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Les dix clés explicatives du nouveau système mondial, par Ignacio Ramonet

20 Oct
Comme le dit Ignacio Ramonet en fin de texte, le futur est rarement prévisible et si les tendances qu’il met en évidence sont bien réelles, il n’en demeure pas moins que l’avenir n’est pas écrit. En particulier s’il accorde une large part au rôle joué par le développement scientifique et technologique; ce qui est difficilement contestable, ce qui reste fondamental est la contradiction avec les rapports de production, ici à peine esquissés et dominés malgré tout par le rôle leader d’un capital qui utilise la révolution scientifique et technologique pour asseoir sa domination, puisque les bases de la résistance des exploités paraissent laminées et le contrôle des dominants se renforcer. C’est effectivement la tendance structurelle de l’accumulation, mais c’est là que toute vision fataliste peut être erronée. Ce qui est sûr c’est que personnellement pour tenter de penser l’avenir,  j’ai plus envie de retourner à ma formation de sociologue qu’à m’intéresser à la politique (note de Danielle Bleitrach)

Nous nous dirigeons vers un monde multipolaire dans lequel de nouveaux acteurs (Chine, Russie, Inde) ont vocation à être forts pôles régionaux. Dans l'image les dirigeants des nations qui composent les BRICS. Photo: Reuters.

Comment est le nouveau système mondial? Quelles sont ses principales caractéristiques? Quelles dynamiques déterminent le fonctionnement réel de notre planète? Quelles sont les caractéristiques qui vont dominer le cours des 15 prochaines années, à partir de 2030?

Pour essayer de décrire ce nouveau système mondial et répondre à l’avenir immédiat, nous allons utiliser la boussole de la géopolitique, une discipline qui nous permet de comprendre le jeu général des pouvoirs et évaluer les principaux risques et dangers. Afin d’anticiper, comme sur un échiquier, les mouvements de chaque adversaire potentiel.

Que nous dit la boussole?

Le déclin de l’Occident

Le «siècle américain» semble venir à une fin, tout évanouissement est le «rêve européen».

La principale constatation est le déclin de l’occident. Pour la première fois depuis le XVe siècle, les pays occidentaux sont en train de perdre leur pouvoir face à la montée de puissances émergentes (Chine, Russie, Inde) à l’échelle internationale. Le « déclassement stratégique » des Etats-Unis a commencé. Le « siècle américain » paraît en voie d’achèvement, tandis que s’efface « le rêve européen ».

Bien que les États-Unis demeurent l’un des principaux pouvoirs planétaires, ils perdent leur hégémonie économique en faveur de la Chine. Et ne peuvent plus exercer leur « hégémonie militaire solitaire » comme ils l’ont fait à partir de la fin de la guerre froide (1989). Nous nous dirigeons vers un monde multipolaire dans lequel de nouveaux acteurs (Chine, Russie, Inde) ont vocation à être de plus forts pôles régionaux face à la suprématie internationale de Washington et ses alliés historiques (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Japon).

En troisième lieu, apparaît maintenant une série de pouvoirs intermédiaires, avec une démographie en hausse et des taux élevés de croissance économique, ils sont appelés à devenir aussi un des pôles hégémoniques régionaux et auront tendance à entrer, d’ici à 15 ans, dans le groupe d’influence planétaire (Indonésie, Brésil, Vietnam, Turquie, Nigeria, Ethiopie).

Pour avoir une idée de l’importance et de la rapidité du déclassement occidental imminent, il suffit de voir ces deux chiffres: la part des pays occidentaux dans l’économie mondiale passera de 56% aujourd’hui à 25% en 2030… Je veux dire que, dans moins de quinze ans, l’Occident va perdre plus de la moitié de sa prépondérance économique… l’une des principales conséquences de cela est que les Etats-Unis et leurs alliés n’auront plus les moyens financiers pour assumer le rôle de gendarmes du monde… de sorte que ce changement structurel pourrait aboutir à affaiblir durablement l’Occident.

émergence imparable  de la Chine

Faits saillants, une fois de plus, le rôle émergent de la Chine, en principe, comme la grande puissance dans la fabrication du siècle.

Le monde tel qu’il est en train de se « désoccidentaliser » et devenir de plus en plus multipolaire. Une fois de plus, il faut souligner le rôle de la Chine, qui émerge, en principe, comme la grande puissance de ce XXIe siècle. Bien que le géant asiatique soit encore loin de représenter un véritable rival pour Washington. La tension interne de ce pays causera, tôt ou tard, une faille qui pourrait affaiblir son pouvoir.

Quoi qu’il en soit, en 2016, les États-Unis continuent d’exercer une domination hégémonique incontestable sur la planète. Tant une domination militaire (fondamentale) que dans plusieurs autres secteurs de plus en plus décisifs, en particulier la technologie (Internet) et la puissance douce (culture de masse). Cela ne signifie pas que la Chine n’a pas fait des progrès prodigieux au cours des trente dernières années. Jamais dans l’histoire aucun pays n’a tant progressé en si peu de temps.

À l’heure actuelle, tandis que décline le pouvoir des États-Unis, la montée de la Chine est imparable. Elle est la deuxième puissance économique au monde (devant le Japon et l’Allemagne).

Pour Washington, l’Asie est maintenant un domaine prioritaire depuis que le président Obama a décidé la réorientation stratégique de sa politique étrangère. Les  États-Unis tentent d’y freiner l’expansion de la Chine en l’encerclant de bases militaires et en comptant sur ses partenaires locaux traditionnels : Japon, Corée du Sud, Taiwan, Philippines. Il est significatif que le premier voyage de Barack Obama, après sa réélection en 2012, ait été en Birmanie, au Cambodge et en Thaïlande, trois états de l’Association des Nations d’Asie du Sud –  (ASEAN), une organisation qui rassemble les alliés de Washington dans la région, dont la plupart des membres ont des problèmes de frontières maritimes avec Pékin.

Les mers de  Chine sont devenues les zones du plus grand conflit armé potentiel dans la région Asie-Pacifique. Les tensions entre Pékin et Tokyo, en ce qui concerne la souveraineté des îles Senkaku (Diaoyu pour les Chinois), et le conflit avec le Vietnam et les Philippines sur la propriété des îles Spratly montent dangereusement. La Chine modernise sa marine à toute vitesse. En 2012, elle a lancé son premier porte-avions, le Liaoning, et en  construit un second, dans l’intention d’intimider Washington. Pékin supporte de moins en moins  la présence militaire américaine en Asie. Entre ces deux géants s’est installée une dangereuse « méfiance stratégique » qui, sans doute, pourrait marquer la politique étrangère dans cette région d’ici 2030.

le terrorisme djihadiste

Photo: Tiré de www.guioteca.com

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Une autre menace mondiale que nous indique notre boussole est le terrorisme djihadiste pratiqué hier par Al-Qaïda et aujourd’hui par l’Organisation de l’Etat islamique ou Daesh (ISIS, en anglais). Les principales causes du terrorisme djihadiste actuel doivent être recherchées dans les erreurs désastreuses et les crimes commis par les puissances qui ont envahi l’Irak en 2003. En plus des absurdités des interventions en Libye (2011) et la Syrie (2014).

Au Moyen-Orient se poursuit  l’actuel courant perturbateur du monde. En particulier autour de la guerre inextricable en Syrie. Il est clair que dans ce pays, les puissances occidentales (Etats-Unis, Royaume-Uni, France), alliées aux Etats qui répandent dans le monde entier une conception archaïque et rétrograde de l’Islam (Arabie Saoudite, Qatar et Turquie) ont décidé de soutenir (par de l’argent, des armes et des instructeurs)  l’insurrection sunnite islamiste.

Les États-Unis ont établi dans cette région un large «axe sunnite» dans le but de renverser Bashar al-Asad et ainsi priver Téhéran d’un allié régional important. Mais le gouvernement de Bachar al-Assad, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, a résisté et continue à se consolider. Le résultat de tant d’erreurs est le terrorisme djihadiste actuel qui multiplie les attaques odieuses contre des civils innocents en Europe et aux États-Unis.

Certaines capitales occidentales pensent encore que la puissance militaire massive est suffisante pour sortir du terrorisme. Mais dans l’histoire militaire, des exemples de grandes puissances incapables de vaincre des adversaires plus faibles ne manquent pas. Qu’il suffise de rappeler l’échec américain au Vietnam en 1975 et en Somalie en 1994. Dans un combat asymétrique, celui qui peut plus, ne gagnera pas nécessairement. L’historien Eric Hobsbawm nous rappelle qu’ « en Irlande du Nord pendant près de trente ans, le pouvoir britannique a été incapable de vaincre un adversaire aussi minuscule que l’armée de l’IRA; certainement l’IRA n’avait pas l’avantage, mais elle n’a pas été vaincue « .

Les conflits de type nouveau, lorsque les forces affrontées sont faibles ou folles, sont plus faciles à démarrer qu’à terminer Et l’utilisation massive des moyens militaires lourds ne permet pas nécessairement d’atteindre les objectifs.

La lutte contre le terrorisme est également menée, en termes de gouvernance et de politique intérieure, avec toutes les mesures autoritaires et tous les excès, même une version moderne de «l’autoritarisme démocratique» qui cible au-delà des organisations terroristes elles-mêmes tous les insoumis et les manifestants qui s’opposent à la mondialisation et aux politiques néolibérales.

La  crise est durable …

Les pays riches continuent de subir les conséquences du tremblement de terre économique et financière a été la crise de 2008.

Une autre constatation importante: les pays riches continuent de subir les conséquences de la situation économique et du séisme financier de la crise de 2008. Pour la première fois, l’Union européenne (ce que le  » brexit confirme »), a vu menacée sa cohésion et son existence même. En Europe, la crise économique va durer au moins une décennie, à savoir au moins jusqu’en 2025…

Nous disons qu’un secteur est en crise, quand dans ce secteur, le  mécanisme ne parvient pas à agir rapidement, il commence à fléchir et éventuellement se brise. Cette rupture empêche toute la machine de fonctionner. Voilà ce qui se passe dans l’économie mondiale depuis qu’a éclaté la crise des subprimes en 2007-2008.

L’impact social de ce cataclysme économique a été d’une brutalité sans précédent: 23 millions de chômeurs dans l’Union européenne et plus de 80 millions de pauvres… Les jeunes en particulier sont les principales victimes ; des  générations sans avenir. Mais les classes moyennes ont également peur parce que le modèle de croissance néolibérale a culbuté hors du chemin.

La vitesse de l’économie financière est désormais celle de la foudre, alors que la vitesse de la politique, par comparaison, tient de l’escargot. Il est de plus en plus difficile de concilier le temps économique et le temps politique. Et les crises mondiales et les gouvernements nationaux. Tout cela se traduit pour les citoyens par de la frustration et de l’angoisse.

La crise mondiale produit des gagnants et des perdants. Les gagnants sont essentiellement en Asie et dans les pays émergents qui ne partagent pas un tel point de vue pessimiste de la situation comme les Européens. Il y a aussi beaucoup de «gagnants» à l’intérieur des pays occidentaux dont les sociétés sont fracturées par les inégalités entre les plus riches  de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

En fait, nous ne subissons pas une crise, mais un faisceau de crises, une somme de crises mélangé intimement les unes aux autres au point que nous ne parvenons plus à distinguer entre la cause et l’ effet. Parce que les effets des uns deviennent les causes des autres, et donc forment un véritable système. De fait, nous sommes face à une véritable crise systémique du monde occidental affectant la technologie, l’économie, le commerce, la politique, la démocratie, l’identité, la guerre, le climat, l’environnement, la culture, les valeurs, la famille, l’éducation, la jeunesse, etc.

D’un point de vue anthropologique, ces crises se traduisent par une augmentation des peurs et du ressentiment. Les gens vivent dans un état d’anxiété et d’incertitude. C’est le retour des grandes paniques devant des menaces indéterminées telles que la perte d’emploi, les électrochocs technologiques, la biotechnologie, les catastrophes naturelles, l’insécurité généralisée … Tout cela constitue un défi pour les démocraties. Parce que la terreur se transforme parfois en haine et en rejet. Dans plusieurs pays européens, et aussi aux États-Unis,  la haine est aujourd’hui dirigée contre l’étranger, l’immigré, le réfugié, le différent. Montent les rejets de tout «autre» (les musulmans, les Latinos, les gitans, les Africains sub-sahariens, les «sans papiers», etc.) et par la croissance des partis xénophobes et d’extrême-droite.

Déception et désillusion

Photo: Samuel Corum / Anadolu Agency / Getty Images.

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Il faut comprendre que depuis la crise financière de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sortis), rien n’est plus pareil. Les citoyens sont profondément désenchantés. La démocratie elle-même comme modèle a perdu sa crédibilité. Les systèmes politiques ont été ébranlés dans leurs racines. En Europe, par exemple, les grands partis traditionnels sont en crise. Et partout nous voyons la montée des formations d’extrême-droite (en France, en Autriche et dans les pays nordiques) ou des partis anti-système et de lutte contre la corruption (Italie, Espagne). Le paysage politique est radicalement transformé.

Ce phénomène est arrivé aux Etats-Unis, un pays  qui a déjà connu, en 2010, une vague populiste dévastatrice, incarnée par le Tea Party. L’émergence du milliardaire Donald Trump dans la course à la Maison Blanche amplifie cela et constitue une révolution électorale qu’aucun analyste n’a pu prévoir. Bien que survivent, dans les apparences, les vieilles formes bicéphales entre démocrates et républicains, la montée d’un candidat hétérodoxe comme Trump est un véritable tremblement de terre. Son style, et son message direct, manichéen et réductionniste, en faisant appel aux plus bas instincts de certains secteurs de la société, lui ont donné un caractère d’authenticité aux yeux de la plupart des électeurs déçus de la droite.

À cet égard, le candidat républicain a su interpréter ce que l’on pourrait appeler « la rébellion des bases. » Mieux que quiconque, il a perçu l’écart qui se creuse de plus en plus entre les politiques, les élites économiques, les intellectuels et les médias, d’une part, et la base de l’électorat conservateur, de l’autre. Son discours violemment anti-bureaucratie de Washington, anti-médias et anti-Wall-street séduit la rue, en particulier les électeurs blancs, peu instruits et appauvris par les effets de la mondialisation économique.

Séismes  et tremblements de terre

À cet égard, on pourrait dire qu’une autre grande caractéristique du Nouveau Système mondial sont les tremblements de terre. Financiers, monétaires, chute d’actions, les séismes climatiques, tremblements de terre de l’énergie, les tremblements de terre technologiques, les séismes sociaux, les  bouleversements géopolitiques tels que le rétablissement des relations entre Cuba et les États-Unis, ou, dans un autre sens, le récent putsch institutionnel au Brésil contre la présidente Dilma Rousseff… les séismes comme la récente victoire électorale du « non » en Colombie aux accords de paix entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC ; ou le récent « Brexit » au Royaume-Uni, ou le succès de l’extrême-droite en Autriche, ou la défaite d’Angela Merkel dans plusieurs élections partielles en Allemagne. Ou l’énorme tremblement de terre qui pourrait effectivement être la victoire électorale de Donald Trump aux États-Unis.

Les développements imprévus émergent avec force sans que personne, ou presque, ne les ait vu venir. Il y a un manque général de visibilité. Si gouverner est prévoir, nous vivons dans une crise de gouvernance globale évidente. Dans de nombreux pays, l’Etat qui protège les citoyens a cessé d’exister. Il y a une crise de la démocratie représentative. « ! Ils ne nous ne représentent pas,  » ont dit les « indignés ». Les gens réclament que l’autorité politique assume à nouveau son rôle en tant que pilote de la société. Ils insistent sur la nécessité de réinventer la politique et que le pouvoir politique mette un terme à la puissance économique et financière des marchés.

Internet, cyber espionnage et cyber défense

La capacité d'espionnage de masse a également connu une croissance exponentielle.

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Le Nouveau Système mondial est également caractérisé par la multiplicité des ruptures stratégiques dont le sens parfois nous échappe. Aujourd’hui, Internet est le vecteur de la plupart des changements. Presque toutes les crises récentes ont un rapport avec les nouvelles technologies de communication et d’information, avec la dématérialisation et  la numérisation généralisée, et l’explosion sans précédent des réseaux sociaux. Plus qu’une technologie, Internet est un acteur clé dans la crise. Il suffit de rappeler le rôle de Wikileaks, Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux dans l’accélération de l’information et de la connectivité sociale à travers le monde.

En 2030, dans le nouveau système mondial, certaines des plus grandes communautés dans le monde sont les communautés connectées et les pays reliés par Internet et les réseaux sociaux. Par exemple, ‘Facebooklandia’: plus d’un milliard d’utilisateurs…  ‘Twitterlandia’, plus de 800 millions… dont l’influence sur le jeu de la géopolitique mondiale pourrait se révéler décisive. Aujourd’hui, les structures de pouvoir sont floues grâce à un accès universel à l’Internet et l’utilisation de nouveaux outils numériques.

En outre, les complicités étroites que certaines grandes puissances ont engagées avec les grandes entreprises privées qui dominent les industries de l’information de la technologie et des télécommunications, la capacité d’espionnage de masse a également connu une croissance exponentielle. Les énormes entreprises comme Google, Apple, Microsoft, Amazon et plus récemment Facebook ont établi des liens étroits avec l’appareil d’Etat à Washington, en particulier ceux qui sont responsables de la politique étrangère. Cette relation est devenue évidente. Ils partagent les mêmes opinions politiques et ont une  vision du monde identique. En fin de compte, les liens étroits et la vision du monde commune, par exemple, entre Google et l’administration américaine sont au service des objectifs de la politique étrangère des États-Unis.

Cette alliance sans précédent – appareils Etatiques + sécurité et militaires + industries  géantes du web – a créé un véritable empire de la surveillance dont l’objectif est clair et concret pour mettre sur écoute Internet, et tous les internautes utilisateurs, tel que le  rapportent Julien Assange et Edward Snowden.

Le cyberespace est devenu une sorte de cinquième élément. Le philosophe grec Empédocle estimait que le monde se composait d’une combinaison de quatre éléments: la terre, l’air, l’eau et le feu. Mais l’émergence de l’Internet, avec son « espace » mystérieux superposé sur le nôtre, formée par des milliards d’échanges numériques de toutes sortes, par son mouvement, son opacification, a donné naissance à un nouvel univers, d’une manière quantique, qui complète la réalité de notre monde contemporain comme un véritable  cinquième élément.

A cet égard, il convient de noter que chacun des quatre éléments traditionnels est historiquement un champ de bataille, un lieu de confrontation. Et que les États ont dû développer des composants spécifiques des forces armées pour chacun de ces éléments : pour la terre – l’armée de terre; pour l’air – l’armée de l’air; pour l’eau – la Marine; et, caractère plus singulier, pour le feu – les pompiers. Naturellement, depuis le développement de l’aviation militaire en 1914-1918, toutes les grandes puissances aujourd’hui ajoutent aux trois armées traditionnelles et aux pompiers, une nouvelle armée dont l’écosystème est le cinquième élément: la Cyber Army, en charge de la cyberdéfense, qui a ses propres structures organisationnelles, son plus grand état, ses cyber soldats et ses propres armes pour défendre les supercalculateurs cyber frontières préparés et mener des cyber attaques dans le domaine de l’internet.

Une mutation du capitalisme: l’économie collaborative

Uber, l'application numérique qui relie les passagers avec des pilotes, en seulement cinq ans d'existence déjà une valeur de 68 milliards de dollars et opère dans 132 pays.

Trente ans après l’expansion massive du Web, les habitudes de consommation changent aussi. S’impose peu à peu l’idée que le choix le plus intelligent d’aujourd’hui est d’utiliser quelque chose en commun, et non pas nécessairement de l’acheter. Cela signifie que va être abandonnée peu à peu une économie basée sur la soumission des consommateurs et sur  l’antagonisme ou la concurrence entre les producteurs, et de là passer à une économie qui encourage la collaboration et le partage entre les utilisateurs d’un bien ou un service. Tout cela constitue une véritable révolution dans le capitalisme qui fonctionne sous nos yeux, une nouvelle mutation.

C’est un mouvement irrésistible. Des milliers de plates-formes numériques pour l’échange de produits et services se développent à toute vitesse. La quantité de biens et de services qui peuvent être loués ou échangés par le biais des plates-formes en ligne, que ce soit payant ou gratuit (comme Wikipedia), est déjà littéralement infinie.

A cette échelle mondiale, cette économie collaborative connaît actuellement une croissance entre 15% et 17% par an. Avec quelques exemples de croissance absolument spectaculaire. Par exemple Uber, l’application numérique qui met en contact les passagers avec des pilotes, en seulement cinq ans d’existence a déjà une valeur de 68 milliards de dollars et opère dans 132 pays. Pendant ce temps, Airbnb, la plate-forme en ligne d’hébergement pour les particuliers qui a émergé en 2008 et a déjà mis en contact plus de 40 millions de passagers, pèse maintenant en bourse (sans posséder une seule résidence ) plus de 30 milliards dollars, soit plus que de grands groupes comme Hilton, Marriott et Hyatt.

À cet égard, une autre caractéristique fondamentale qui est en train de changer, et qui a été rien de moins que la base de la société de consommation, est le sens de la propriété, le désir de possession. Acquérir, acheter, détenir, étaient les verbes les mieux aptes à traduire l’ambition essentielle d’un temps où avoir vous définissait. Accumuler « des choses » (maisons, voitures, réfrigérateurs, téléviseurs, meubles, vêtements, montres, livres, photos, téléphones, etc.) constituait pour beaucoup de gens la raison principale de l’existence. Il semblait que le sens matérialiste de possession était inhérent à l’être humain, depuis l’aube du temps.

L’économie collaborative constitue donc un modèle économique basé sur l’échange et la mise en commun des biens et services à l’aide de plates-formes numériques. Il est inspiré d’utopies du partage et de la non-valeur de marché telles que l’aide mutuelle ou la convivialité, ainsi que l’esprit de gratuité, fondateur du mythe Internet. Son idée principale est: « ce qui est à moi est à toi » ou le partage au lieu de la possession. Et le concept de base en est le troc. Il s’agit de se connecter numériquement à des gens qui cherchent  «quelque chose» avec les gens qui l’offrent. Les entreprises les plus connues dans ce secteur sont : Uber, Airbnb, Netflix, Blabacar, etc.

De nombreux indices nous amènent à penser que nous assistons à la seconde révolution industrielle, après celle basée sur l’utilisation massive de combustibles fossiles et de télécommunications centralisés. Et nous voyons l’émergence d’une économie collaborative qui oblige, comme nous l’avons dit, le système capitaliste à muter.

En outre, dans un contexte où le changement climatique est devenu la principale menace pour la survie de l’humanité, les citoyens n’ignorent pas les périls écologiques mondiaux inhérents aux modèles de surproduction et surconsommation. Là aussi, l’économie collaborative offre des solutions moins agressives pour la planète.

A une époque comme la nôtre, de forte méfiance à l’égard du modèle néolibéral et envers les élites politiques, financières, les médias et les services bancaires, l’économie collaborative semble apte à fournir des réponses à de nombreux citoyens en quête de sens et d’éthique. Elle exalte les valeurs d’entraide et le désir de partager. Tous critères qui en d’autres temps étaient des théories communautaires et des projets socialistes. Mais  qui sont  aujourd’hui – que personne ne se trompe – le nouveau visage d’un capitalisme mutant qui a hâte de sortir de la sauvagerie de sa récente période de capitalisme ultralibéral.

Notre boussole nous signale  également l’émergence de tensions entre les citoyens et certains gouvernements dans la dynamique que plusieurs sociologues appellent «post-politique» ou «post-démocratique»… D’une part, l’accès à l’Internet généralisé, l’utilisation universelle des nouvelles technologies permettent aux citoyens d’atteindre des niveaux élevés de liberté et de contester leurs représentants politiques (comme lors de la crise des « indignés »). Mais, en même temps, ces mêmes outils électroniques fournissent aux gouvernements, comme nous l’avons vu, une capacité sans précédent de surveiller leurs citoyens.

menaces non militaires

Image tirée de lopezdoriga.com

« La technologie – selon  un récent rapport de la CIA- continuera à être le grand niveleur, et les futurs magnats de l’Internet, comme cela pourrait être le cas de Google et Facebook, ont des montagnes entières de bases de données, et gèrent en temps réel  beaucoup plus d’informations que n’importe quel  gouvernement ». Ainsi, la CIA recommande à l’administration des Etats-Unis  quelle s’occupe de la menace potentielle des grandes sociétés Internet en activant le service spécial Collection, un service – renseignements secrets – administré conjointement par la NSA (Service national de sécurité) et SCE (Service Cryptologic Éléments) des forces armées spécialisées dans la collecte clandestine de renseignements d’origine électromagnétique. Le danger qu’un groupe de sociétés privées contrôle toute cette masse de données réside principalement dans le comportement qui pourrait conditionner à grande échelle  la population mondiale et même les organismes gouvernementaux. Il craint également que le terrorisme djihadiste soit remplacé par un cyberterrorisme encore plus écrasant.

La CIA prend beaucoup plus au sérieux ce nouveau type de menaces que finalement le déclin des États-Unis qui lui n’est pas causé par une cause extérieure, mais par une crise intérieure: l’effondrement économique qui a eu lieu par rapport à 2007-2008. Le rapport insiste sur le fait que la géopolitique d’aujourd’hui se préoccupe des nouveaux phénomènes qui ne sont pas nécessairement de caractère militaire. Car, bien que les menaces militaires n’aient pas disparu, certains des principaux dangers auxquels nos sociétés sont aujourd’hui confrontées relèvent d’un ordre non militaire: le changement climatique, les changements technologiques, les conflits économiques, la criminalité organisée, la guerre électronique, l’épuisement des ressources naturelles…

Sur ce dernier point, il est important de savoir que l’une des ressources le plus rapidement en danger est l’eau. En 2030, 60% de la population mondiale aura des problèmes d’approvisionnement en eau, conduisant à l’émergence de « conflits de l’eau »… En ce qui concerne la fin du pétrole, grâce à de nouvelles techniques de fracturation hydraulique, l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste a atteint des niveaux exceptionnels. Et les États-Unis sont presque auto-suffisants en gaz et en 2030 ils pourraient l’être en pétrole, ce qui tend à réduire leurs coûts de fabrication et appelle à la rélocalisation de leurs industries. Mais si les USA – le principal importateur d’hydrocarbures actuellement – arrêtent l’importation de pétrole, il est prévu que les prix du baril seront réduits. Quelles en seront les conséquences pour les principaux pays exportateurs?

Vers le triomphe des villes et des classes moyennes

En 2030, la planète sera huit mille 500 millions. Photo prise de elmonomundo.com.

Dans le monde vers lequel nous allons, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, 60% des personnes vivent dans les villes. Et, comme conséquence de la réduction accélérée de la pauvreté, les classes dominantes et intermédiaires vont tripler , passant de 1.000 à 3.000 millions. Ceci, en soi, est une révolution colossale qui va apporter dans son sillage, entre autres choses, un changement général dans les habitudes culinaires et, en particulier, une augmentation de la consommation de viande à une échelle mondiale. Ce qui va aggraver la crise environnementale.

En 2030, les habitants de la planète seront huit millards 500 millions, mais la croissance de la population va s’arrêter sur tous les continents sauf en Afrique, avec comme conséquence le vieillissement général de la population mondiale. Au lieu de cela, le lien entre les êtres humains et les technologies prosthétiques va accélérer le développement de nouvelles générations de robots et l’apparition de «surhommes» capables de prouesses intellectuelles physique inédites.

L’avenir est rarement prévisible. Ce n’est pas une raison de cesser d’imaginer en termes de prévoyance. Se préparer à agir sur diverses circonstances possibles, dont une seule se réalisera. La géopolitique est un outil extrêmement utile. Elle nous aide à prendre conscience des changements rapides en cours et de réfléchir à la possibilité pour chacun de nous d’intervenir et de fixer le cap. Pour essayer de bâtir un avenir plus juste, plus ECOLOGIQUE, moins inégal et plus favorable.

 
4 Commentaires

Publié par le octobre 20, 2016 dans Uncategorized

 

4 réponses à “Les dix clés explicatives du nouveau système mondial, par Ignacio Ramonet

  1. Pierre M. Boriliens

    octobre 20, 2016 at 12:36

    Bonjour,

    A mon avis (mais je ne suis pas le seul), il y a beaucoup d’erreurs dans cette analyse, à commencer par celles sur la crise de 2008. Marx a toujours affirmé que la « crise » n’est que le symptôme d’un dysfonctionnement antérieur (la température n’est qu’un signe de la maladie). Lequel ? Comme d’habitude, la surproduction, apparue cette fois à la fin des « trente glorieuses », problème qu’on a tenté de régler par le crédit (achetez aujourd’hui, payez demain), qui a effectivement permis de différer la « crise » d’une trentaine d’années. Au départ, le crédit est donc un remède ! Remède qui a montré ses limites. Les subprime n’ont été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : on s’est simplement aperçu qu’il n’était pas possible de tirer indéfiniment sur de la richesse à produire dans le futur, un futur de plus en plus éloigné, d’autant plus que la surproduction n’a pas cessé pour autant (elle a même tendance à augmenter, puisque le marché solvable a tendance à diminuer)…

    Quant à ceci, « l’économie collaborative semble apte à fournir des réponses à de nombreux citoyens en quête de sens et d’éthique », je n’y crois pas une seconde dans un cadre capitaliste. Poussez la logique de Uber : 4 personnes par voiture au lieu de une actuellement. La conséquence à terme, c’est une réduction du marché automobile à 25% de ce qu’il est actuellement… Autant dire que l’industrie automobile est condamnée (dans un cadre capitaliste).
    Et tout le reste à l’avenant…

    Je simplifie, bien sûr, mais le capitalisme collaboratif est un oxymore !

     
  2. brise-menu

    octobre 21, 2016 at 2:58

    tout a fait d’accord avec Pierre M. Boriliens .Fondamentalement cet article ne fait que projeter dans le futur des évenements actuels mis en exergue . Il faut se méfier des prévisonnistes qui nous ont pondu le rapport du Hudson Institute dans les années 70 (le relire est un grand moment de rigolade) ,la théorie mort-née du Capitalisme Monopoliste d’Etat (la veille de la grande vague de libéralisation) etc .etc. On peut relire aussi Carrère d’Encausse sur les pays socialistes ça vaut son pesant de blinis.

     
  3. etoile rouge

    octobre 21, 2016 at 4:33

    ‘est toujours le même système économique , le capitalisme, dominé par l’impérialisme euro américain et sa barbarie manifeste tant contre les peuples qu’il souhaite dominer que vis à vis de ses propres peuples.

     
  4. GALSEN NIOXOR

    octobre 23, 2016 at 9:52

    A reblogué ceci sur GALSENSPRINGet a ajouté:
    Notre monde est en mutation

     

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