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Jacques François Bonaldi répond aux commentaires sur le « concept de révolution »: si vous viviez ce que nous vivons ici

01 Déc

30 novembre 2016 Réponse sur Agoravox.

Curieux ! Je m’efforce de « donner à lire » Fidel et quelque chose (une part minime, soit dit en passant) de ses idées, et les commentateurs s’arrêtent uniquement aux propos que j’ai placés en guise d’introduction… Comme si l’important, c’était le rédacteur du prologue et non l’auteur ! Si ça voulait dire que les lecteurs sont d’accord avec les idées avancées par Fidel, ce serait au moins une belle satisfaction pour moi, mais je sais que sur Agoravox (ni ailleurs, soit dit en passant), il n’a jamais bonne presse et que rares sont ceux qui lui vouent quelque sympathie…

Vous comprendrez bien que je ne vais pas engager des débats théoriques sur le jeune Marx. Les discussions au coin du feu et les révolutions en chambre et en pantoufles ne m’intéressent absolument pas : je préfère vivre ici une vraie, où l’on se salit les mains de cambouis, avec toutes ses difficultés, ses erreurs, ses problèmes, mais aussi avec ses réussites et ses grandeurs. Une révolution de celles qui transforment la vie des gens, pas de celles dont on discute peinardement en sirotant. De celles qu’on bâtit au jour le jour.

Quant à l’homme nouveau, je peux vous dire, moi, que je l’ai vu, pas seulement en puissance, mais en réalité, à différents moments de la Révolution cubaine, ne serait-ce que, pour donner qu’un seul petit exemple, les coopérants cubains capables de se rendre dans les endroits les plus inaccessibles, là où le personnel du cru ne va jamais, pour soigner des malades et sauver des vies, ou encore, sur un autre registre, les combattants partis pour défendre l’indépendance de l’Angola et, dans la même foulée, infliger une si cuisante déroute aux agresseurs racistes sud-africains qu’elle a entraîné à terme, entre autres facteurs, l’indépendance de la Namibie, la libération de Mandela et l’effondrement de l’apartheid.

Et si vous aviez vécu ce que nous vivons ici depuis vendredi dernier, 25 novembre, si vous aviez partagé l’immense douleur des Cubains, si vous aviez écouté les innombrables témoignages de gens ordinaires, si vous aviez vibré aux réactions d’une qualité humaine parfois extraordinaire qui traduisent une identification vitale avec ce qu’on appelle encore ici Révolution, si vous aviez pleuré avec nous la disparition physique du fondateur de la nation cubaine libre, alors, vous auriez pu découvrir que, oui, à Cuba, même si l’homme ancien occupe encore une bonne part du devant de la scène, l’homme nouveau a su se faire une place parmi les seconds rôles et qu’il n’est pas aussi inexistant que vous voulez le croire…  Mais, ça, cela dépasse la simple théorie…

Alors que je vous écris (il est 14 h à La Havane), les cendres de Fidel ont commencé leur retour vers Santiago de Cuba, un parcours d’un millier de kilomètres qui reprend à l’inverse l’itinéraire suivi début janvier 1959 par l’Armée rebelle pour atteindre La Havane, ce que l’on a appelé la Caravane de la liberté. Et, partout, de chaque côté de la route, des milliers et des milliers de Cubains se massent pour saluer les restes de celui qui leur a consacré chaque moment de sa vie. La révolution, voyez-vous, c’est aussi cette réalité-là et ce vécu.

Bien entendu, si vous ne lisez que la presse transnationale, vous n’en saurait jamais rien, pas plus que vous ne saurez à quel point la mort de Fidel a fait surgir, telle une lave, dans l’immense majorité du peuple cubain, tous âges confondus, cette énorme manifestation de douleur, mais aussi et surtout de reconnaissance et d’amour envers celui qui a fait de cette petite île des Antilles, de concert avec lui, un haut lieu de dignité et peut-être le seul où l’espérance collective d’un avenir meilleur reste possible.

(La Havane, 30 novembre 2016)

 
1 commentaire

Publié par le décembre 1, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Jacques François Bonaldi répond aux commentaires sur le « concept de révolution »: si vous viviez ce que nous vivons ici

  1. histoireetsociete

    décembre 1, 2016 at 5:35

    je n’ai qu’une envie me retrouver là-bas avec eux… j’ai peur de la souffrance que m’inflige l’idée de ceux qui ont disparu, mais il faut que je dise adieu à ce monde où il y a encore des gens debout et une lueur d’espoir… Ce lieu où ceux que j’ai aimés, communistes, désintéressés, aventutiers mais pas mercenaires, vivent toujours….L’être humain peut faire des choses immenses si on respecte sa dignité…

    Tout bien réflechi, grâce à une conversation avec Marianne, je n’irai pas à Cuba, non seulement parce qu’il y aurait trop de fantômes, mais parce que je connaismes amis Cubains et assimilés comme Bonaldi, surtout ceux de la Havane… J’irai pour me faire consoler de l’état de la France et ils m’accableront, non seulement parce que nous n’avons pas fait la Révolution, mais pour un travers des Cubains; Quand ils savent que vous êtes totalement du côté de la révolution, ils vous déversent tout ce qui va mal dans le pays, ils ne vous épargnent rien… Bref ils vous sapent le moral, c’est un mélange, les Cubains, les Havanais surtout sont des râleurs… je ne sais pas si c’est pour bien vous faire mesurer à quel point nous sommes nous Français enfoncés dans notre bien être, incapables donc de faire la révolution ou parce qu’ils savent que se plaindre avec vous ce n’est pas comme avec l’ennemi, mais ils vous brossent un portrait catastrophique de ce qu’ils doivent supporter…

    Chaque fois que j’arrivais à Cuba, mon amie Carmen à qui je ne pouvais m’empêcher de demander imprudemment si elle allait bien me répondait : mas o menos (ce qui signifie que c’est abominable vu le ton farouche où ce plus ou moins est prononcé) et elle ajoutait oui Bush est chez lui et moi je suis chez moi et c’est ça l’essentiel!…

     

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