ces images-là – à juste raison.

Les associations se sont encore plus effrayées le dernier mois de l’élection présidentielle de 2016 car cette dernière a suscité une montée terrifiante des crimes avec un Président élu qui a menacé directement la liberté de la presse et autres libertés civiles et a rendu plus visibles des groupes connus pour leurs différentes étiquettes, entre autres, néo-nazis.

Ces 70 dernières années on a utilisé les Nazis sous forme de méchants dans les BD de la culture pop. “The Man in the High Castle” se passe en 1962, cela continue, l’idéal nazi de pureté génétique conduit à exterminer systématiquement les juifs et les handicapés physiques.  Alors qu’un certain nombre de personnages trouvent le moyen de se révolter au sein de cet environnement fasciste, beaucoup d’autres continuent de mener leur vie tranquillement.

Alors que Saison 2 fut tournée plus tôt dans l’année, avant que le film n’acquière ses lettres de noblesse, la distribution montre combien le film est en étroite relation avec le climat politique actuel. On a posé la question à Brennan Brown, qui joue le rôle de Childan, l’antiquaire. Il a relevé le défi : « Cela ne devrait pas compliquer les choses », répondit-il, « Cela devrait être un sujet dont on aurait envie de discuter »

Joel de la Fuente, qui joue le rôle de l’Inspecteur Chef Kido, acquiesce. « Si nous voulons faire un travail de fond, ou viser un but artistique, nous devrions, en cas de succès, provoquer le dialogue et le débat. »

Le travail dans la bulle.

Pour ceux qui étaient engagés dans les séries, l’impact potentiel que pouvait produire l’élection sur la réception de « High Castle » ne constituait  pas un facteur important pendant la production. « J’ai tourné le film dans une bulle totale », dit Qualls, « Je n’y ai pas pensé. Je suis là pour faire mon travail et trouver la vérité de mon personnage. Je pense à ce que je vais manger au déjeuner. Je fais ça parce que c’est notre métier. Nous racontons des histoires, mais si vous rentrez trop à l’intérieur cela risque de vous égarer. Et c’est difficile d’avoir peur d’un officier nazi quand son micro est visible. »

Rupert Evans, qui joue le rôle de Frank Frink,  combattant résistant en herbe,  espère que les téléspectateurs y verront une échappatoire. « Ils peuvent s’immerger dans la vie de ces gens. J’espère que les gens peuvent s’échapper de leur monde si c’est ce qu’ils désirent, juste observer ce nouveau monde et ses personnages, comment ils s’arrangent avec leur vie dans ce nouvel environnement dans lequel ils se trouvent. »

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Comment était-ce réellement possible ? Comme on l’a mentionné, une telle évocation a toujours un impact.

« Quand vous tournez une scène, après huit ou neuf heures, vous dites des blagues parce que vous travaillez tous ensemble », dit de la Fuente. « Mais si vous êtes à l’extérieur sur une place publique avec des gens autour qui portent des croix gammées sur leur veste, alors vous êtes vite rappelé à l’ordre.

« Il est doublement dur de s’échapper dans le contexte d’aujourd’hui », dit la productrice  exécutive Isa Dick Hackett.  « Je pense que ce film sert presque un autre but, d’une certaine façon en raison de ce qu’il se passe ici. Je ne m’attendais pas à ça. Je ne l’imaginais pas. Je pense que personne n’imaginait un tel résultat aux élections, certainement pas pendant que nous tournions. Mais ça ne pouvait pas mieux tomber- littéralement.»

Un livre qui parle d’aujourd’hui, écrit en 1962.

« Les origines du roman de Philip K Dick constituent à la fois une pierre de touche et un élargissement de son impact. Je pense en vérité que le fascisme existait avant que le livre ne soit écrit », déclare la star Alexa Davalos, « ce qui se déploie en dernier lieu, pendant et après l’écriture de ce roman, c’est l’exploration de la façon dont chaque être humain essaie de survivre à cette épreuve. Je pense que c’est ce qui prévaut.»

Luke Kleintank, qui joue le rôle de Joe Blake, l’agent nazi, a un point de vue cynique. « L’être humain écrit l’Histoire et l’Histoire se répète. Aussi je pense que l’on peut voir le monde d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. »

Brown hésite cependant à nouer un lien direct et faire une comparaison entre « High Castle »  et notre monde actuel et remarque : «  J’ai du mal à dresser des parallèles entre les événements qui se passent dans notre pays et ce qui se passe dans le film parce que ce ne sont pas les mêmes choses. Notre série n’a pas pour sujet l’usurpation des valeurs de l’Amérique, c’est une histoire alternative sur ce qui serait arrivé si la Seconde Guerre mondiale avait suivi un cours différent. »

« Mais les réactions sont les mêmes parce que ce sont des réactions humaines », répondit Qualls.

« Et c’est la même rhétorique », ajouta de la Fuente.

Brown est d’accord. La conception du livre est géniale car elle peut s’adapter à n’importe quelle structure socio-économique. L’abus de pouvoir, le démantèlement  de la dignité et des droits humains est ce à quoi, nous, appartenant à l’espèce humaine, devrons faire face.

Effectivement, nous voyons une autre Amérique dans « High Castle », une Amérique soumise à des règles étrangères, loin des statuts de la super puissance qui ont défini son rôle dans la seconde moitié du 20ème siècle. Pour Cary-Hiroyuki Tagawa, qui joue le rôle de Tagomi, Ministre du Commerce,  cela nous ramène à une autre forme de valeur. « Je n’ai pas souvenir d’un moment où l’Amérique a été dans une situation à se regarder de façon plus humble et non comme  super vainqueur. Nous avions besoin de ce réveil. »

Qu’espère Kleintank de la vison des téléspectateurs ? « J’espère qu’ils voient l’Amérique d’aujourd’hui  de façon autre qu’elle est supposée être. »

Hackett fut au départ plus réticente à exprimer ce qu’elle ressentait sur la manière dont le climat politique actuel pesait autour des conversations sur “High Castle”. « Je ne veux surtout pas tromper les téléspectateurs parce que je pense que ce film est important pour tous, quelle que soient les positions. Je pense que ce roman est un conte antifasciste. Il parle de liberté, de démocratie, de comment les gens, dans ce monde-là, ont été vaincus et ont commencé à accepter les choses et à  normaliser. Dans ce monde-ci, les mêmes choses me préoccupent. Je m’inquiète d’une certaine rhétorique. Je m’inquiète du « eux vs.nous » qui divise les gens.

De la Fuenta remarque que le film est capable de contrebalancer ce dernier problème. « Si nous ne pouvons dès maintenant nous asseoir et parler ensemble de notre vraie vie, alors nous pouvons peut-être le faire à travers les personnages du film – en ce cas, ce que nous ferions correspondrait à une immense aide sociale.»

Outre le fait que le producteur Davide Zucker  a initié ces conversations,  l’intérêt de ces séries ne lui a pas échappé lorsqu’il a demandé  aux téléspectateurs de regarder à l’intérieur d’eux-mêmes. « Vous vous réveillez chaque jour en essayant de comprendre. Quelle est cette réalité dans laquelle je vis et que puis-je faire pour améliorer la vie des gens que j’aime et le monde dans lequel je suis ? Ces questions n’ont jamais été aussi urgentes qu’aujourd’hui et ce que je pense n’a jamais été aussi séduisant, depuis le jour où nous avons parlé de ce projet,  mettre les téléspectateurs au défi de faire la même chose à l’intérieur de cette histoire. »

« Quels choix ferais-je pour protéger ma famille et quel prix paierais-je pour la liberté que je chéris ? », ajouta David Zucker. « Nous sommes à un temps de l’Histoire où il y a  la normalisation et l’acceptation de certaines choses qui, en d’autres temps et d’autres circonstances, provoqueraient notre objection. Que faisons-nous personnellement pour tenter de  bouleverser ces choses ? C’est réellement le sujet qui est traité dans l’histoire de cette série. »

“The Man in the High Castle” Season 2 premieres Friday on Amazon.

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This Article is related to: Television and tagged Alexa Davalos, D.J. Qualls, David Zucker, The Man In The High Castle

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1 commentaire

Publié par le décembre 20, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “The Man in The High Castle : comment est-ce de faire un film sur le fascisme à l’ère de Trump ?

  1. leca

    décembre 20, 2016 at 1:37

    Même si l’extrême droite progresse partout, le nazisme en costume est encore un repoussoir pour la majorité des peuples d’où les tentatives de dédiabolisation (de relooking) de ces mouvements . On note que le monde de la culture y est aujourd’hui fermement opposé et c’est tant mieux;
    Personnellement j’étais plus inquiet il y a 40 ans quand ce monde la vacillait, quand la croix gammée se banalisait et qu’on la trouvait aussi bien sur la pochette d’un disque des Rolling Stones que sur la moto de Peter Fonda dans un film sur les Hell’s Angels, les dessins de Bazooka et les épinglette des jeunes punks.. Il y avait aussi le nom des bordels de la Wermacht Joy Divison qui avait été adoptée par un Ian Curtis et la pochette de son premier disque nous montrait un HitlerJugen tapant du tambour.
    On peut continuer.. plus j’écris, plus ça me revient: Portier de Nuit ou la baise dans le camp .. le rimmel qui coule des yeux des beaux SA dans les Damnés et m^me Serge Gainsbourg qui y allait de son Nazi nazi rock nazi.. Ah et puis ce mignon gamin blond, bras tendu dans Cabaret..
    Peut être parce le risque de nazisme était minime tout le monde jouait à se faire peur. maintenant nous avons vraiment peur et le monde de la culture aussi.

     

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