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Les suites de la conférence du PCF: nul ne peut se satisfaire de cette incompréhension et il faut avancer

09 Nov

La conférence nationale du PCF s'oppose à un soutien à Mélenchon, proposé par le patron du parti Pierre Laurent

Ce n’est pas en répondant par l’arrogance à ce qu’ont dit les communistes lors de leur conférence que l’on avancera, c’est malheureusement la voie que semblent avoir choisie l’entourage de Mélenchon et ceux qui le soutiennent, mais il faut avancer.

Un regard torve

Je viens de lire un article de Regards sur la conférence du PCF… il y a quelques perles dans cet article, qui veut prendre de la hauteur pour retomber comme la tartine de beurre sur le soutien à Mélenchon. Le fond en est : rien n’est joué, ils sont divisés et on les aura. Mais tout est dans la démonstration :
Je cite deux exemples : le premier est que l’article baptise les militants attachés à leur parti « les identitaires ». On ne saurait être plus aimable. Cela frise le crapuleux et est affirmé comme s’il s’agissait d’une évidence…
Le second vaut aussi son pesant de peanuts. Il affirme que les communistes « identitaires » réagissent sous l’influence de la peur de voir leur parti disparaître et que la peur a toujours été mauvaise conseillère, et il cite l’exemple de leur attitude quand ils se sont aperçus que Mitterrand « plumait la volaille » communiste… Ce que l’auteur de l’article oublie c’est que l’erreur était peut-être non pas de découvrir le piège et de s’y débattre d’une manière inefficace, mais d’être allé s’y mettre. C’est-à-dire exactement ce qu’ont fait ceux qui nous ont livré à Mélenchon et qui proposent de remettre ça… L’ensemble de l’article est du même tonneau…

Beaucoup plus mesurés sont des gens pour qui j’éprouve de l’estime et qui ont toujours mené des combats courageux pour Cuba et plus généralement contre la vassalisation à l’empire américain. Par exemple quelqu’un comme Jean Ortiz qui dit « on aurait pu agir autrement ». Je ne partage pas en totalité cette remarque, les raisons que les communistes ont de vouloir un leader pris dans leurs rangs sont  beaucoup plus fondamentales qu’une incompréhension d’attitudes. Ces raisons tiennent à leur conscience de ce qu’ils ont toujours donné au pays, le facteur de rassemblement que de fait ils représentent en particulier dans les couches populaires mais pas seulement. C’est historique, il suffit de se souvenir du  rôle d’un ministre ouvrier, modeste et efficace comme Ambroize Croizat, le créateur entre autres de la sécurité sociale aujourd’hui attaquée par les politiques de la droite autant que du PS. Le FN ne fera qu’accroître cette attaque contre le droit à la santé. Il n’y a en tant que force politique, en tant qu’élus, au delà des combats syndicaux essentiels, que les communistes pour s’opposer à ce démantèlement sur le terrain et je m’explique plus avant sur cette affirmation. Cela André Chassaigne l’a très bien exprimé lors des débats de la conférence (voir vidéo).

Les militants communistes ont fait leur expérience

C’est historique mais c’est quotidien et les militants communistes ont conscience de ce qu’ils font, et ils ressentent mal le mépris de ceux qui ne voient pas leur action réelle. Durant le Congrès,  je me suis très mal entendu avec ma section. J’y ai subi le double poids d’un Hoareau faisant voter ses partisans minoritaires contre moi tandis que la fédération faisait de moi le poisson pilote dudit Hoareau donc de Mélenchon. On m’a interdit le droit à la parole pour mieux diffuser cette image négative. Ma section avait pourtant mené campagne avec Hoareau dans le 13e, elle avait mené campagne pour Mélenchon, à plusieurs reprises et cela s’était soldé par un renforcement puis une élection du FN.  Mais elle avait fait un bilan réel de son activité et de ses résultats. Ce bilan était le même partout: « Les campagnes de Mélenchon c’est nous qui les avons menées à la base partout, financièrement et en militants. Les mélenchoniens étaient une poignée, une vingtaine qui se déplaçaient sur tout Marseille et que l’on voyait rarement tant ils étaient occupés à aller raconter n’importe quoi dans les médias. Le chiffre de leur résultat était le même que celui que nous faisions seuls en tant que communistes, il était même inférieur. »

Les militants communistes avaient constaté que ces gens n’avaient aucune assise, qu’ils prenaient à rebours les milieux populaires et que partout ils venaient pour accroître leur audience personnelle, ils étaient de cette catégorie dont on dit en Provence: « il verrait passer un bel enterrement ils voudraient être le mort. » Ce qui s’est passé dans  ma section s’est passé partout avec un Mélenchon de plus en plus méprisant, entouré de gens tout aussi imbuvables. Le cas le plus extrême étant Clémentine Autain, qui intervenait partout souvent pour dire n’importe quoi et dont la base tenait dans une cabine téléphonique. Les militants communistes ont été traités en bourrins par des gens qui les méprisaient et l’article de Regards que je cite plus haut illustre bien ce fait.

J’ai raconté également cette journée de lutte du Mouvement de la paix à Marseille, le gros des troupes était constitué de militants du PCF, souvent blanchis sous le harnais et qui écoutaient stupéfaits, muets, une bande de gauchistes venant raconter n’importe quoi sur leur « cause » en oubliant comme par hasard les véritables dangers qui menacent aujourd’hui la paix dans le monde, le coût des guerres.

Etre l’objet d’un mépris par des mouches du coche

Rien de ce qui était secondaire ne paraissait étranger à ces gens là, leur mépris du militant de base était à la hauteur de leur isolement réel. Et quelle que soit la faiblesse aujourd’hui du PCF, il a encore un impact, une force de rassemblement qui n’a rien à voir avec les bulles médiatiques autour d’un individu. Je dois dire que j’ai vécu très douloureusement la manière dont dans le Congrès j’ai été prise des deux côtés à la fois, être en butte de fait à ces gens là et dans le même temps être désignée par la fédération comme leur appartenant, je peux donc témoigner de la force d’un tel rejet (profondément injuste en ce qui me concerne).

Ce rejet est un des phénomènes les plus fort aujourd’hui, il a même reçu le nom de « populisme » de la part de ceux qui sont ravis d’une telle division pour mieux empêcher le rassemblement des travailleurs et des couches populaires, ce qu’on appelait l’alliance entre intellectuels et classe ouvrière, les formes renouvelées d’une telle exigence complètement dévoyées aujourd’hui de tous côtés à la fois.

Ce rejet des « élites » soit trouvera son expression de classe avec un parti communiste renforcé, soit nous allons vers le fascisme et l’attaque de plus en plus frontale y compris contre les classes moyennes après la mise à genoux des couches populaires, leur division sur des bases raciales.

Oui il est vrai qu’il faut arrêter ces oppositions entre ceux que tout devrait unir, mais il faut d’abord comprendre ce qui se joue. Par exemple cette situation inusitée d’un vote contre la position d’un secrétaire national, l’exigence d’un vrai parti communiste. Il est vrai que ce vote majoritaire est tout sauf unifié, sur des questions aussi fondamentales que l’Europe les choix sont loin d’être claires, mais c’est plus une impression qu’une réalité et si le débat se poursuit dans la fraternité, beaucoup de choses pourront avancer. Plus encore que dans ce qu’on a appelé « les cadres » du PCF.*

Attention à ce qui se passe aux Etats-Unis, la force du mécontentement, la désignation des boucs émissaires, le rejet des « élites », l’absence de précision sur celles-ci, de l’expert au politicien corrompu, et l’absence d’un parti qui donnerait à ce mécontentement la perspective de rassemblement y compris entre couches populaires et classes moyennes intellectuelles, nous aurons toutes les errances possibles.
La haine des « élites », les boucs émissaires, et le respect de l’efficacité du capital, la voie royale du fascisme… … C’est aussi je crois ce que ressentent confusément les militants communistes qui veulent un parti fort capable de faire face aux périls de l’heure. On ne répond pas à cela par l’arrogance.

Danielle Bleitrach

PS. Il faut écouter ce qu’à dit André Chassaigne dont je ne partage pas toujours les positions (c’est une litote) mais qui a su trouver les mots de ce que ressentaient les militants communistes. Il m’a touché même si je sais que désormais le mal de ce dernier congrès est trop profond et que je ne veux plus jamais subir la manière dont de tous les côtés j’ai subi l’objet des manipulations et des rejets réciproques. Je garde ma carte du PCF, mais jamais plus je me prêterai à de tels affrontements inutiles entre gens qui ne savent pas clairement se positionner et qui ne savent que s’insulter. Le PCF a représenté la voie la plus honorable de mon existence, celle à laquelle je ne regrette pas d’avoir sacrifié beaucoup de choses, mais s’il continue de représenter à mes yeux cette chance pour tous, il a besoin de beaucoup de réflexion sur la réalité que nous affrontons et les véritables ennemis qui sont les nôtres.

 
2 Commentaires

Publié par le novembre 9, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Les suites de la conférence du PCF: nul ne peut se satisfaire de cette incompréhension et il faut avancer

  1. hoareau Charles

    novembre 9, 2016 at 9:57

    Mon seul commentaire sur cet article est le passage où tu me cites de façon totalement fausse : un je ne me suis pas mêlé du congrès du PCF (rouge vif non plus) et en plus pourquoi l’aurais-je fait contre toi ? Deux en aucune manière et à aucun moment je n’ai appelé à voter ou soutenir Mélenchon ni cette fois-ci ni en 2012 d’ailleurs. pour t’en convaincre tu n’as qu’à lire les articles parus sur Rouge Midi. je te demande de m’en donner acte. Et pour te dire le fond de ma pensée, mon seul souci, encore plus après la conférence, c’est le rassemblement des communistes.

     
    • histoireetsociete

      novembre 9, 2016 at 11:35

      je me réjouis de ta position actuelle et je maintiens ce que j’ai dit.

       

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