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Les « traces » d’un vie et le basculement dans l’étrangeté familière…

02 Nov

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Ernst Bloch parle de son livre Traces:

A l’occasion, on y trouve aussi des petites blagues, par exemple un récit hassidique. Nous sommes dans une synagogue, la bénédiction de Dieu a été donnée, mais la communauté reste encore un moment avec le rabbin. Les membres de la communauté discutent des souhaits qu’ils pourraient formuler dès l’arrivée du messie. Au fond de la synagogue se tient un pauvre mendiant qui était arrivé la veille au soir, vêtu de haillons et le ventre creux. Le rabbin dit: « J’aimerais être débarrassé de ma toux ; cela suffirait à me rendre heureux. » Un autre membre de la communauté dit: « j’aimerais que ma fille fasse un bon mariage. » Et un autre dit:  » Je préférerais ne pas avoir de fille du tout,mais plutôt un fils qui reprenne mon commerce. » Chacun formule son souhait et après que tous ont exprimé leur souhait, le rabbin s’approche du pauvre mendiant et lui demande:  » Eh bien, mon cher, qu’est-ce que tu souhaiterais si le messie venait vers toi? A te voir, que Dieu soit plaint, tu as l’air d’avoir pas mal de choses à souhaiter. »Le mendiant se redresse, s’étire et dit: « Je voudrais être un grand roi à la tête d’un immense empire, où il y aurait de nombreuses villes, des prairies, des terres arables et des champs. Dans la plus grande des villes, il y aurait le plus grand de mes palais et dans les autres villes de plus petits palais. Mes ennemis me craindraient et mes sujets m’aimeraient. Mais voilà que la guerre éclate, mon bonheur est fini, mes armées sont en déroute, le peuple divorce de moi, il veut ma chute, il veut mon sang. Me voici seul et abandonné de tous. Je suis assis sur le trône, la couronne sur ma tête, tenant dans une main le sceptre et dans l’autre, le globe, insigne impérial. Mais personne n’attend que je rende justice ou que je gouverne. Je me débarrasse de tout cela: je jette la couronne, le sceptre et le globe – tout ce que je possède- et avec juste une chemise sur le dos, je me précipite par la fenêtre et me mets à courir à travers mon royaume. Tous les champs sont dévastés. J’ai fini par franchir la frontière et suis ici depuis hier soir. »

Long silence étonné. Le rabbin se caresse la barbe puis lui demande – je me tiens ici à la première version, la version habituelle et plutôt banale: »Tu es un homme bien étrange. pourquoi as-tu commencé par tout désirer, pour ensuite finir par tout perdre? Car de la sorte, tu ne peux profiter ni de ta richesse, ni de ton pouvoir,ni de ta magnificence. » « Si, Monsieur le rabbin, dit alors le vieux mendiant, j’aurai quand même obtenu obtenu quelque chose, une chemise » (Ernst Bloch. Rêve diurne, station debout et utopie concrète Lignes, 2016, p.92, 93,94)

Etnst Bloch note que l’histoire se termine comme tous les witz par une boutade. Mais le plus intéressant est la forme étrange, la manière dont le conte atterrit dans le présent: « Et depuis hier soir je suis ici » un basculement inattendu qui rend le familier étrange et incite à la réflexion. C’est cela une trace, de l’infime qui débouche sur l’étrangeté, une éraflure, un aiguillon pour penser autrement.

Demain…

A propos avant-hier j’ai vu le film de Ken Loach: moi Daniel Blake… Hier, j’ai vu capitaine fantastic avec Maya. Ce sont deux mondes, celui de la classe ouvrière et celui de l’individualisme et de l’arrogance américaine. Tous deux sont de gauche mais appartiennent à des univers différents  sur la pédagogie, la formation du citoyen, une entreprise impossible dans la société capitaliste? Dans la journée Hamid et Doudou l’ami mozabite m’ont conduite sur la tombe de ma mère et de mon fils pour laver le marbre et le fleurir. Nous avons ensemble décidé d’une date pour le voyage dans le Mzab, ce sera au début avril. Dans un temps où l’on porte au pinacle Hergé mais où l’on feint de découvrir les sympathies totalitaires de Le Corbusier s’agit-il de sa part d’un rêve orientaliste, pourquoi pas?  Ce sera la troisième fois que j’irai dans le Mzab, les deux précédentes en 1962 et en 2006, le désert avait fleuri, un alpage de graminées violet.C’était étrange ce désert violet comme des champs de lavande, alors que le désert est de l’or habituellement. Un jour j’ai voulu ramener une petite bouteille pleine de ce sable couleur d’or, chez moi il était rose avec des petits grains argenté dans le rose ponceau… Doudou, l’ami mozabite me dit « Et puis il y a le désert, c’est comme la mer, un lieu où tu trouves la paix. »

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le novembre 2, 2016 dans Uncategorized

 

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