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Quel était l’objectif de Tump en acceptant l’appel de Taïwan, par Ted Galen Carpenter

06 Déc

Photo : Donald Trump parlant au CPAC 2011 à Washington, DC. Flickr / Creative Commons / Gage Skidmore
5 décembre 2016

Cet article bien  informé pose les conséquences des différents objectifs de Trump dans cette affaire, et  manifeste une certaine inquiétude sur les enjeux réels qu’une telle attitude peut provoquer au niveau international. Si comme tout le laisse penser Trump n’a pas été élu contre les voeux du capitalisme financier, les monopoles énergétiques et militaires qui dominent la politique US, mais comme un plan B face à la débâcle internationale de la politique d’Obama, un appel « à la stratégie du fou » (Nixon) qui mette un frein à la perte d’une hégémonie unipolaire, il est clair que la riposte de la Chine mais aussi d’autres pays entrés dans ce monde multipolaire comme la Russie va être d’une tout autre ampleur que l’invasion de Taïwan suggérée par la fin de l’article. Mais cette suggestion, ce casus belli évoqué par l’article susceptible d’entraîner un conflit mondial est aussi une possibilité que la mentalité de maquignon de Trump et ses maîtres peuvent provoquer  (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

http://nationalinterest.org/blog/the-skeptics/what-was-the-goal-trumps-call-taiwan-18614

Le Président élu Donald Trump a reçu des appels téléphoniques de nombreux dirigeants étrangers dans les semaines qui ont suivi sa stupéfiante victoire électorale, mais aucun n’a attiré autant l’attention que l’appel de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. Ce fut la première fois, depuis que les Etats-Unis ont transféré leur reconnaissance diplomatique de Taipei à Pékin en 1979 qu’il y a eu le moindre contact formel entre les dirigeants de Taïwan et ceux des États-Unis. En outre, l’équipe de transition de Trump, en se référant à l’appel, a dénommé Tsai pas en tant que président de la République de Chine (formellement c’est le nom si bien désuet de Taïwan), mais comme la présidente de Taïwan. C’est un terme auquel même pas Tsai prétend. Au lieu de cela, c’est la dénomination favorite des éléments de la ligne dure au sein du Parti démocratique progressiste au pouvoir (DPP) qui souhaitent obtenir l’indépendance formelle d’un Etat taïwanais.

Inutile de dire que la décision de Trump d’accepter cet appel a suscité des commentaires considérables. Les membres des communautés politiques des côtés opposés ont manifesté une égale véhémence. Pour les partisans enragés de Taïwan, les républicains conservateurs en particulier, un tel geste, démocratique envers un allié amical de facto est attendu depuis longtemps. Pour ceux qui s’inquiètent de l’impact sur les relations sino-américaines, c’est un exemple supplémentaire de la manière dont Donald Trump tel un taureau imprévisible est dangereux en politique étrangère en brisant la boutique de porcelaine de l’Amérique.
Il y a aussi une croyance largement répandue qui veut que l’appel signale un changement important dans la politique américaine, à la fois sur la question de Taïwan et dans la politique générale des États-Unis envers la Chine. Mais il est trop tôt pour tirer de telles conclusions. Il y a au moins trois explications possibles concernant la façon dont l’appel téléphonique de Tsai a été traité.

Une possibilité est que Trump et ses gestionnaires ne connaissaient pas le statut sensible spécial de Taïwan et ont simplement traité l’appel de Tsai comme ils l’ont fait de dizaines de missives de félicitations d’autres chefs d’État étrangers. Une telle explication serait extrêmement improbable avec tout autre président élu et toute autre équipe de transition. Dans ce cas, cependant, le président élu est exceptionnellement inexpérimenté dans les affaires étrangères, généralement pas respectueux des nuances diplomatiques et non entouré par des conseillers de politique étrangère expérimentés qui l’inciteraient au respect. C’est une explication peu probable, mais elle ne peut être exclue.

Une deuxième possibilité est que Trump tente d’adopter une ligne dure sur Taïwan qui mette les dirigeants chinois sur la défensive et puisse bénéficier ainsi d’un effet de levier important sur les autres questions bilatérales. Tout au long de la campagne, par exemple, il a dit très clairement qu’il voulait de meilleures offres commerciales pour les sociétés américaines, et qu’il croyait que les négociateurs chinois ont à plusieurs reprises embobiné leurs homologues américains. De meilleurs accords valideraient l’ « America First » le récit nationaliste de Trump. Il serait utile pour lui qu’il puisse aboutir à des mesures concrètes, par exemple, élargir considérablement le marché chinois pour les exportations américaines. Il est un peu embarrassant que la principale exportation de l’Amérique vers la Chine soit le soja. Cela rappelle le rôle que les sociétés agricoles jouent habituellement pour les sociétés industrielles avancées. Il est possible que le président élu pourrait interpréter à sa manière la notion de meilleures offres et chercher les arrangements qui profitent également au vaste empire commercial Trump.

Comme l’homme qui a écrit The Art of the Deal, Donald Trump pourrait bien croire que même implicitement en menaçant de créer des problèmes à Beijing sur la question de Taïwan, qui est au cœur de la Chine, cela incitera les dirigeants chinois à faire des compromis sur des sujets importants pour les États-Unis. Outre les questions commerciales et économiques, il y a au moins deux questions de sécurité potentielles qui entrent dans cette catégorie. La première est la mer de Chine méridionale. Au minimum, l’administration de Trump tentera probablement de contraindre Pékin à réduire ses vastes revendications territoriales sur ce plan d’eau.

L’autre problème majeur de sécurité où le président Trump voudra probablement un changement est la politique chinoise au sujet du programme nucléaire de la Corée du Nord. Le Conseil de sécurité des Nations Unies vient d’imposer une nouvelle série de sanctions à Pyongyang – le dernier épisode d’une politique qui a prouvé son inutilité pendant des décennies. Il ne serait guère surprenant que Trump et l’équipe de sécurité nationale fasse pression sur la Chine, l’un des pays qui a une influence notable sur la Corée du Nord, pour que celle-ci entreprenne une politique de confrontation envers son allié capricieux. Menacer de remuer la question de Taïwan pourrait être considéré comme un moyen de galvaniser Pékin pour devenir plus proactif en ce qui concerne le problème nord-coréen.

La troisième possibilité, cependant, est que le président élu Trump a pris l’appel téléphonique non seulement pour obtenir un effet de levier sur la Chine, mais pour signaler un changement radical dans la politique américaine envers Taïwan. Ce qui est un objectif que beaucoup de conservateurs ont souhaité et prônent depuis des années. Certains préconisent la reconnaissance officielle des États-Unis d’un Taïwan indépendant; d’autres ne le font pas. L’ancien ambassadeur américain aux Nations Unies, John Bolton, un homme appelé à un poste politique de haut niveau dans l’administration Trump, est un membre reconnu de cette faction. Il y a probablement d’autres partisans de cette position dans l’équipe de transition.

Ce serait un choix périlleux, bien qu’il présente une certaine logique stratégique. Un Taïwan indépendant, étroitement lié avec les États-Unis, pourrait devenir un bastion pour les forces aériennes et navales américaines, ce qui empêcherait la Chine d’étendre sa puissance militaire dans le Pacifique. Il remplirait une fonction similaire comparable à celle de Gibraltar pour les Britanniques dans le frein à la puissance espagnole. Mais non seulement le gouvernement de Tsai doit être prêt à assumer les risques liés à l’adoption de ce choix, nous devrions être assurés que la Chine ne ferait pas que de la fumée et des protestations.

L’expérience suggère le contraire. Taïwan est stratégiquement vital pour la Chine, et tout aussi important, il est au cœur de l’âme de l’identité nationale chinoise. Il y a des signes croissants que la patience, même avec la poursuite de la résistance de Taïwan à la réunification politique de Pékin se réduise. La reconnaissance formelle US d’un Taïwan indépendant pourrait facilement pousser les dirigeants chinois sur le rasoir de l’option militaire pour forcer la réunification. Depuis la Loi sur les relations de Taïwan en 1979, les États-Unis ont une obligation implicite de venir au secours de l’île dans de telles circonstances, l’action militaire chinoise contre Taïwan serait catastrophique pour tous les intéressés.
Il est crucial que nous ayons plus de clarté sur le sens et le but de la décision du président élu Trump à prendre l’appel téléphonique du président Tsai. Sinon, la nervosité et la spéculation ne fera que croître de plus en plus.

Ted Galen Carpenter, senior fellow au Cato Institute et un contributeur de national Interest, il est l’auteur de 10 livres, et l’auteur de plus de 650 articles sur les affaires internationales.

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1 commentaire

Publié par le décembre 6, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Quel était l’objectif de Tump en acceptant l’appel de Taïwan, par Ted Galen Carpenter

  1. leca

    décembre 7, 2016 at 3:51

    Une autre explication:
    Donald Trump avait annoncé quelques heures plus tôt que le PDG du géant japonais des télécommunications SoftBank, Masayoshi Son, était « d’accord » pour investir 50 milliards de dollars aux Etats-Unis, avec 50.000 emplois à la clé selon lui, dans de jeunes pousses du secteur des hautes technologies.

    Le milliardaire japonais se trouvait à la Trump Tower pour cette annonce aux contours encore flous. Foxconn, grand sous-traitant TAIWANAIS d’Apple, est apparemment un co-investisseur
    x

     

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