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Oliver Stone : « Le terrorisme sert d’excuse à la surveillance de masse »

03 Nov

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http://lemurdesinsoumis.fr/2016/10/30/oliver-stone-terrorisme-sert-dexcuse-a-surveillance-de-masse%E2%80%89/

Oliver Stone, réalisateur passionné de politique et farouche défenseur des libertés, livre sa vision à l’occasion de la sortie en France de son film « Snowden », biopic du célèbre #lanceurdalerte.

« Si vous ne lisez que le « New Yorker » et le « New York Times », vous êtes bien mal informé ! » Rien n’agace plus Oliver Stone que les critiques des grands médias « limousine liberal ». À 70 ans, le vétéran du Vietnam aime bousculer les idées reçues. Fils d’un financier new-yorkais républicain, qui haïssait Roosevelt et les communistes, et d’une mère française, le réalisateur de #Snowden a des points communs avec son sujet. Tous deux ont baigné dans un milieu conservateur avant de s’engager dans l’armée et de virer à gauche. De passage à Paris pour la sortie de Snowden, il livre son diagnostic sur une des plus importantes « fuites » de l’histoire des services de #surveillance américains.

À la fin de votre film, le supérieur d’Edward Snowden tente de le convaincre que la plupart des Américains se préoccupent moins de liberté que de sécurité …

En vérité, les Américains ont installé le plus grand réseau de #surveillancedemasse du monde sans consultation démocratique. Maintenant qu’on brandit la menace du terrorisme, on nous raconte que c’est légal. Barack Obama a signé l’amendement au Foreign Intelligence Surveillance Act de 2008 (qui autorise la surveillance électronique des personnes non américaines situées à l’étranger, NDLR). Étrangement, cela s’est fait de manière illégale. Le système judiciaire ne marche pas vraiment aux États-Unis. La Cour suprême ne s’est même pas saisie du dossier. Ils pensent qu’ils ont assuré la sécurité, mais ce n’est pas vrai. Mettre la #sécurité en balance avec la #liberté est une fausse équivalence. Nous savons désormais que la #NSA (National Security Agency) disposait de beaucoup d’informations sur les deux pirates de l’air du 11 Septembre qui ont séjourné à San Diego. Mais ils n’ont jamais donné ces informations au #FBI. La #CIA avait aussi plein de signaux de son côté. Rien ne s’est passé à Washington. Où est la promesse de sécurité ? On a utilisé l’excuse du #terrorisme pour justifier la demande de plus de moyens pour renforcer la surveillance de masse. C’est fou. Seule la surveillance ciblée marche. La vraie raison est que les pouvoirs en place voulaient collecter davantage d’informations sur l’économie, les mouvements sociaux en vue d’interférer et de remplacer des régimes gouvernementaux… C’est le vieux projet de « système de veille totale ». C’est un désastre pour le monde entier.

Barack Obama s’inscrit-il dans la continuité de George W. Bush en matière de surveillance de masse ?

Absolument. Obama a renforcé le système de surveillance en lui donnant davantage de moyens technologiques et financiers. Les attaques de drones liées à la surveillance ont augmenté de manière significative sous son mandat. Il a nié qu’il y avait des victimes civiles, mais les preuves sont là. La #cyberguerre a été utilisée pour la première fois par les États-Unis en Iran. Nous avons violé la loi à plusieurs reprises en Iran, en Irak et en Syrie. Quand cela se terminera-t-il ? On a affirmé le contraire, mais c’est une violation complète des règles de droit international. C’est une situation très dangereuse qui peut potentiellement conduire à une troisième guerre mondiale.

Le sacrifice de Snowden sera-t-il utile pour l’avenir, ou doit-on définitivement renoncer à la protection de la vie privée ?

J’en ai peur. C’est difficile de revenir en arrière lorsqu’on a instauré un système de veille totale. Les #lanceursdalerte ont de moins en moins d’impact sur l’opinion publique. Les révélations de Snowden en 2013 étaient sérieuses, mais les Américains ne savent même pas ce qu’est la guerre cybernétique. La plupart ne réfléchissent pas beaucoup et voient les lanceurs d’alerte d’un mauvais oeil. Quand le message est trop compliqué, on tente de discréditer le messager. C’est pourquoi on a traité Edward Snowden de traître. J’ai été aussi choqué par le traitement de Chelsea Manning (la jeune analyste militaire transgenre condamnée à trente-cinq ans d’incarcération pour avoir transmis des documents classifiés à WikiLeaks, NDLR). Elle a rendu un grand service aux États-Unis.

Peut-on dire qu’à travers vos films sur JFK, Nixon et Snowden, vous suivez un fil rouge qui reste le mensonge et les coups tordus des gouvernements américains ?

Avec le recul, oui. Mais je ne m’attendais pas à faire un film comme Snowden, qui m’a pris deux ans et demi. Quelle que soit l’administration en place, le gouvernement américain n’est plus responsable de quoi que ce soit. Personne n’est viré pour ses erreurs. Même quand les services de renseignement mentent au Congrès, ils ne sont pas virés. Avec le 11 Septembre, il y a eu une accélération : cela a fourni la justification finale pour tourner la clef. Certains se sont dits : nous pouvons violer le droit car l’ennemi a violé le droit. C’est une forme d’#Étatfasciste.

Les informations finissent toujours par sortir au grand jour aux États-Unis. La démocratie américaine reste, tout de même vivace…

Pas tellement. La publication des « #PentagonePapers » sur la guerre du #Vietnam date d’il y a plus de quarante ans. Je pense que l’Amérique a donné un mauvais exemple. Au moins, Jacques Chirac a eu le courage de dire non sur l’Irak. De Gaulle et Chirac ont été les seuls à oser s’opposer aux États-Unis.

Hillary Clinton sera-t-elle encore plus dure qu’Obama en matière de politique étrangère ?

Il y a quelque chose en elle qui fait qu’elle ne retient rien de ses erreurs du passé. Elle a contribué à apporter le chaos en Europe et elle a transformé l’Otan en machine de guerre. Elle a été pour la guerre en Irak par deux fois et pour l’invasion de l’Afghanistan. Elle était pour un coup d’État au Honduras, même si elle ne le dit pas. Elle va pousser pour une intervention en Syrie. Et si elle commence à pousser un changement de régime en Ukraine et en Russie, on ira vers une guerre.

Êtes-vous convaincu qu’elle va battre Trump ?

Bien sûr. Je n’ai jamais pensé que Trump puisse gagner. Il est trop erratique : il n’a pas cessé de changer de positions. Cette campagne est surtout une forme de reality-show. Michael Bloomberg et Bernie Sanders auraient été de loin de meilleurs candidats. Si je vote pour quelqu’un, ce sera pour la candidate écologiste, Jill Stein. Bien sûr, c’est un vote gaspillé. Mais elle défend des #valeursdémocratiques auxquelles je crois.

Avez-vous été déçu par Barack Obama ?

Oui, extrêmement. Quand il a été élu, on pensait que c’était la dernière chance pour la démocratie. Ce n’était pas l’argent de Wall Street qui l’avait élu, mais le peuple. Il a tourné le dos à sa base. Il leur a dit : « Rentrez chez vous. » Les jeunes sont déçus et très déstabilisés. Il avait un mandat pour réformer, comme Roosevelt dans les années 30. Mais il ne l’a pas utilisé. Il n’a pas fermé Guantanamo. La CIA est plus dure que jamais. Au total, Obama a fait bombarder sept ou huit pays musulmans. Il semble mieux que Bush, mais il y a eu une totale continuité dans cette guerre ridicule contre le terrorisme. Il n’y a aucune rupture avec les vieilles habitudes. C’est vrai qu’il a essayé de résoudre la question de l’assurance santé – sans y parvenir complètement – et il a sauvé l’industrie automobile. Mais ce n’est pas assez.

Le lâchage d’Edward Snowden par le « Washington Post » vous a-t-il surpris ?

Oui. Ils condamnent leurs propres #sources (le #WashingtonPost a obtenu un prix Pulitzer en 2014 pour la publication de documents transmis par l’ancien consultant, NDLR). À la tête du Post, Katharine Graham avait fini par être terrifiée par l’impact de l’affaire Watergate. Elle avait ordonné d’arrêter les investigations. La direction du journal était pour l’intervention en Irak. Cela n’a pas changé avec Jeff Bezos (nouveau propriétaire du titre, NDLR). Et maintenant, ils veulent un changement de régime partout, y compris en Russie : pour moi, ils sont fous. Les grands médias traditionnels représentent un des principaux instruments de pouvoir pour le gouvernement américain. Ils sont à l’avant-garde du combat de l’administration.

Votre film peut-il faciliter la réhabilitation d’Edward Snowden ?

Edward Snowden est tout le contraire d’un traître : c’est un #patriote qui aime son pays et aimerait y retourner. Ce serait bien que Barack Obama ait l’élégance de lui accorder la #grâceprésidentielle avant de quitter ses fonctions, en reconnaissant qu’il a contribué à la démocratie. Un peu de grâce. Mais j’en doute fort.

 

lire sur lesechos.fr

Pierre de Gasquet / Grand Reporter Les Echos Week-End |  Le 28 octobre 2016

 

 
2 Commentaires

Publié par le novembre 3, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Oliver Stone : « Le terrorisme sert d’excuse à la surveillance de masse »

  1. josephhokayem

    novembre 5, 2016 at 3:09

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     
  2. k.e guillon

    novembre 9, 2016 at 9:46

    Lanceur d’alertes, à vos marques, prêts, dénoncez: Et que le meilleur gagne. On va créer une patrie de lanceurs d’alertes….. où tous les internationaux se retrouveront mais pas forcément à Roland Garros.

    A vos clavier-rackets, prêt…. C’est parti (prix ou non)

    http://wp.me/p4Im0Q-1mW

     

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