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Avec Trump, l’Amérique devient un cauchemar surréaliste, par Ned Resnikoff

20 Déc

Donald Trump lors d'un meeting à King of Prussia (Pennsylvanie), le 1er novembre 2016. DOMINICK REUTER / AFP.

Donald Trump lors d’un meeting à King of Prussia (Pennsylvanie), le 1er novembre 2016. DOMINICK REUTER / AFP.

Quand il ment, le président-élu n’a pas pour objectif de créer une nouvelle réalité, mais d’effacer toute notion de réalité.

Tous les politiques mentent. En démocratie, ils mentent généralement pour parvenir à un résultat précis: tantôt pour dissimuler une information qui endommagerait leur réputation, tantôt pour tirer profit d’un événement auquel ils sont étrangers. Parfois, une contre-vérité permet de faire obstruction à un projet de loi indésirable, ou de faciliter l’adoption d’un autre plus désirable. Mais dans chacun de ces cas, le mensonge n’est souvent qu’un éloignement temporaire de la vérité. C’est un bref séjour au-delà des frontières de notre réalité stable et partagée.

Certains mensonges politiques sont plus ambitieux. Il arrive que le but ne soit pas d’enjoliver la réalité du moment, mais d’échafauder une nouvelle réalité de toutes pièces.

C’est ce que la deuxième administration Bush a essayé de faire. Le président George W. Bush et ses conseillers –et en particulier son directeur-adjoint de cabinet Karl Rove– ont tissé un univers parallèle dans lequel Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, al-Qaida était de mèche avec pratiquement tous les ennemis de l’Amérique, et les États-Unis étaient engagés dans une croisade messianique qui devait aboutir à diffuser la démocratie libérale et capitaliste aux quatre coins du monde. Cette vision apocalyptique avait peu de choses en commun avec l’ordre mondial tel qu’il existait vraiment, mais c’était une fable convaincante.

Créer un univers politique parallèle requiert de la discipline. Cela requiert d’être prêt à raconter beaucoup de petits mensonges qui s’agrègent en un grand mensonge. Tous ces mensonges doivent être cohérents d’un point de vue interne, se renforcer mutuellement et être au moins superficiellement plausibles. C’est un peu comme écrire un roman fantastique: l’illusion créée par des livres comme Le Seigneur des Anneaux ne fonctionne que si le monde proposé obéit à une logique interne cohérente.

Pour les membres de l’administration Bush, même leur propre pouvoir de façonner la réalité avait une place dans l’univers qu’ils créaient. «Nous sommes un empire à présent, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité», a déclaré en 2004 à Ron Suskind, du New York Times, un proche de Bush anonyme, très probablement Rove. «Et pendant que vous essayez d’étudier la réalité –peut-être même avec succès–, nous agissons encore, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez également étudier, et c’est ainsi que les choses avanceront. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, il ne vous reste plus qu’à étudier ce que nous faisons.»

Le président-élu Donald Trump ne crée pas de nouvelles réalités. Il raconte des mensonges qui sont apparemment erratiques, fréquemment incohérents, et souvent carrément ridicules.

Il dit ou tweete des choses de façon officielle puis nie les avoir jamais dites. Il contredit des faits documentés puis dénigre quiconque signale toute imprécision. Il ment même quand il n’a aucune raison discernable de le faire –puis retourne sa veste et raconte un autre mensonge en complète contradiction avec le précédent.

Si Bush et Rove ont échafaudé un monde fantastique doté d’une logique interne claire, ce que Trump bâtit ressemble plus à un mauvais rêve sans fin. Dans son univers politique, les faits sont instables et éphémères; les événements se suivent sans lien de causalité clair; et le danger est partout, même si sa source semble changer de façon aléatoire. Tandis que le président Bush offrait à l’Amérique une illusion de clarté morale, le président-élu Trump offre la fantasmagorie en perpétuel renouvellement d’impressions diffuses et d’informations invérifiables, vaguement reliées entre elles dans un brouillard d’angoisse et de désorientation. C’est plutôt du Kafka que Le Seigneur des Anneaux.

«Dick Cheney, Dark Vador, Satan, voilà le pouvoir»

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Il est tentant de supposer que Trump a construit cette fantasmagorie par accident –que c’est le sous-produit d’une conception erratique, indisciplinée, pratiquement pathologique de la malhonnêteté. Mais il ne faut pas sous-estimer le président-élu. Ses victoires, tant à la primaire républicaine qu’à l’élection présidentielle, furent des coups de théâtre retentissants et il est maintenant parti pour altérer le cours de l’histoire mondiale. Il ne comprend peut-être pas entièrement ce qu’il fait, mais ce n’est certainement pas le cas de ses conseillers.

Steve Bannon, l’ancien dirigeant du média nationaliste blanc Breitbart News, est le Karl Rove de Trump. Lui sait. Dans une interview accordée récemment au Hollywood Reporter, Bannon a suggéré que les éléments clés de sa stratégie sont la dissimulation et «l’obscurité».

«L’obscurité a du bon. Dick Cheney. Dark Vador. Satan. Voilà le pouvoir, a-t-il dit. Ça ne fait que nous aider quand les gens se trompent. Quand ils ne voient ni qui nous sommes ni ce que nous faisons.»

Voilà comment Bannon a dirigé la campagne de Trump, et comment il semble maintenant diriger l’équipe de transition. Depuis l’élection, Trump a appâté la presse avec une foule de nominations potentielles au gouvernement, provoqué une étrange dispute avec les acteurs d’une comédie musicale de Broadway et dissimulé ses véritables priorités politiques derrière un amas d’informations contradictoires.

Et ça marche. La couverture médiatique de la transition de Trump est floue et confuse. Ce qui devrait être de vrais scandales –comme les efforts présumés de Trump pour manipuler la diplomatie internationale pour son gain personnel– se retrouve perdu dans le tourbillon.

Guerre non-linéaire

Bannon est un praticien aguerri de la stratégie de «l’obscurité», mais il n’en est pas l’inventeur. Le vrai Maître des Arts obscurs est un autre personnage à la Karl Rove: Vladislav Surkov, un conseiller de haut niveau du président russe Vladimir Poutine.

Le réalisateur de documentaire Adam Curtis a qualifié Surkov, dans un film de 2014, de «héros de notre temps». Et de décrire la méthode surkovienne:

«Son objectif est de saper les perceptions que les gens se font du monde, afin qu’ils ne sachent jamais ce qui se passe vraiment.

Surkov a transformé la politique russe en une déroutante pièce de théâtre, en changement perpétuel. Il a financé tous genres de groupes, de skinheads néo-nazis à des groupes de défense des droits de l’homme progressistes. Il a même soutenu des partis opposés au président Poutine.

Mais l’élément clé était que Surkov faisait ensuite savoir que c’était là ce qu’il faisait, de façon à ce que personne ne soit jamais sûr de ce qui était vrai et de ce qui était bidonné. Comme l’a décrit un journaliste: “C’est une stratégie du pouvoir qui entretient toute opposition dans la confusion permanente”.

Un tel changement perpétuel et incessant est inarrêtable parce qu’il est indéfinissable. C’est exactement ce que Surkov semble avoir fait en Ukraine cette année. De façon typique, quand la guerre a commencé, Surkov a publié un court article à propos de ce qu’il a appelé la guerre non-linéaire. Une guerre où on ne sait jamais ce que manigance réellement l’ennemi, voire même qui il est. L’objectif sous-jacent, d’après Surkov, n’est pas de gagner la guerre, mais d’utiliser le conflit pour créer un état permanent de perception déstabilisée, afin de gérer et de contrôler.»

Bannon et Trump ont déployé cette stratégie avec aplomb tout au long de la primaire. À cause du focus constant sur sa campagne, Trump a pu bombarder les ondes médiatiques d’un flux ininterrompu de contre-vérités surréalistes. Dans le même temps, Bannon a transformé Breitbart News en organe de presse du Trump Party et l’a utilisé pour disséminer encore plus de confusion. Indépendamment de Trump et Bannon, nombre d’autres sites de fake news –dont une quantité improbable se trouvaient être basés en Macédoine– ont inondé les réseaux sociaux de fausses informations. Il existe des preuves suggérant que l’employeur de Surkov a lui aussi contribué à cet effort, utilisant le site Wikileaks comme canal de diffusion.

Une grande partie des informations diffusées par Trump, Bannon et leurs alliés –comme la déclaration de Trump selon laquelle le père du sénateur Ted Cruz était d’une façon ou d’une autre impliqué dans l’assassinat de Kennedy– étaient clairement fausses et facilement démenties. Mais le simple volume de ces articles a eu l’effet recherché. Quand les fausses informations deviennent omniprésentes, toute information devient suspecte. Tout commence à ressembler à un mensonge.

Une pluie ininterrompue d’informations imprécises ou inutiles peut faire perdre confiance aux gens dans leur propre esprit. C’est ce qui est arrivé au reporter du Washington Post Ben Terris durant l’élection.

En mars, Terris a rapporté avoir vu Corey Lewandowski, alors responsable de la campagne de Trump, s’en prendre physiquement à la journaliste Michelle Fields. L’organisation de la campagne a menti à propos de l’incident et n’a rien dit de ce qui s’était passé. Après des jours à s’être entendu dire que son information était fausse, Terris a commencé à douter de ce qu’il avait vu. Même quand une vidéo a été révélée qui corroborait l’information de Terris, la campagne de Trump a évité le sujet.

«Trump m’a lavé le cerveau, a plus tard raconté Fields à Terris pour un article traitant de l’incident. Je crains maintenant qu’il ne lave celui du pays.»

Dans un monde où rien n’est vrai, le seul vrai choix laissé aux électeurs se fait entre des fictions concurrentes. Trump a offert un ensemble de fictions particulièrement convaincant, mais il a aussi trouvé diverses façons de laisser entendre qu’il savait ce qu’il faisait. Par ironie, évitement, auto-contradiction et des déclarations clairement ridicules, il a laissé comprendre la farce à ses supporteurs. Si tout est un mensonge, alors l’homme qui rend ses mensonges évidents pratique une forme particulière d’honnêteté.

Il est logique que le premier à inaugurer ce style rhétorique dans le contexte américain soit quelqu’un qui ait présenté un show de télé-réalité et qui soit apparu dans des événements de catch professionnel. Tant «The Apprentice» que la World Wrestling Federation sont bidonnés; ce sont des compétitions censées être réelles seulement en superficie, même si tout le monde sait que les résultats sont truqués et que les «héros» et les «méchants» lisent des dialogues préparés à l’avance. Ce qui rend ces spectacles si divertissants est qu’ils n’essaient pas de cacher leur artifice. Tout le monde sait que le catch professionnel et la télé-réalité sont «bidon», et rire d’à quel point tout cela est bidon fait partie du plaisir. Le téléspectateur aguerri est récompensé d’avoir su voir derrière le vernis. Mais le même téléspectateur reste fidèle, et peut même s’investir émotionnellement dans le jeu.

Pour Trump, la politique est une télé-réalité. C’est pourquoi, comme l’a expliqué durant la campagne le milliardaire du web Peter Thiel, un de ses plus importants soutiens, une grande partie des suiveurs les plus dévoués du président-élu refusent de prendre ses déclarations au pied de la lettre.

«Ce qui est particulièrement notable, c’est que les médias prennent toujours Trump au pied de la lettre», a dit Thiel en octobre, à l’occasion d’une apparition au Club national de la presse, à Washington D.C. «Ils ne le prennent jamais au sérieux, mais ils le prennent toujours au pied de la lettre. Je pense que beaucoup d’électeurs qui votent pour Trump le prennent au sérieux mais pas au pied de la lettre.»

Il est tentant de se consoler avec l’idée que, si Trump ne peut pas être pris au pied de la lettre, sa rhétorique extrémiste pourrait cacher des tendances secrètement modérées. Mais cet espoir serait malvenu. La guerre non-linéaire est intrinsèquement autoritariste. Le président-élu parle le langage des dictateurs.

La démocratie sous gestion

Le consensus est le fondement de la démocratie. Pour que les différends puissent être résolus de façon proprement démocratique, il faut être d’accord sur les termes du débat. Les interlocuteurs doivent avoir conscience des droits et responsabilités qu’ils partagent, et ils doivent être capables de partir d’un ensemble de faits et de postulats commun.

La démocratie américaine a toujours été profondément imparfaite, mais au moins les acteurs politiques étaient-ils d’accord sur un ensemble de postulats et de règles de base. Le président Barack Obama a déploré l’érosion de ce consensus dans un article du New Yorker publié peu après l’élection de Trump.

«Idéalement, en démocratie, tout le monde pourrait accepter que le changement climatique est la conséquence du comportement de l’homme, parce que c’est ce que quatre-vingt-dix-neuf pour cent des scientifiques nous disent, a déclaré Obama au rédacteur en chef du magazine David Remnick. Et nous aurions alors un débat sur comment réparer cela. C’est comme cela, dans les années soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix, que vous aviez des républicains qui soutenaient le Clean Air Act et que vous aviez des solutions issues du marché pour les pluies acides plutôt qu’une approche dirigiste. Donc on discutait des moyens, mais il y avait une base de départ factuelle sur laquelle nous pouvions tous nous appuyer. Et maintenant, nous n’avons simplement rien de tel.»

Quand les acteurs politiques ne peuvent pas s’accorder sur des faits et des procédures de base, le compromis et la discussion dans le respect des règles sont fondamentalement impossibles; la politique retourne à son état naturel, celui d’un rapport de force dans lequel les faibles sont dominés par les forts.

Voilà vers quoi les mensonges de Donald Trump nous mènent. En attaquant la notion même de réalité partagée, le président-élu rend la politique démocratique normale impossible. Quand la vérité n’est rien de plus qu’une décision personnelle et arbitraire, il n’y a aucun consensus à atteindre et aucun intérêt à le rechercher.

Pour des hommes comme Surkov, c’est exactement comme ça que les choses doivent se passer. Les choix politiques ne devraient pas être faits selon un processus démocratique; le gouvernement devrait plutôt «gérer» la démocratie, pour s’assurer que les gens peuvent s’exprimer sans avoir aucune influence sur les manœuvres de l’État. Selon un article publié en 2011 dans OpenDemocracy par Richard Sakwa, professeur de politique russe et européenne à l’université du Kent, Surkov est «considéré comme le principal architecte de ce qui est familièrement connu sous le terme de “démocratie sous gestion”: la gestion administrative de la politique au niveau partisan et électoral».

«La philosophie de Surkov est qu’il n’y a pas de liberté réelle dans le monde et que toutes les démocraties sont des démocraties sous gestion, de sorte que la clé du succès est d’influencer les gens, de leur donner l’illusion qu’ils sont libres, alors qu’en fait ils sont sous gestion, écrit Sakwa. De son point de vue, la seule liberté est la “liberté artistique”.»

Cette «expression artistique» peut être théoriquement politique, pour autant qu’elle revêt la forme d’une rhétorique politique. Mais elle est aussi fondamentalement anti-politique, à la fois parce que son objectif premier est l’auto-expression et parce qu’elle a peu d’effet sur le pouvoir politique lui-même. C’est essentiellement une forme de narcissisme. Et c’est inoffensif pour les despotes autoritaires.

Comment combattre une ombre

Pour que les États-Unis demeurent une démocratie libérale, il faut que la guerre non-linéaire de Trump échoue. La politique doit retrouver son ancrage dans une forme de réalité stable et partagée. On ne voit pas clairement comment cela pourrait arriver. Mais il y a au moins deux mesures que les anti-autoritaires peuvent prendre dans l’immédiat pour s’assurer que le style rhétorique à la Surkov ne reste pas sans réponse.

Premièrement, les entreprises de réseaux sociaux doivent être tenues responsables quand elles facilitent la diffusion de la désinformation. Des hommes comme les PDG de Facebook et de Twitter, Mark Zuckerberg et Jack Dorsey, par leur cupidité et leur stupidité, ont tracé le chemin de l’autoritarisme vers le pouvoir aux États-Unis. En embrassant une définition paresseuse de «l’ouverture», ils ont cherché à récolter les profits numériques de la propagande d’extrême-droite tout en ignorant ses conséquences sociales désastreuses. Depuis, ils ont pris quelques maigres mesures pour rectifier leurs erreurs, mais pour l’instant du moins, c’est trop peu et trop tard.

Deuxièmement, les journalistes doivent comprendre ce que Trump est en train de faire, et refuser de jouer son jeu. Il s’apprête à utiliser le respect et la déférence habituellement accordés à la présidence comme un nouvel instrument de diffusion de mensonges. Les reporters doivent absolument refuser de le traiter comme un président normal et refuser d’accorder toute légitimité usurpée à son gouvernement. Ils doivent absolument, aussi, abandonner leur posture d’objectivité et de hauteur d’esprit –et, dans le même mouvement, tout espoir d’un accès privilégié à la Maison-Blanche version Trump. Le futur président a clairement indiqué qu’il attendait une obéissance inconditionnelle de la part de la presse, et qu’il considèrerait comme un ennemi quiconque ne la lui accorderait pas. Tel est le choix que chaque média d’information doit faire pour les quatre prochaines années: l’asservissement et la complicité, ou l’hostilité ouverte. Il n’y a pas de moyen terme.

La même chose vaut pour toutes les autres organisations, publiques comme privées, dont la mission est de sauvegarder le progressisme politique. Pendant les quatre prochaines années, Donald Trump va chercher à déchiqueter toute institution qui menacera sa capacité à déterminer unilatéralement le réel. Cela inclura sans doute les tribunaux, les universités, les syndicats et même les autorités administratives, comme le Bureau des statistiques de l’emploi.

S’il échoue, les États-Unis auront une chance de conserver leur république. Mais s’il réussit, la notion même de réalité politique aura été réduite à rien de plus qu’une mauvaise farce. La logique du discours démocratique aura été entièrement remplacée par l’anti-logique surréaliste du cauchemar.

Cet article a été publié à l’origine sur ThinkProgress.

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Publié par le décembre 20, 2016 dans Uncategorized

 

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