RSS

Moscou cesse ses frappes sur Alep, Mossoul se prépare à l’assaut

19 Oct

Divisée depuis 2012 entre un secteur ouest contrôlé par les troupes gouvernementales et des quartiers est aux mains de plusieurs groupes rebelles et djihadistes, Alep, capitale symbolique de la rébellion contre le régime, est aujourd’hui le premier front du conflit syrien.


Mardi 18 octobre, à 10 heures du matin (heure de Moscou), l’aviation russe et les troupes gouvernementales syriennes ont interrompu les bombardements sur la province syrienne d’Alep, a indiqué le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou.

Sergueï Choïgou
Sergueï Choïgou, ministre de la défense russe. Crédits : Minoborony

« Cette interruption des frappes est indispensable pour introduire une pause humanitaire le 20 octobre », a déclaré le ministre, précisant que cette journée devrait servir à évacuer les malades et les blessés hors de la ville.

M. Choïgou a expliqué que cette « pause humanitaire » était destinée à faire quitter la ville non seulement aux civils, mais aussi aux combattants, appelant « les dirigeants des pays ayant une influence sur les formations armées présentes dans les quartiers orientaux d’Alep » à persuader les leaders de ces dernières de cesser les combats et d’abandonner la ville.

Avant le début de cette « pause humanitaire », les troupes syriennes « seront envoyées à une distance permettant aux combattants de quitter librement les faubourgs orientaux d’Alep avec leurs armes », a souligné M. Choïgou.

Moscou et Damas organiseront deux couloirs spéciaux pour l’évacuation des habitants d’Alep. Le premier sera ouvert dans le quartier du souk Al-Haï, et le deuxième passera par la route du Castello, a indiqué le chef de la première direction des opérations de l’état-major général des forces armées russes, Sergueï Roudskoï. Lundi 17 octobre, le responsable militaire avait affirmé que la Russie était « prête » à cesser le feu à tout moment et à garantir l’accès de médecins à Alep et l’évacuation des malades et blessés, mais que « c’étaient les combattants qui s’y opposaient ». À l’en croire, ces derniers « continuent de recevoir des systèmes de missiles antichars américains TOW et s’efforcent de rétablir l’approvisionnement en armes et en munitions des bandes de l’est d’Alep ».

Initialement, Moscou et Damas prévoyaient d’interrompre les bombardements le jeudi 20 octobre, entre 8 heures et 16 heures, mais Sergueï Choïgou a finalement choisi d’avancer cette mesure de deux jours.

Moscou souhaite que cette période de suspension des vols au-dessus d’Alep serve à discerner l’opposition modérée des terroristes, a déclaré le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. « C’est un geste de bonne volonté, dans l’espoir que cette annonce de pause sera utilisée afin de faire la différence entre le front al-Nosra et ses semblables, d’un côté, et les formations armées soutenues par les États-Unis, de l’autre », a déclaré le ministre.

Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe et spécialiste du conflit syrien, voit pour sa part deux raisons à l’interruption des frappes russes et syriennes sur Alep. « Premièrement, cette décision accorde une pause dans l’offensive, qui dure depuis plus d’un mois sans discontinuer, et permet un regroupement des forces ainsi qu’une évaluation du champ de bataille avant de repartir. Les performances de l’armée syrienne sont très faibles, et il faut utiliser ses capacités au mieux. Deuxièmement, c’est un signal envoyé aux Américains sur le seul point qui compte vraiment pour eux à Alep : le volet humanitaire », a-t-il expliqué auCourrier de Russie.

60 000 hommes pour prendre Mossoul

Mossoul USA Irak
Sur la base américaine Diamondback à Mossoul, en Irak. Crédits : Senior Airman Kamaile O. Chan/Flickr

L’annonce de cette suspension des frappes sur Alep par Moscou coïncide avec le lancement, par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, d’une opération de libération de la deuxième ville d’Irak, Mossoul, aux mains de l’État islamique. Pour cet assaut, un groupe d’attaque terrestre de 60 000 hommes a été formé, comprenant des soldats de l’armée irakienne et des détachements des milices populaires kurdes. L’attaque sur Mossoul pourrait aussi impliquer jusqu’à 2 000 soldats turcs, ainsi que des conseillers américains et européens déployés en Irak.

Pourtant, les nombreuses victimes civiles potentielles constituent un problème majeur pour les troupes de la coalition, souligne le quotidien russe Kommersant. La population n’a pas quitté Mossoul en masse : la majorité des habitants demeurent dans la ville, et pourraient être utilisés par les combattants comme « bouclier humain ». Sachant que l’on parle d’une énorme quantité de personnes : avant la prise de Mossoul par Daech, la ville était peuplée de 2 millions d’habitants. Aujourd’hui, selon les organisations humanitaires, il pourrait rester sur place de 1 à 1,5 million de civils. Un chiffre beaucoup plus important que, par exemple, dans les quartiers orientaux d’Alep peuplés d’environ 250 000 personnes – et où les politiques et les médias ne cessent de dénoncer une catastrophe humanitaire.

Si la bataille de Mossoul dure en longueur, l’ampleur de la catastrophe humanitaire dans cette ville pourrait dépasser de loin ce à quoi le monde assiste à Alep. Seuls les acteurs seront différents : les responsables de la mort de civils ne seront plus Moscou et Damas, mais la « coalition antiterroriste » dirigée par Washington. « Si l’on nous parle de nombreux problèmes humanitaires causés à Alep, nous pourrons désormais attirer l’attention de nos partenaires sur Mossoul », a déclaré le président russe Vladimir Poutine, en déplacement dans la ville indienne de Goa. Il a toutefois assuré que Moscou n’avait « pas l’intention de déclencher une hystérie autour de cela, comme le font nos partenaires », ajoutant qu’« il faut lutter contre le terrorisme, et il n’y a pas d’autre moyen que la lutte active ».

Punir une tentative de fuite

Divisée depuis 2012 entre un secteur ouest contrôlé par les troupes gouvernementales et des quartiers est aux mains de plusieurs groupes rebelles et djihadistes, Alep, capitale symbolique de la rébellion contre le régime, est aujourd’hui le premier front du conflit syrien.

Appuyé par l’aviation russe, Bachar el-Assad y a lancé, le 22 septembre, une vaste offensive visant à reprendre les faubourgs orientaux, peuplés de quelque 275 000 civils. Selon l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, ces quartiers abritent également un millier de combattants djihadistes du Front Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra, et 8 000 insurgés « au maximum », issus de divers groupes. Depuis le 22 septembre, les bombardements y ont fait 270 victimes civiles, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les pays occidentaux font porter à la Russie la responsabilité des victimes civiles et des frappes sur des sites de l’infrastructure civile, notamment des écoles et des hôpitaux. Aux États-Unis et à Bruxelles, on qualifie la situation à Alep de « catastrophe humanitaire ».

Moscou réfute ces accusations. Les autorités russes dénoncent également l’incapacité des pays de la coalition internationale, dans leur combat contre l’État islamique, à établir une séparation en bonne et due forme entre les combattants islamistes et l’opposition officielle.

Le 17 octobre, l’agence Associated Press, citant des militants des droits de l’homme, a annoncé que 13 personnes avaient péri dans les derniers bombardements sur Alep, dont cinq enfants. Les militants des droits de l’homme estiment que ces frappes sont le fait de l’aviation russe. Cependant, le ministre russe de la défense soutient que les bombardements visent exclusivement des sites des terroristes, et que les soldats prennent des mesures afin d’éviter les victimes civiles. Pour Moscou, ce sont les combattants qui sont responsables des nombreuses victimes civiles.

Ainsi, selon le chef de la première direction des opérations de l’état-major général des forces armées russes, le 15 octobre, les terroristes ont exécuté dix personnes, dans les quartiers de Malandi et Bustan-Al-Kasr, aux mains des combattants, pour punir une tentative de fuite de 30 civils.

Moscou cesse ses frappes sur Alep, Mossoul se prépare à l’assaut

Advertisements
 
Poster un commentaire

Publié par le octobre 19, 2016 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :