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Un collectif anti-Poutine prétend parler au nom de Mélenchon ou la nécessité d’un parti pour se situer dans une dynamique historique

16 Déc

Ce matin, alors que le Parisien note que Mélenchon s’est plusieurs fois exprimé en faveur de Vladimir Poutine,  je découvre un pseudo collectif, qui explique que Mélenchon n’a aucune sympathie pour ledit Poutine. Ce collectif doit être managé par Clémentine Autain ou quelque refondateur particulièrement ventre mou. Si je pense à Clémentine Autain c’est que ses interventions sont « exemplaires » dans l’art de tomber à côté de la plaque et de nous couper du simple bon sens l suffit de se souvenir de son intervention expliquant que les migrants accusés de viol à Cologne ne faisaient que suivre l’exemple de l’armée rouge violant les femmes allemandes.

Poutine est un avatar de l’Union soviétique osant s’opposer à l’Occident impérialiste

Mais Clémentine Autain n’est pas la seule de son espèce il y a y compris des communistes pour qui du passé il faut faire table rase, sans se rendre compte à quel point le PCF est d’avoir été dans la mémoire du peuple français. Avoir passé plus de vingt ans à l’intérieur du PCF à se distinguer des Tyrans, non seulement Staline, mais Lénine, Fidel Castro et même Georges Marchais, peut avoir fait des dégâts. Cette tendance a poussé certains, aujourd’hui soutiens de Mélenchon, à appuyer en son temps la campagne de Ménard contre Fidel Castro. En ce qui concerne Poutine, leur russophobie actuelle est de l’opportunisme. Ce qui est désigné chez Poutine et qui en fait l’objet de la haine du petit monde politico médiatique, c’est la filiation « soviétique », sa résistance aux Etats-Unis. Alors que c’est loin d’inspirer le même sentiment à l’ensemble des Français qui reconnaissent « l’homme d’Etat ». Voir en Poutine l’éternel barbare soviétique est tout de même un comble dans l’art de lire l’actualité avec les lunettes du passé pour des gens qui refusent par ailleurs de se confronter à la réalité de cette histoire et préfèrent la caricaturer à la manière imposée par le Capital. Ce qui n’a jamais été le cas de Mélenchon à qui l’on peut reconnaître une vision historique plongeant ses racines dans la révolution française, une culture politique.

Donc cette précision opportuniste sur le fait que Mélenchon n’aurait pas de sympathie pour Poutine est une ânerie. Elle met Mélenchon à la remorque des folies du PS, d’Anne Hidalgo faisant éteindre la tour Eiffel et in fine poursuivant les gesticulations en soutien à Al Qaida et les appels à l’aide à contretemps qui loin d’avoir oeuvré à la paix ont contribué à ce qui se passe aujourd’hui. Donc cela crée la confusion alors que la seule vertu de la campagne de Mélenchon était de se distinguer des errances du PS au plan intérieur comme à l’extérieur. Même si ses sympathies mitterrandiennes paraissaient limiter ce qu’on pouvait attendre d’une telle prise de conscience et faire craindre qu’il ne s’agisse de positionnement de congrès, s’opposer pour se poser. Mais j’avais tendance à lui accorder une certaine crédibilité, seul son entourage ou plutôt la camerilla organisant un mouvement électoraliste autour de lui m’inquiétait.

Etre communiste suppose un projet politique différent de celui de Poutine

C’est pour cela que j’étais pour un candidat communiste et si j’avais le choix ce serait toujours le cas. Je l’ai souvent dit en tant qu’individu je me sens souvent plus proche de Mélenchon que des dirigeants du PCF actuels, mais ce qui fait la différence c’est l’existence ou non d’un parti.

Ainsi pour revenir au cas Poutine, en tant que communiste je ne voterais pas Poutine si j’étais russe, je voterais pour le parti communiste de la fédération de Russie qui est la principale force d’opposition en particulier sur la politique intérieure et sur l’entourage néolibéral de Poutine, mais comme le parti communiste de la fédération de Russie je soutiendrais plus ou moins sa politique étrangère qui fait face à l’agression des Etats-Unis. Poutine défend l’indépendance nationale avec l’assentiment de son peuple, une attitude disons Gaullienne, mais comme le soulignent les communistes de la fédération de Russie, on ne peut pas mener une politique réellement indépendante si l’on s’appuie sur les oligarques. Ceux-ci se contentent du pillage d’une économie de rente et par leur pillage, leur exploitation désespèrent le peuple qui est la seule garantie de cette défense patriotique. Je crois que la position de Mélenchon n’est pas si éloignée à la différence près qu’il n’a pas un parti communiste auquel se référer. Cela dit le PCF qui a rompu plus ou moins les liens avec le parti communiste de la fédération de Russie ne se trouve pas toujours en meilleure posture pour se positionner par rapport au président russe.

C’est pourtant une  nécessité si l’on ne veut pas contribuer au Maccarthysme ambiant qui non content de colporter toutes les pires propagandes infondées comme celles attribuant à Poutine l’élection de Trump après piratage des E- mails des démocrates, et surtout ne pas voir vers quoi nous mène cette hystérie: à savoir une confrontation généralisée dont l’exemple nous est fourni par la multiplication des foyers de tension y compris en Europe avec la dangerosité de l’OTAN. Faire porter le débat sur Poutine, considéré comme le mal absolu, c’est hystériser les peuples pour les empêcher de prendre conscience des enjeux, c’est choisir déjà la fascisation des esprits. C’est accompagner par la recherche d’un bouc émissaire les politiques de pillage, d’exploitation, d’austérité.

Mais pour comprendre le cas « Poutine »,  il y a une analyse fondamentale dont j’ai toujours cru que plus ou moins je la partageais avec Mélenchon: la naissance d’un monde nouveau

En effet, nous sommes dans une période historique dont il faut bien prendre la mesure et arrêter de nous positionner par rapport au seul vingtième siècle revu et corrigé par Tintin au pays des Soviets. Nous sommes entrés dans un monde multipolaire et la bataille d’Alep quelle que soit l’horreur de la situation syrienne marque la fin d’une époque et le début d’une nouvel ère, celle d’un monde multipolaire dans lequel la suprématie des Etats-Unis et de l’Occident est battue en brèche. Une situation très particulière parce que l’hégémonie occidentale, celle des guerres coloniales, celle de l’impérialisme issu de la deuxième guerre mondiale puis les quelques brèves années qui nous séparent de la fin de l’Union soviétique ont engendré le chaos. La chute d’Alep et l’élection de Trump c’est en quelque sorte la prise de Constantinople par les Turcs et la découverte de l’Amérique c’est à-dire la fin de l’empire romain coïncidant avec le début du partage du monde capitaliste et colonialiste.

Un monde multipolaire est celui où il n’y a plus de puissance hégémonique pour prétendre unifier sous sa domination la planète et où tout doit désormais passer par des négociations qui reconnaissent la souveraineté des nations. Depuis 1994 environ nous avons assisté à la constitution d’un camp qui a un unique but commun: limiter la puissance de nuisance des Etats-Unis et de leurs alliés en particulier les Européens qui ressortent très mal en point de la bataille. C’est le nouvel « homme malade » de la planète. Les synergies se recomposent et les alliés d’hier prennent leur indépendance.

Ce serait une très bonne chose si cela se faisait comme on a pu le croire un temps dans la dynamique bolivarienne initiée par un Chavez appuyé par Castro et d’autres. Oui mais voilà la dynamique est autre, elle est essentiellement impulsée par la Chine et la Russie sous une forme à la fois plus marchande, donc plus concurrentielle et moins égalitaire que ne l’était le processus bolivarien. Ce processus bolivarien, Mélenchon le connait bien et il en a partagé les espérances comme moi alors même que certains de ses soutiens actuels voyaient non seulement en Castro mais en Chavez d’abominables dictateurs. Cette phase bolivarienne a connu un ressac mais rien n’est dit et nous sommes en plein affrontement. Je crois que ce qui a manqué au Vénézuela et lui manque toujours est une force politique organisée, crédible et pas un leader avec un mouvement. Partout dans le monde, lesdites masses sont en train de faire leur expérience et les révolutions communistes du XXe siècle ont profondément marqué les mémoires, les traces des combats sont là, la nécessité de l’organisation aussi. La vague populiste n’aura qu’un temps, celle des hommes providentiels également.

Nous ne sommes qu’au début de ce monde nouveau dans lequel ceux qui font l’histoire, les masses doivent prendre toute leur place pour imposer la paix et la justice sociale. De quelles force avons-nous besoin ? J’ai toujours pensé que Mélenchon partageait un peu l’analyse que je viens d’esquisser et que nous ne nous séparions que sur la définition de la force nécessaire. Ce n’est pas une question mineure et je vois avec l’intervention de ce collectif à quel point elle est même centrale, parce que faute d’un parti, par le simple regroupement de tous les opportunismes de l’extrême-gauche on risque d’affaiblir le combat que l’on peut espérer commun et qui concerne le vingt et unième siècle.

Danielle Bleitrach

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2 Commentaires

Publié par le décembre 16, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Un collectif anti-Poutine prétend parler au nom de Mélenchon ou la nécessité d’un parti pour se situer dans une dynamique historique

  1. Xuan

    décembre 16, 2016 at 8:04

    Mélenchon peut dire certaines vérités et partager certaines de nos conclusions, mais la reconstitution du parti communiste passe par l’adhésion au marxisme-léninisme, auquel Mélenchon est foncièrement hostile.

     
    • Christian

      décembre 16, 2016 at 1:22

      Mélenchon est peut-être foncièrement hostile au marxisme-léninisme (personnellement, je n’ai pas connaissance d’une affirmation aussi tranchée, mais je m’abstiens dans le doute de remettre en cause votre affirmation), mais il est, a minima dans sa méthode, très marxien, et cela se ressent dans ses analyses.

      À mon sens, il se démarque à la fois parce qu’il part de prémices réactualisée par le surgissement de ce monde nouveau évoqué par l’auteure, mais aussi par une pointe de républicanisme un peu excessif qu’il fait rentrer dans ses thèses avec 2-3 coups de marteau bien placés, encore qu’il arrive à s’en justifier de manière argumentée.

      Je vous invite à consulter l’ère du peuple (ou a minima à visionner une des conférences qu’il a donné dans le cadre de sa promotion) pour le constater.

      Bien à vous.

       

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