Source : Consortiumnews.com, le 13/10/2016

Le 13 octobre 2016

La principale réussite du président Obama en Amérique latine n’a pas été de restaurer des relations diplomatiques avec Cuba ; mais plutôt la stratégie de son administration du «changement de régime», permettant la ré-institution d’une économie « néolibérale » orthodoxe sur la région, comme l’explique Ted Snider.

Par Ted Snider

Peu de temps après sa prise de fonctions, le président Barack Obama a promis de changer la façon dont l’Amérique fait des affaires avec l’Amérique latine, en signe de reconnaissance de l’histoire effroyable des interférences et du changement de régime datant du XIXe siècle, de l’hostilité de Thomas Jefferson envers la rébellion des esclaves d’Haïti à la trahison de William McKinley de Cuba après sa « libération » de l’Espagne.

Il y a eu ensuite le cas de Théodore Roosevelt qui a séparé le Panama de la Colombie en 1903 dans le but de construire le canal de Panama. Et un autre cas en 1908 lorsque le gouvernement des États-Unis a coopéré à l’éviction du président vénézuélien Juan Vicente Gómez. Et en 1909, lorsque William Taft a enlevé José Santos Zelaya au Nicaragua parce qu’il insistait pour que les entreprises américaines au Nicaragua honorent leurs accords, et qu’il essayait de rendre son pays moins dépendant des États-Unis en empruntant aux banques européennes, plutôt qu’américaines.

Le président Barack Obama revient à la Maison-Blanche, le 17 janvier 2013. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Pete Souza)

Le président Barack Obama revient à la Maison-Blanche, le 17 janvier 2013. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Pete Souza)

Dans l’époque moderne, Dwight Eisenhower avec la CIA a renversé Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954. Avant de quitter ses fonctions, il a initié les mesures secrètes visant à éliminer le leader de Cuba Fidel Castro, un processus qui a continué sous John Kennedy avec l’invasion de la Baie des Cochons et ses suites. Puis il y a eu le coup d’État de 1964 au Brésil pour renverser Joao Goulart ; la même année a été entreprise l’action politique pour éliminer Chedi Jagan de Guyane.

En 1971, Richard Nixon a déstabilisé le Chili en suscitant un coup d’État sanglant contre Salvador Allende. Ronald Reagan a financé une guerre secrète pour évincer le gouvernement sandiniste du Nicaragua, tout en apportant un soutien militaire à divers régimes brutaux et répressifs en Amérique centrale. George H.W. Bush a détruit des quartiers civils de Panama City lors d’une invasion qui avait pour but d’arrêter le chef panaméen Manuel Noriega.

Et la pauvre Haïti s’est régulièrement trouvée dans le collimateur de Washington. Avec le soutien des administrations Bush-41 et Bush-43 [41e et 43e président, NdT], un complot a renversé, par deux fois, le leader populaire Jean-Bertrand Aristide en Haïti. George W. Bush a également soutenu un coup d’État éphémère en 2002 pour évincer le président vénézuélien Hugo Chavez. Et ceci n’est qu’une liste partielle des interventions américaines menées dans leur « arrière-cour ».

Ainsi, il est important d’évaluer les résultats de la promesse d’Obama de changer cette histoire tragique et honteuse. Pourtant, il n’a pas fallu longtemps pour voir que rien n’avait vraiment changé. Il semble que l’administration Obama ait adopté une stratégie de huit ans pour faire reculer ce qui a été appelé la marée rose des dirigeants progressistes ou socialistes qui osaient défier le modèle économique néolibéral de Washington pour cet hémisphère.

L’administration Obama a favorisé plutôt une approche plus subtile du changement de régime que ses prédécesseurs. Contrairement aux coups d’État militaires parrainés par les administrations antérieures, les coups d’État d’Obama n’ont pas nécessité de chars dans les rues. Au contraire, ils ont été déguisés en affrontements politiques internes, à commencer par des troubles civils et des accusations par les médias de violations commises par le chef visé, suivies par voie parlementaire où les tribunaux utilisent la destitution ou autre moyen « constitutionnel » pour réaliser le changement de régime. Il s’agissait de coups d’État silencieux ou « feutrés » réalisés sous déguisement démocratique.

Nous en avons un exemple précoce le 28 juin 2009, lorsque le président libéral du Honduras démocratiquement élu Manuel Zelaya a été accusé d’avoir fomenté un amendement constitutionnel qui autorisait plus d’un mandat pour le président. Sur les directives de ses adversaires politiques à la Cour suprême, l’armée l’a enlevé et emmené dans un avion qui s’est ravitaillé sur une base militaire américaine.

Cela aurait pu être l’occasion pour Obama de montrer qu’il ne plaisantait pas, qu’il plaçait la démocratie et le progrès social au centre de son agenda régional. Au lieu de cela, il a permis à son département d’État de signaler que les États-Unis étaient secrètement ravis de l’éviction de Zelaya.

Après le coup d’État, l’ambassadeur américain n’a pas été rappelé, les États-Unis ont refusé de se joindre à la demande de l’assemblée générale des Nations Unies et de l’Organisation des États Américains (OAS) pour le retour du président élu, et le mot « coup » a été banni du lexique du département d’État.

Bien que l’OAS refuse de reconnaitre le nouveau président amené au pouvoir par le coup d’État, le département d’État sous Hillary Clinton alla dans la direction opposée, en reconnaissant le coup d’État du gouvernement comme gagnant des nouvelles élections controversées. Le soutien militaire des États-Unis s’est également accru.

Pourtant, en dépit des contorsions linguistiques de l’administration Obama pour ne pas appeler publiquement l’enlèvement de Zelaya un coup d’État, la Maison-Blanche d’Obama savait que c’en était un. Le 24 juillet 2009, moins d’un mois après, la Maison-Blanche recevait un télégramme de l’ambassade des États-Unis au Honduras informant le Président Obama des faits.

Par un manque de subtilité quasi-comique qui n’était pas censé être publié, le télégramme s’appelait « Ouvert et fermé : l’affaire du coup d’État au Honduras. » Dans ce document, l’ambassade a écrit: « Il ne fait aucun doute que les militaires, la cour suprême et le Congrès national ont conspiré dans ce qui constitue un coup d’État illégal et anticonstitutionnel. »

L'ancien président du Honduras Manuel Zelaya.

L’ancien président du Honduras Manuel Zelaya.

La conclusion ne pouvait être plus claire. Mais au cas où il y aurait encore des doutes, le câble ajoutait que « aucun des… arguments [des défenseurs du coup d’État] n’ont la moindre validité au regard de la constitution du Honduras. »

Dans l’interprétation la plus généreuse de l’action ou de l’inaction d’Obama, on pourrait dire qu’il a permis le succès du coup d’État tout en restant silencieux. Cependant, il est plus probable que son administration l’ait soutenu, en dialoguant avec les militaires honduriens jusqu’au jour du coup d’État et en reconnaissant peu après le gouvernement qui a suivi comme légitime. Zelaya a toujours insisté sur le fait que « le coup est venu du Nord, des États-Unis. »

Dans le feu de l’action, l’avion qui transportait le président kidnappé a atterri sur la base militaire américaine de Palmerola pendant 15 à 20 minutes pour se ravitailler. Les États-Unis ont choisi de ne pas intervenir.

Dans ses mémoires, Hard Choices, Clinton a admis qu’elle avait aidé la nouvelle direction en court-circuitant tous les efforts pour restaurer Zelaya au pouvoir. « Dans les jours suivants [le coup], j’ai parlé avec mes homologues de l’hémisphère, y compris la Secrétaire [Patricia] Espinosa au Mexique. Nous avons étudié un plan stratégique destiné à rétablir l’ordre au Honduras et veiller à ce que des élections libres et équitables soient organisées rapidement et légitimement, ce qui rendrait le problème de Zelaya nul et non avenu, » écrit-elle.

L’Équateur en ligne de mire

Après le coup d’État contre Zelaya, le Président populaire élu de l’Équateur, Rafael Correa, affirmait : « Nous avons des rapports des services de renseignement qui disent qu’après Zelaya je suis le prochain. » Il avait probablement raison, car l’année suivant le coup d’État du Honduras, il y eut une tentative de coup d’État contre Correa qui a échouée. L’expert latino-américain Mark Weisbrot a déclaré que c’était clairement une tentative de coup d’État destinée à renverser le gouvernement Correa.

Correa avait renégocié les contrats pétroliers et demandé une plus grande part du chiffre d’affaire des grandes compagnies pétrolières pour le peuple d’Équateur. Il était également opposé à un traité de libre-échange avec les États-Unis et a fermé une base militaire américaine en Équateur. Et il rejoignit le Venezuela, Cuba, la Bolivie et l’Équateur dans la Bolivarian Alliance for the Peoples of Our America (ALBA) et il fit défaut avec succès sur plus de 3 milliards de dollars de dette extérieure qui fut illégitimement contractée par des dirigeants équatoriens dont Correa disait qu’ils étaient des dictateurs soutenus par la CIA.

Les États Unis ont commencé leur action contre Correa durant la présidence de George W. Bush. En octobre 2005, un télégramme de l’ambassade envoyé par l’ambassadeur américain Linda Jewell décrivait l’action comme « un changement politique et économique souhaitable en Équateur. » En 2006, elle télégraphia que l’élection de Correa ferait dérailler les espoirs américains tout comme l’ambassade s’attendait à ce que Correa se joigne à Chavez ainsi que d’autres dirigeants nationalistes sud-Américains. Dans le même télégramme, (06QUITO2150), Jewell disait que les États Unis avaient « activement découragé les alliances potentielles » avec Correa. Elle a admis (06QUITO2991) « travailler de concert avec les autres équatoriens et groupes qui partagent notre vision. »

Durant les années d’Obama, les États-Unis continuèrent à intervenir en Équateur. En mars 2009, l’Équateur a expulsé Mark Sullivan, un responsable américain qui était accusé d’être le chef de la CIA à Quito et qui a joué un rôle dans la suspension de l’aide des États Unis à une unité de police spéciale d’enquête, lorsque l’Équateur a nommé un nouveau chef que les États Unis n’approuvaient pas.

Le 30 octobre 2010 eut lieu la tentative de coup d’État que Correa attendait. Le leader du coup d’État était diplômé de l’École des Amériques. Une commission nommée par le gouvernement a constaté que des « acteurs étrangers » y avaient participé. Un des membres de la commission a annoncé sa conviction que le département d’État américain et la CIA étaient impliqués dans la tentative avortée de renverser Correa.

Haïti, une fois de plus

En 2010, Obama a échoué à un autre test lorsque Washington finança les élections haïtiennes à hauteur de 14 millions de dollars, un prix affiché qui donnait vraisemblablement à l’Amérique un avantage significatif. Pourtant, le Conseil électoral provisoire d’Haïti (CEP) a interdit à 14 partis de concourir, y compris Fanmi Lavalas, le parti de Jean-Bertrand Aristide, qui avait été par deux fois destitué par des coups d’État appuyés par les Américains.

L'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide.

L’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide.

Le plus grand et le plus populaire des partis d’Haïti, Fanmi Lavalas, a remporté toutes les élections où il avait été autorisé à participer. Mais dans cette élection sous patronage américain, Fanmi Lavalas n’a pas été autorisé à concourir. En d’autres termes, l’administration Obama a financé une élection qui excluait spécifiquement le parti que les gens voulaient élire.

L’indicateur suivant de l’action déplorable d’Obama est advenu au Paraguay, où, en juin 2012, Fernando Lugo, le dirigeant démocratiquement élu du Paraguay, a été éliminé par un coup d’État. L’opposition de droite capitalisa de façon opportuniste sur une escarmouche dans le territoire disputé qui fit au moins 11 morts en reprochant injustement leur mort au président Lugo. Ils l’ont ensuite destitué après lui avoir donné seulement 24 heures pour préparer sa défense et seulement deux heures pour la plaider.

Les organisations latino-américaines UNASUR et MERCASUR ont suspendu le nouveau gouvernement paraguayen, mais le gouvernement des États-Unis a passé la journée du coup d’État à négocier une nouvelle base militaire au Paraguay. Comme avec le Honduras, les responsables américains évitaient d’utiliser publiquement le mot « coup d’État ».

Pourtant, dès 2009, un câble de l’ambassade américaine a reconnu que l’opposition politique de Lugo a pour objectif de « capitaliser sur tout faux pas de Lugo » et de « destituer Lugo et assurer leur propre suprématie politique. » Le câble a noté que, pour atteindre cet objectif, l’opposition était prête à destituer « légalement » Lugo, « même sous des motifs fallacieux »; un soi-disant « coup d’État feutré. »

Focus sur le Venezuela

L’année suivante, en 2013, l’attention s’est reportée sur le Venezuela à la suite de la mort d’Hugo Chavez d’un cancer. Contre la volonté des États-Unis, le successeur d’Hugo Chavez, Nicolás Maduro, a gagné le droit de poursuivre la révolution bolivarienne en remportant l’élection nationale suivante. Les États Unis ont été le seul pays au monde à ne pas reconnaître les résultats des élections, bien que 150 observateurs électoraux du monde entier aient suivi l’élection du Venezuela, y compris les délégations de l’Union des Nations sud-américaines et le Centre Carter.

Le défunt président vénézuélien Hugo Chavez.

Le défunt président vénézuélien Hugo Chavez.

La pression de l’administration d’Obama sur le gouvernement du Venezuela a été implacable. De l’argent américain, totalisant au moins 90 millions de dollars depuis 2000, a été injecté dans le Venezuela afin de financer des groupes opposés au mouvement chaviste, avec le soutien américain en 2015 à une nouvelle tentative de coup d’État, de laquelle Maduro a accusé le gouvernement américain.

Bien que méprisée par le gouvernement américain et par les médias grand public américains, l’accusation n’était pas infondée. Des fonctionnaires du Venezuela ont accumulé une somme importante de preuves que les évènements constituaient un coup d’État manqué avec le soutien des États-Unis, y compris l’enregistrement d’un communiqué qui devait être publié après que le gouvernement Maduro aurait été écarté du pouvoir. Le gouvernement Maduro a également montré les aveux de militaires, ainsi qu’une conversation téléphonique entre les dirigeants de l’opposition discutant du coup d’État, impliquant le maire de Caracas Antonio Ledezma connu pour avoir passé des appels vers un numéro de téléphone américain.

Lucas Koerner de Venezuelanalysis.com a ajouté que l’avion devant être utilisé dans le cadre du coup d’État manqué a des liens avec la célèbre firme américaine de sécurité Academi (anciennement Blackwater). Et il a été rapporté qu’un certain nombre de leaders du coup d’État avaient obtenu des visas de l’ambassade américaine pour faciliter leur évasion en cas d’échec.

Et en mai dernier, le président Maduro a déclaré l’état d’urgence, accusant les États-Unis de conspirer une nouvelle fois avec des groupes d’extrême-droite au Venezuela pour renverser son gouvernement. Maduro a déclaré que « Washington est en train de prendre des mesures à la demande de la droite fasciste du Venezuela. »

Le reflux de la Marée Rose

L’effet cumulatif de toute cette pression sur les dirigeants progressistes en Amérique latine a provoqué un reflux notable du mouvement Marée Rose (Pink Tide), qui avait à son actif une amélioration significative des conditions de vie des citoyens les plus pauvres de la région, bien que beaucoup de ces gains soient maintenant perdus.

L'ancienne présidente du Brésil Dilma Rousseff devant l'Assemblée générale des Nations Unies. (Photo ONU par Marco Castro)

L’ancienne présidente du Brésil Dilma Rousseff devant l’Assemblée générale des Nations Unies. (Photo ONU par Marco Castro)

Le coup, peut-être le plus fort, porté aux tentatives de l’Amérique latine pour réduire la pauvreté et structurer l’économie au bénéfice des gens ordinaires, et non des riches, n’est venu que cette année au Brésil quand un autre « coup d’État feutré » a été organisé pour écarter la présidente brésilienne Dilma Rousseff de sa fonction, et la remplacer par un pouvoir de droite.

Une fois de plus la preuve d’un coup d’État était évidente avec les partis de l’opposition se saisissant d’un différend budgétaire pour renverser la volonté des électeurs dans le plus grand pays et la plus grande économie d’Amérique du Sud. La preuve comprenait la publication d’un compte rendu de l’appel téléphonique entre Romero Jucá, qui était sénateur au moment de l’appel, et l’ancien directeur exécutif des hydrocarbures Sergio Machado, évoquant « un pacte national » pour supprimer Rousseff et installer Michel Temer comme président. Jucá a révélé que non seulement les politiciens de l’opposition, mais les membres de l’armée et de la Cour suprême étaient dans le complot.

En ce qui concerne le rôle de l’armée, Jucá a dit : « Je parle avec les généraux, le commandement militaire. Ils sont d’accord avec ça, ils ont dit qu’ils vont le soutenir. » Et, comme pour la Cour suprême, Jucá a admis qu’il « a parlé et assuré la participation de nombreux juges de la Cour suprême du Brésil, » selon le journaliste Glenn Greenwald basé au Brésil. Jucá s’est en outre vanté que « il y a seulement un petit nombre » de juges de la Cour suprême avec qui il n’a pas parlé. (Jucá est depuis devenu ministre de la planification dans le nouveau gouvernement Temer.)

Michel Temer était si confiant du soutien des États-Unis pour son coup d’État qu’il pouvait s’en vanter ouvertement à New York, devant un public de dirigeants d’affaires et de politique étrangère, en septembre. Temer a confirmé à son auditoire américain que Rousseff a été écartée du pouvoir parce qu’elle a refusé de mettre en œuvre un plan économique pro-business, qui comportait des réductions pour la santé, l’éducation et les dépenses sociales, et mettait davantage l’accent sur la privatisation et la dérèglementation.

Temer a déclaré : « Il y a plusieurs mois, alors que j’étais encore vice-président, nous avons publié un document intitulé « Un pont vers l’avenir », parce que nous savions que ce serait impossible pour le gouvernement [Rousseff] de continuer sur cette voie. Nous avons suggéré que le gouvernement devrait adopter les thèses présentées dans ce document. Mais comme cela n’a pas fonctionné, le plan n’a pas été adopté et un processus a été établi qui a culminé avec mon installation comme président de la république. »

Comme Inacio Vieira l’a signalé pour The Intercept, « L’argumentaire de vente de Temer était farci d’euphémismes du jargon néo-libéral standard, y compris l’universalisation du marché brésilien, le rétablissement de la confiance, une stabilité politique extraordinaire, un partenariat public-privé, et la mise en œuvre de réformes fondamentales dans des domaines comme le droit du travail, la sécurité sociale et les dépenses publiques. »

Et s’il reste un doute sur la motivation de ce gouvernement pour ce coup d’État – ostensiblement son indignation au sujet de la manœuvre budgétaire de Rousseff – il y a le fait que l’un des premiers actes du gouvernement issu du coup d’État fut de légaliserexplicitement l’acte budgétaire pour lequel ils avaient mis en accusation Rousseff deux jours plus tôt.

Satisfaction américaine

Bien que la participation directe américaine dans le coup d’État au Brésil n’ait pas été établie, le silence d’Obama au sujet du renversement d’un gouvernement démocratique supplémentaire, se produisant dans le pays économiquement le plus important d’Amérique latine, démontre clairement sa satisfaction à l’égard du coup d’État.

Le Président Barack Obama

Le Président Barack Obama

Considérant la façon dont son administration dénonce les développements prétendument anti-démocratiques, par exemple la Russie, la réticence d’Obama à protester contre un autre coup sévère à la démocratie dans l’hémisphère occidental suggère une satisfaction de l’imposition d’un nouvel agenda économique néolibéral au Brésil.

C’est également la conclusion de nombreux analystes proches de la scène brésilienne. « Il ne fait aucun doute que les plus grands acteurs de cette tentative de coup d’État – des gens comme les anciens candidats à la présidentielle José Serra et Aécio Neves – sont des alliés du gouvernement américain, » selon l’expert latino-américain Mark Weisbrot.

Et Boaventura de Sousa Santos, professeur de sociologie à l’Université de Coimbra au Portugal et éminent juriste à l’Université de Wisconsin-Madison, a déclaré que le Brésil est inondé de financements américains, y compris des « organisations liées à la CIA. »

Le lendemain du vote de destitution, le sénateur Aloysio Nunes, un acteur important du coup d’État, a entamé une visite de trois jours à Washington. Nunes prévoyait des réunions avec entre autres, le président et un membre éminent du Comité des relations étrangères du Sénat, Bob Corker et Ben Cardin, ainsi qu’avec le secrétaire d’État et ancien ambassadeur au Brésil Thomas Shannon.

En dépit des dénégations de Nunes, des rapports indiquent que son voyage à Washington a été commandé par Michel Temer. La volonté de poursuivre les réunions prévues avec Nunes juste après le vote de destitution a démontré, une fois de plus, au moins l’approbation tacite de Washington. Si le gouvernement américain avait voulu envoyer un message de désapprobation, le voyage aurait été annulé.

L’impact cumulé de la présidence d’Obama sur l’Amérique latine a été le reflux constant de la Marée Rose alors que les gouvernements socialement progressistes de l’hémisphère ont été soit écartés par des « coups d’État feutrés » ou placés sous une énorme pression économique, inversant la plupart des gains sociaux qui se sont produits dans la décennie précédente.

Ironie du sort, les gouvernements progressistes d’Amérique latine ont fait plus de progrès lorsque le prédécesseur d’Obama, George W. Bush, était au pouvoir parce que son administration a été davantage axée sur le Moyen-Orient et la « guerre contre le terrorisme. »

Ainsi, la présidence d’Obama représentait moins une nouvelle page dans l’histoire des relations des États-Unis à l’égard de ses voisins latins que la répétition de vieux chapitres dans lesquels le gouvernement américain a fait équipe avec les oligarques locaux et les idéologues de droite pour créer un climat économique favorable aux investisseurs extérieurs et aux élites locales traditionnelles.

L’approche d’Obama a peut-être été plus subtile que celle des précédents présidents américains – en utilisant des « coups d’État feutrés » plutôt que le déploiement de chars dans les rues – mais l’effet a été le même, imposer la domination économique et politique des États-Unis sur la région et écarter les gouvernements démocratiques qui ont osé mettre les intérêts de leur peuple en premier.

Ted Snider écrit sur l’analyse des tendances dans la politique étrangère et l’histoire des États-Unis.

Source : Consortiumnews.com, le 13/10/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.