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Poutine ne peut pas laisser tomber Assad : en Syrie doit s’achever le quart de siècle sanglant de l’Occident, par Jiří Vyvadil

17 Oct

Un texte passionnant d’un Tchèque sympathisant enthousiaste de Poutine et qui donne des arguments tout à fait essentiels sur son approbation. Il le fait à la manière tchèque qui est facétieuse comme le sont  Jaroslav Hasek, l’auteur du soldat Chveik, mais aussi Kafka dont on sous-estime la cocasserie. Ce qui permet d’aborder les sujets les plus sérieux comme ici avec une certaine légèreté dans l’expression. Pour parachever le tableau de l’auteur, il est indéniablement un social-démocrate comme vous le découvrirez dans le choix de ses « héros » politiques européens et français, mais là c’est peut-être l’humour tchèque (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop).

Сирийский солдат с плакатом президента Башара Аль-Асада

10/04/2016 124 138 829

http://inosmi.ru/politic/20161004/237963195.html

Après la chute du mur de Berlin devait advenir une période remarquable, une époque de liberté complète et d’harmonie entre les peuples.  La victoire a été remportée par le modèle occidental, qui était considéré comme quelque chose d’angélique, beau et humain.  Même en Russie ce modèle a séduit pendant quelque temps, mais les économistes libéraux l’ont appliqué de façon si ultralibérale que la Russie sous Eltsine a subi un effondrement, et les libéraux n’ont maintenant aucune chance.

Il est indéniable qu’il y a eu des changements très importants: d’une société souffrant de la pénurie et du manque, nous sommes devenus une société qui a accès à presque tout.  Bien sûr, au début, nous avons accueilli favorablement ces changements, tout comme la possibilité d’aller passer ses vacances à l’étranger et voyager partout dans le monde.  Aujourd’hui, nous avons probablement le plus grand nombre de centres commerciaux et stations-services par habitant. Auparavant, c’était une chose merveilleuse, et maintenant c’est monnaie courante.

En toute justice, il convient de noter que ce changement tout à fait bienvenu s’est produit dans la Chine «communiste» de façon dix fois plus rapide, et, que naturellement, aujourd’hui, la plupart d’entre nous ne pouvons nous comparer à la classe moyenne chinoise, pour ne pas mentionner la classe supérieure.  Ainsi, les vendeurs tchèques leur font des courbettes, quand les Chinois, qui se comportent souvent brutalement, viennent les voir pour faire du shopping.  Du point de vue de la compétitivité, ils n’ont pas leur égal.  Et je ne parle même pas de l’application des technologies de pointe dans tous les secteurs et industries. Le capitalisme, avec le Parti communiste chinois, est beaucoup plus progressiste que le nôtre, et  plus d’attention est accordée aux questions sociales…

Mais bon, nous ne mourons pas: environ dix pour cent de la population vit beaucoup mieux qu’ils ne l’auraient fait si le système n’avait pas changé. 20% des gens vivent un peu mieux, 40% pareil et 30% – plus mal.

Mais ce n’est pas le sujet de mon article.

Dans ce contexte général concernant la façon dont nous avons vécu et vivons, il se passe quelque chose de fondamental.  La question est de savoir comment l’Occident se comporte, et quelles en seront les conséquences, de quel côté nous allons obtenir du soutien, et où nous allons récolter une haine mortelle, qui nous pouvons aider et où nous allons tuer des millions de gens.

Bien sûr, Poutine avait raison sur une chose. L’effondrement de l’Union soviétique a été une catastrophe géopolitique mondiale, bien que dans différents domaines cela se manifeste de différentes façons.

Ainsi, aujourd’hui, nous voyons quels défis doivent relever les républiques d’Asie centrale en raison des foules de djihadistes islamiques. Poutine les contrôlerait, mais les pouvoirs locaux – même autoritaires –ont du mal à y faire face.

Une chose est claire, malheureusement: avec l’Union soviétique il n’y aurait pas eu la guerre en Irak, il n’y aurait pas eu la guerre en Libye, il n’y aurait pas eu les bombardements humanitaires de la Yougoslavie. Et c’est de cela que traite mon article. Se seraient maintenus au pouvoir des dirigeants autoritaires parfaitement antipathiques, mais laïcs, qui sans problème – bien sûr, avec l’aide de la terreur – auraient anéanti les terroristes islamistes encore au berceau.

Aujourd’hui, ce n’est pas ce qui se passe, et les gens ont peur pour leur propre destin, mais c’est l’Occident lui-même qui l’a scellé.

Bien sûr, l’Union soviétique devait être détruite parce qu’elle n’avait pas compris que c’étaient les Chinois qui avaient raison avec leur gestion très efficace quoique centralisée, du capitalisme, qui a assuré une croissance économique d’environ dix pour cent sur plusieurs décennies et a transformé tout l’empire chinois et avec elle le monde entier.

La planification centrale soviétique était idiote jusqu’à la dernière vis, car il s’est avéré que cela ne fonctionnait pas. En conséquence, il n’y avait ni vis, ni papier toilette. C’est pourquoi l’Union soviétique, et tout notre système était voué à l’échec.

C’est l’idée que l’Occident sous la direction des États-Unis avait gagné qui a fait croire qu’il avait aussi le droit de dicter ses conditions au monde. L’histoire devait être achevée. Go west…

Cette partie des hommes politiques, plus matures et sages, conscients qu’il ne fallait pas aggraver les problèmes : François Mitterrand, Jacques Chirac, Helmut Schmidt, Gerhard Schroeder, et même Nicolas Sarkozy, et Helmut Kohl – savaient que la Russie, bien qu’affaiblie sous Eltsine, faisait partie de l’Europe et que la Russie devait être traitée avec respect. Non pas que Eltsine eût inspiré ce respect, mais parce que la Russie est invincible, et qu’à partir du XVIIe siècle – et peut-être avant – elle était une partie intégrante, et parfois la partie la plus importante de l’Europe.

En bref, les hommes d’Etat sages sont partis et ont été remplacés par des imbéciles avec à leur tête la simplette Angela Merkel et le mou François Hollande, qui ont oublié que leur Napoléon et leur Hitler ont été battus par la Russie et ont péri.

Et l’Occident a eu cette idée insensée qu’il écraserait la Russie, la détruirait et la rabaisserait au rang de puissance régionale, comme l’a souvent répété le lauréat du Prix Nobel de la Paix Barack Obama, encore un autre fou.

L’entendre de sa bouche est ridicule. Il n’est aucun pays plus impuissant que les États-Unis à la fin de leur règne. Les fusillades  régulières de la population locale sur la police et de la police sur la population sont devenues, semble-il, une nouvelle distraction américaine. Les camps républicains et démocrates sont divisés à un point qui a abouti à une lutte antagoniste, à savoir que les contradictions ne seront surmontées qu’au prix d’un conflit qui pourrait devenir particulièrement violent. Le racisme n’a jamais été aussi fort. Le secrétaire d’Etat américain Kerry écoute probablement Obama, mais le Pentagone refuse complètement de lui obéir. Au Pentagone, bien sûr, ils veulent une confrontation militaire immédiate avec la Russie, afin que le futur président n’ait d’autre choix que de continuer la guerre.

Et ici nous arrivons enfin au cœur de la question.

Où est le point nodal qui décidera dans quelle direction ira le monde? La question est de savoir si nous reviendrons à ce que nous avons vécu depuis 1990, ou si nous prendrons le chemin de la paix?

Porochenko, bien sûr, voudrait que j’écrive :le rôle clé sera joué par l’Ukraine. Mais parler de ce pays, qui a été détruit par les ambitions incroyables et sans fondement de ses politiciens, n’a aucun sens.

Au contraire, la clé est la Syrie – un pays où à un degré plus ou moins grand sont impliqués tous les membres permanents du Conseil de sécurité: la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, où se manifestent les puissances régionales et financières: la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Iran, Israël et le Qatar, où les gagnants dans ce conflit global renforceront considérablement leur position régionale et internationale.

Depuis 1990, la principale méthode de travail des Américains et de leurs alliés sont les opérations militaires violentes associées au renversement des chefs d’État. C’est ainsi qu’été renversé Saddam Hussein, et maintenant l’Irak est un empire en ruine, d’une part, et une source d’islamisme et djihadisme – de l’autre.  Il semble que le rapport d’enquête britannique signale trois millions de décès.

Particulièrement incroyable a été l’action des États-Unis en Egypte, un pays dont l’ancien président Hosni Moubarak était, peut-être, le dirigeant le plus correct dans ses relations avec l’Occident.  Le «Printemps arabe» l’a balayé lui aussi. Il est utile, même après un certain temps, d’écouter le discours de Barack Obama dans lequel il fait le joli-cœur devant la «Frères musulmans» et exalte leur président Mursi. Mais les Egyptiens ne sont pas idiots, et leur chef d’état-major Sisia a bien fait d’écarter tant les «Frères musulmans» que Morsi du pouvoir.

Bien sûr dès cette époque, alors que se déroulaient les affrontements sur la place Tahrir au Caire, le jeune président pro-occidental Bachar al-Assad suivait les événements. Tout récemment encore, ce chouchou des médias était reçu à bras ouvert en Occident: tapis rouge, Sarkozy l’embrasse sur les deux joues, stage dans une université anglaise. Assad a un anglais excellent, et il est un gentleman anglais sous tous rapports. Il a une belle femme civilisée européenne…

Lorsque le «printemps arabe» a éclaté, et que le tour est venu de la Syrie, Assad n’a même pas eu besoin des données de ses services de renseignement –il lui suffisait de regarder la télévision. Lorsque les États-Unis ont jeté Moubarak comme une peau de banane, Assad savait qu’il devait combattre et prévenir une révolution de couleur, qui serait soutenue par les Américains (ou du moins pas entravée).  Luttant contre les islamistes, il faut être encore plus violents qu’eux.

Et bien sûr, ses hommes étaient cruels.  Ce serait pire s’ils ne l’étaient pas.

Mais tout cela aurait déjà pris fin, si l’Occident n’avait pas commencé par tous les moyens à soutenir les terroristes islamistes et continue de le faire à ce jour.

À un certain moment, l’Occident a fait la même erreur stratégique qu’Adolf Hitler.

Il a lancé une attaque sur le centre, puis – à l’Ouest et a atteint d’indéniables succès grâce à l’impuissance de l’Europe occidentale, ce qui fait que pendant de nombreuses années, l’Europe a été le Troisième Reich.

Mais tous ont toujours été attirés par la Russie: Napoléon, Hitler, Merkel, Cameron, et maintenant Johnson, et tout le monde pense que ce pays est un colosse aux pieds d’argile … et ils veulent l’attaquer.

Et Hitler, grâce à Dieu, a attaqué la Russie.  Oui, je suis désolé pour mes amis de Russie, mais s’il ne l’avait pas attaquée, il est possible que l’ensemble de l’Europe jusqu’à présent serait nazie, et nous, les Tchèques vivrions chez vous en Sibérie –dans le meilleur des cas.

Tout comme Napoléon et Hitler ont attaqué la Russie, Obama et Merkel aussi l’ont attaquée,voulant affaiblir, humilier la Russie à travers l’Ukraine…

Des gens médiocres à courte vue.

S’ils n’avaient pas provoqué Poutine et n’avaient pas tenté de le détruire avec l’aide de l’Ukraine, peut-être ne serait-il pas intervenu dans les événements en Syrie. Et elle serait devenue un état détruit supplémentaire, comme l’Irak, la Libye et une partie de l’ex-Yougoslavie.

Le bavardage pathétique d’Obama sur l’isolement de Poutine a conduit inévitablement à cette seule décision: «La Crimée ne nous suffit pas. Nous devons commencer à remplir nos obligations envers nos alliés».

Cela fait presque un an que Vladimir Poutine a parlé à l’Assemblée générale de l’ONU, pour dire l’état du monde et quelles sont les erreurs de l’Occident. Cela fait un an que M. Poutine a déclaré que la Russie commençait les opérations en Syrie. Bien sûr, il y avait plusieurs raisons à cela, mais l’une d’elles réside dans le fait que le président russe a refusé de continuer à rendre compte, comme un écolier, devant une quelconque Commission Normande sur la situation en Ukraine.

Le thème principal n’est pas l’Ukraine, mais la Syrie.

Contrairement à l’Ukraine, où, en fait, il serait suffisant que les dirigeants de l’Etat soient des hommes politiques relativement sains d’esprit et qu’ils recommencent dans le cadre de relations de voisinage normales à coopérer avec la Russie, en particulier dans l’économie, la Syrie est devenue un véritable problème international.

Si Vladimir Poutine admet qu’Assad doit tomber, tous ses efforts pour équilibrer le monde auront été faits en pure perte… Et il ne s’agit pas seulement d’Assad en tant que tel.

La chose est que pour la première fois en un quart de siècle, un chef d’Etat, que les Etats-Unis et l’Occident ont choisi comme cible à abattre, ne sera pas renversé.

Peut-être tout le monde ne comprend-il pas l’importance de cette étape. Mais cela peut être une nouvelle chute du mur de Berlin dans un certain sens.

Plus de guerre en Irak, en Libye, de bombardement humanitaire de Yougoslavie, aucun soutien pour les terroristes dans d’autres pays …

La paix … je le répète. « La Paix »

Source originale (en tchèque) : http://www.parlamentnilisty.cz/arena/nazory-a-petice/Jiri-Vyvadil-Putin-nesmi-nechat-Asada-padnout-V-Syrii-musi-skoncit-krvave-ctvrtstoleti-Zapadu-455961

Traduit du russe par Marianne Dunlop pour Histoire et société

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1 commentaire

Publié par le octobre 17, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Poutine ne peut pas laisser tomber Assad : en Syrie doit s’achever le quart de siècle sanglant de l’Occident, par Jiří Vyvadil

  1. lemoine001

    octobre 17, 2016 at 11:38

    Le reste est intéressant mais ce n’est vraiment pas très sérieux de dire que : « La planification centrale soviétique était idiote jusqu’à la dernière vis, car il s’est avéré que cela ne fonctionnait pas. En conséquence, il n’y avait ni vis, ni papier toilette. C’est pourquoi l’Union soviétique, et tout notre système était voué à l’échec. » Il me semble qu’elle arrivait surtout trop tôt, c’est-à-dire avant que se développent les moyens informatiques et les réseaux qui auraient permis son efficacité et sa démocratisation.

    Et puis croire que le capitalisme ignore la planification et le centralisme c’est être aveugle. J’ai travaillé dans un contrôle de gestion. J’y ai vu qu’il n’y a pas plus totalitaire que le fonctionnement d’un grand groupe capitaliste.

    On agite partout l’épouvantail du « totalitarisme » et son contre-modèle « les droits de l’homme » : mais qu’est-ce qui est totalitaire aujourd’hui sinon le fonctionnement des grands groupes capitalistes. Dans son ouvrage « Lénine, les paysans, Taylor », le sociologue Robert Linhart montre que l’organisation du travail est aussi et toujours un dispositif de domination. Le capitalisme néolibéral pousse ce dispositif à son extrême limite. Depuis environ 2003, il a renforcé le pouvoir discrétionnaire de l’employeur par l’introduction de méthodes de gestion individualisée des performances. Ces méthodes, couplées à l’enregistrement de l’activité (la traçabilité) et articulées à des menaces de licenciement, ont transformé en profondeur le monde social du travail. Le mesurage comparatif des performances entre les travailleurs n’a pas apporté de la « justice » dans le jugement et le traitement des salariés. Il a au contraire exalté la concurrence entre les individus et généré le chacun pour soi : un isolement individuel et une méfiance généralisée d’autant plus exacerbée qu’on monte dans la hiérarchie. Les fondements de la loyauté, de la confiance, de l’entente, sont sapés. La solitude et la peur sont entrées dans l’entreprise. Comme dans la société totalitaire le contrôle « policier » est partout. Sur le lieu du travail, organisé en « open space », chacun est à chaque instant au vu de tous les autres mais pourtant chacun s’enferme dans sa fonction et n’échange plus que des messages techniques. Chacun est tenu, souvent quotidiennement, de rendre compte de chacune de ses actions, que l’informatique enregistre par ailleurs à l’insu de ses utilisateurs. Les « reporting » se multiplient et les « procédures » sont de plus en plus contraignantes. La séparation de l’espace public et de l’espace privé est abolie : le travailleur (particulièrement le cadre) doit être joignable à tous moments. Il est sommé de se conformer à la « culture d’entreprise » et de manifester sa soumission à la fois dans ce qu’il fait mais aussi dans sa pensée et même sa manière d’être (sa motivation). Le monde du travail devient ainsi le lieu d’une servitude généralisée caractéristique de la société totalitaire. A tout cela s’ajoute souvent un culte de la personnalité du « dirigeant ». Chaque travailleur est informé de chacun des déplacements de ce dirigeant, sa parole est répétée, ses initiatives sont vantées par le service « communication ». Il est traité à l’égal d’un demi-dieu et reçoit en gratification des sommes démesurées comme s’il était destiné à vivre plusieurs vies.

    Tous les ingrédients du totalitarisme sont présents : atomisation sociale, disparition de l’espace privé (société civile), contrainte et peur généralisée, propagande, culte de la personnalité, volonté de tout maîtriser. Le licenciement tient lieu de goulag et le contrôle de gestion de police politique. La propagande est organisée par la « communication interne ». Ce monde est si brutal qu’il conduit parfois à des suicides. Mais sa brutalité et son totalitarisme mêmes ôtent toute crédibilité à sa prétention de refuser toute remise en cause sous le prétexte d’un risque de « glisser dans le totalitarisme ». Ce qui est le plus contraire à la démocratie est ce qui la rend d’autant plus nécessaire et urgente. Il serait permis de rêver que ce soit la base d’un retour à la démocratie.

     

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