Le gestionnaire culturel et directeur de l’Institut de la culture polonaise à Berlin, Katarzyna Wielga-Skolimowska, a été congédiée mardi dernier de son poste. Selon le quotidien de gauche allemand  TAZ qui a révélé  l’histoire, la droite PiS  au pouvoir en Pologne a exigé son départ immédiat en raison de sa programmation, qui comprenait « trop de contenu juif , » contre lesquels l’ambassadeur de Pologne en Allemagne Andrzej Przyłębski avait porté plainte.

Le porte-parole de l’institut, Marcin Zastrożny, a confirmé à TAZ vendredi dernier que Wielga-Skolimowska, dont le contrat devait continuer jusqu’à l’ été 2017, a été renvoyée « avec effet immédiat. »

Le ministère des Affaires étrangères de la Pologne exploite quelque 24 instituts de culture dans le monde entier, chargés de la promotion de l’art et de la culture polonaise à l’étranger. Wielga-Skolimowska a dirigé celui de Berlin depuis 2013, et sa programmation a été considérée comme réfléchie et sérieuse par les critiques. Mais ses idées ne cadrent  pas très bien avec la politique culturelle du parti d’extrême-droite national-conservateur au pouvoir depuis les élections d’octobre 2015.

Dans une évaluation interne récente de l’institut réalisée par le ministère des Affaires étrangères, son travail a reçu une évaluation négative en raison de l’accent mis sur des thèmes juifs, et l’engagement insuffisant avec les médias sociaux, selon le Berliner Zeitung

Plus tôt cette année, le ministre polonais de la culture, Piotr Gliński (PiS) a appelé à mettre fin  à la «culture de la honte» concernant la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste, et le travail de Wielga-Skolimowska a donc depuis contrarié le gouvernement.

Entre autres choses, l’institut de Berlin a projeté le film Ida  (2015), dont la principale protagoniste découvre, dans les années 1960 en Pologne, qu’elle est juive, et que ses parents biologiques avait été assassinés par leurs voisins. Cependant, l’ambassadeur de Pologne en Allemagne Przyłębski a demandé la projection du film de propagande Smolensk à la place.

Il n’y a pas une salle de cinéma à Berlin qui serait d’accord pour montrer Smolensk. Le film prétend que le crash 2010 de l’avion présidentiel polonais, qui a tué tous les 95 passagers, y compris le président d’alors Lech Kaczyński, ne fut pas un accident, mais plutôt le fait du terrorisme  russe.

Ce n’est pas la première fois que Varsovie interfère avec la programmation culturelle à l’étranger. La branche de Vienne de l’Institut de la culture polonaise n’a pas été autorisée à travailler avec l’auteur autrichien et journaliste Martin Pollack, qui avait critiqué le parti PiS. Selon le journal polonais Gazeta Wyborcza, 13 directeurs d’instituts dans différents pays ont été renvoyés depuis l’été dernier. Le directeur de la succursale de Madrid a été critiqué pour ne pas mettre suffisamment l’accent sur le travail du compositeur polonais Frédéric Chopin.

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