La Conception de politique extérieure russe comprend les principes fondamentaux, les directions prioritaires et les objectifs de la politique étrangère de la Fédération de Russie.


, publié le mercredi 7 décembre 2016

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 La Russie a de nouvelles priorités sur la scène internationale. Elle cherche à accroître son influence dans le monde et à faire entendre son point de vue au plus grand nombre : c’est ce que révèle la nouvelle Conception de politique extérieure russe, publiée le 1er décembre.
Dmitri Medvedev Premier ministre russie
Dmitri Medvedev, Premier ministre de Russie, au quartier général des forces armées de Sibérie. Crédits : Dmitri Astakhov/TASS

Selon cette nouvelle Conception, la mission principale de la politique extérieure russe est « la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’État ». Toutefois, Moscou n’aspire plus à « maintenir et renforcer des positions solides dans la communauté internationale » : cet objectif, qui figurait dans la précédente version de la Conception, datant de 2013, est absent de la dernière en date. En revanche, le document fait état de deux nouveaux objectifs : « consolider les positions de la Russie comme l’un des centres les plus influents du monde contemporain » et renforcer celles des médias russes afin de « transmettre aux plus larges cercles de l’opinion publique mondiale les points de vue russes sur les processus internationaux. »

La Russie compte continuer à soutenir activement ses médias nationaux, mais aussi ses autres institutions de soft power, telles Rossotroudnitchestvo (Agence fédérale pour la CEI, la diaspora russe à l’étranger et la coopération internationale culturelle) et la fondation Rousski mir. Moscou a également l’intention de « diffuser et renforcer la langue russe » et les réalisations culturelles des peuples de Russie, ainsi que de « populariser les réalisations de la culture nationale, l’héritage historique et l’identité culturelle russes. »

La Conception 2016 stipule que la Russie doit garantir à chacun le droit d’accéder à une information objective et à des points de vue divers sur les événements mondiaux.

Une « base non-discriminatoire »

La Russie affirme vouloir développer ses relations avec les États étrangers « sur une base non-discriminatoire ». Moscou accuse l’Occident de chercher à imposer aux autres États « sa propre échelle de valeurs », ce qui conduit « à attiser la xénophobie et l’esprit conflictuel » et pourrait, à terme, provoquer « le chaos dans les relations internationales ». Pour les auteurs de la Conception, l’actuelle « crise grave dans les relations entre la Russie et les États occidentaux » est liée aux « problèmes systémiques » qui s’accumulent depuis un quart de siècle dans la région euro-atlantique.

Moscou prévient aussi qu’elle attend de l’OTAN une volonté d’établir avec elle « un partenariat égalitaire ». Le document souligne que la Russie « considère de façon négative l’élargissement de l’OTAN, le rapprochement de son infrastructure militaire des frontières russes et l’intensification de son activité militaire dans les régions frontalières de la Russie. » Moscou, insiste la Conception de politique extérieure 2016, estime que ces agissements « enfreignent le principe de la sécurité égale et indivisible et contribuent à creuser encore les lignes de division à l’intérieur de l’Europe et à en créer de nouvelles. »

Le retour du « facteur force »

Par ailleurs, la Russie reconnaît que le « facteur force » gagne en influence dans la politique mondiale. Mais alors que la Conception 2013 se prononçait contre l’utilisation de ce dernier dans les relations internationales, la dernière version ne dit rien à ce sujet. Le document souligne toutefois que la probabilité d’une guerre nucléaire entre les grands pays du monde est faible. Moscou affirme en outre considérer de façon négative la création et le déploiement de nouvelles formes d’armements dans le monde. La Conception 2016 qualifie les unions politico-militaires contemporaines d’obsolètes.

Cette dernière version durcit la rhétorique à l’égard des États-Unis : « La Russie ne reconnaît pas l’application extraterritoriale par les États-Unis de leur juridiction hors des cadres du droit international ; elle n’admettra pas les tentatives d’exercer une pression militaire, politique, économique ou autre, et se réserve le droit de réagir fermement à tout agissement hostile… », annonce ainsi la Conception 2016. Le nouveau texte ne mentionne plus la volonté de la Russie d’œuvrer à la libéralisation du régime de visas avec les États-Unis, présente dans la version de 2013. Le bouclier antimissile américain est qualifié, dans la nouvelle Conception, de menace à la sécurité nationale de la Russie. Toutefois, Moscou continue d’accorder « une grande importance » à l’exécution du Traité de réduction des armes stratégiques (START) du 8 avril 2010, souligne le document.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine à l’académie de marine de Vladivostok, à l’extrême-est de la Russie. Crédits : kremlin.ru

Une coalition internationale contre l’État islamique

Cette nouvelle doctrine de politique extérieure russe propose une analyse radicalement différente des événements au Proche-Orient. En effet, alors qu’en 2013, les auteurs caractérisaient la situation dans la région par une « aspiration des peuples à un retour à leurs racines civilisationnelles » et une « rénovation politique et socio-économique de la société au nom des valeurs de l’islam », le nouveau texte évoque le Proche-Orient dans le contexte de « la propagation du terrorisme international ». « Les valeurs idéologiques et les recettes de modernisation imposées de l’extérieur » ont provoqué une « réaction négative puissante de la société » et ont conduit à une « interprétation dénaturée des valeurs religieuses », qui, à leur tour, ont alimenté le terrorisme. Un paragraphe distinct est désormais consacré à l’organisation « État islamique ». Le seul moyen d’en venir à bout, martèle le document, est la création d’une « vaste coalition antiterroriste internationale » : une proposition, rappelons-le, que le président Vladimir Poutine avait soumise à l’Assemblée générale de l’ONU dès 2015.

Le soutien au rôle de l’ONU et du Conseil de sécurité, tout comme le fait de garantir l’intangibilité des dispositions et principes clés de la Charte des Nations-Unies, y compris ceux relatifs aux bilans de la Seconde Guerre mondiale, demeurent une priorité essentielle pour la Russie. Moscou affirme par ailleurs son intention de s’opposer aux « tentatives d’utiliser le concept de la défense des droits de l’homme comme un outil de pression politique et d’ingérence dans les affaires intérieures des États, notamment afin de les déstabiliser » et d’y renverser les régimes.

Exit la Grande-Bretagne

Dans la nouvelle Conception, la CEI ne représente plus, pour Moscou, un espace clé de développement des processus d’intégration. Ce rôle revient désormais à d’autres ensembles, tels l’Union économique eurasiatique (UEEA), l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), etc.

En revanche, comme dans la version de 2013, la nouvelle Conception de politique extérieure russe qualifie de prioritaire le développement de la coopération de la Russie avec les États de la CEI et ceux de l’Union européenne.

Un chapitre distinct est désormais consacré aux relations avec l’Ukraine. Il y est dit que la Russie « est intéressée au développement de toute la diversité des liens politiques, économiques, culturels et spirituels avec l’Ukraine, sur une base d’estime mutuelle et de construction de relations de partenaires, dans le respect de ses intérêts nationaux ». Moscou souligne en outre être prête à déployer « tous les efforts nécessaires » pour parvenir à un règlement du « conflit interne ukrainien ».

La Moldavie et la Géorgie font aussi l’objet de mentions particulières. La nouvelle Conception indique que la Russie a intérêt à une normalisation de ses relations avec la Géorgie « dans les domaines où la partie géorgienne y sera prête ». Dans le même temps, Moscou continuera de soutenir le devenir de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud en tant qu’États démocratiques contemporains.

Quant à la Moldavie, Moscou soutient son intégrité territoriale, mais avec l’adoption d’un statut spécial pour la Transnistrie, précise le document.

Les partenaires principaux de Moscou au sein de l’Union européenne cités dans la Conception 2016 sont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. Alors que le texte précédent affirmait l’aspiration de la Russie à développer des liens aussi avec la Grande-Bretagne, la nouvelle version ne fait plus mention de cette dernière.

La Conception de politique extérieure russe comprend les principes fondamentaux, les directions prioritaires et les objectifs de la politique étrangère de la Fédération de Russie.