RSS

Matt Ross, réalisateur de “Captain Fantastic” : “La solidarité est totalement absente aux Etats-Unis”

17 Oct

Viggo Mortensen et Annalise Basso, dans Captain Fantastic, de Matt Ross.
Jérémie Couston Jérémie Couston Publié le 16/10/2016.
Viggo Mortensen et Annalise Basso, dans Captain Fantastic, de Matt Ross.

Dans son film “Captain Fantastic”, un père joué par Viggo Mortensen éduque ses enfants en pleine nature, selon des principes mi-hippies, mi-altermondialistes. Comme lui, le Californien Matt Ross est très critique à l’égard du libéralisme sauvage qui creuse les inégalités dans son pays.
Avec Captain Fantastic, fable écolo-utopiste avec Viggo Mortensen en père de famille adepte de la décroissance, Matt Ross accède à une notoriété inédite. Acteur pour le cinéma ou les séries télé depuis une quinzaine d’années, il était déjà passé derrière la caméra pour une poignée de courts et longs métrages passés inaperçus. Présenté cette année dans la section Un certain regard au festival de Cannes, son nouveau film lui a valu le prix du meilleur réalisateur et ne manque pas de déclencher des discussions enflammées dans tous les festivals où il passe, divisant les spectateurs quant à l’influence plus ou moins néfaste de ce pater familias idéaliste sur sa progéniture.
Dans une époque dominée par le renoncement politique et la médiocrité intellectuelle, ses convictions bousculent. Le refus de vivre selon les règles implique à la fois des sacrifices et du courage. Combien sommes-nous à prétendre refuser les premiers par attachement aux libertés individuelles, quand c’est simplement du second dont nous sommes dépourvus ? Pour creuser ce sujet, nous avons voulu rencontrer Matt Ross, père de famille militant et cinéaste engagé, une espèce rare à Hollywood.

Vous portez un regard très critique sur le modèle de société ultralibéral défendu par les Etats-Unis. Une vision partagée par Michael Moore. Avez-vous vu son dernier film, Where to invade next ?
Oui. Son analyse est superficielle. Il faut avoir conscience que la réalité est plus complexe que le tableau un peu grossier qu’il en dresse. Mais dans l’ensemble, tous ses films partent d’un constat inattaquable, ils font références à des faits avérés. J’ai assisté à la projection à Deauville en compagnie d’un autre réalisateur américain et nous sommes sortis profondément embarrassés pour notre pays. Il a fallu qu’on aille boire quelques verres pour oublier combien les Etats-Unis ne font rien pour diminuer les inégalités, pour sortir de ce libéralisme dévastateur. Tous les sujets évoqués dans le film – la protection sociale, la malbouffe, le coût de l’enseignement supérieur – ne sont plus des problèmes quand vous êtes riches. Le vrai sujet, c’est la redistribution des richesses et l’utilisation qui est faite de nos impôts. Michael Moore ne fait que survoler la question, mais elle est essentielle. Aux Etats-Unis, nos impôts partent en grande partie dans l’armée, il ne reste plus rien pour le social.
-Avez-vous des raisons d’espérer en des temps meilleurs ?
Bernie Sanders représente l’avenir, selon moi. Les jeunes adhèrent à ce discours de gauche, progressiste, qui va à l’encontre de la politique appliquée depuis cinquante ans par des hommes politiques blancs, réactionnaires, complètement bloqués sur les questions raciales, de genre, de société. J’espère que les idées défendues par Bernie Sanders vont prendre de plus en plus d’importance dans notre pays. C’est en tout cas le vœu que je fais et qui me permet de croire en l’avenir. Il a échoué face à Hillary Clinton qui représente le pouvoir des grandes entreprises contre lesquelles Bernie Sanders s’est battu et a construit sa campagne. Sa politique était trop radicale pour une partie vieillissante du pays mais j’espère qu’un jour, la jeunesse saura porter ce projet.
“Je suis très fier d’avoir contribué à l’élection d’un président noir. (…) Cela a marqué les esprits et prouvé qu’une évolution était possible.”
Quel candidat allez-vous soutenir pour la présidentielle ?
Je voterai pour Hillary Clinton afin d’éviter le pire. Nous n’avons pas de gauche au sens européen du terme. Les démocraties parlementaires comme la France ont la chance d’avoir tous les partis représentés, de l’extrême droite à l’extrême gauche, des fascistes aux communistes. Nos deux partis, les Démocrates et les Républicains, tentent d’englober à eux seuls tout l’éventail politique que vous proposez. Le parti républicain a clairement explosé en deux avec à sa droite le Tea Party, qui correspond plus ou moins à votre Front national. Du côté démocrate, Hillary Clinton se rapproche de votre centre. Elle n’est évidemment pas de gauche. Comme ne l’a jamais été non plus Barack Obama, même si ses idées sont un peu plus progressistes.
Je suis du reste très fier d’avoir contribué à l’élection d’un président noir. Je ne pense pas que cela a changé le monde et sonné la fin des inégalités raciales, on le voit tous les jours quand des policiers blancs abattent des hommes noirs innocents, mais cela a marqué les esprits et prouvé qu’une évolution était possible. L’élection présidentielle américaine est devenue un concours de personnalités et malheureusement pour elle, Hillary Clinton est froide et patricienne, ce qui la rend impopulaire auprès de ceux qui aiment avoir un président chaleureux qui ressemble à leur oncle Bob. C’est ridicule, je ne voudrais jamais que mon oncle devienne président !

“Je ne suis pas pro-soviétique mais il faut reconnaître que leurs méthodes autoritaires avaient du bon en matière de grands travaux.”
Quelle éducation avez-vous reçue ?
J’ai été élevé par une mère célibataire, très engagée à gauche mais pas du genre à me donner à lire le Manifeste du parti communiste non plus. Elle était démocrate dans le sens moderne : une conscience de gauche qui croit à la protection sociale. Aux Etats-Unis, « welfare », c’est un gros mot. Les gens pensent que si on donne de l’argent à ceux qui en ont besoin, ils vont se mettre à glander. C’est pathétique. La solidarité est totalement absente dans mon pays.
Je vis à Berkeley, de l’autre côté de la baie de San Francisco, ma femme est originaire de cette région et voulait qu’on élève nos enfants dans cet environnement. Je vais à Los Angeles une fois par semaine. C’est comme si j’habitais à Lyon et travaillais à Paris, à la différence que je pourrais prendre le TGV. Là, je suis obligé de prendre ma voiture car il n’y a pas de train. Je n’ai pas les moyens d’y aller en avion alors je roule en Prius [voiture hybride électrique/essence, ndlr], en attendant de pouvoir m’offrir un jour la Tesla destinée au peuple [une voiture électrique haut de gamme, ndlr]. Ce qui me permettra de ne plus consommer une goutte d’essence.
L’absence de transports en commun écologiques est un autre énorme problème aux Etats-Unis. Tout a été fait pour la voiture et le réseau de trains est quasiment inexistant. On aurait vraiment besoin d’un plan quinquennal comme en Chine pour construire des voies ferrées dans tout le pays. Je ne suis pas pro-soviétique mais il faut reconnaître que leurs méthodes autoritaires avaient du bon en matière de grands travaux. Si notre futur président pouvait s’inspirer de la planification urbaine à grande échelle des pays de l’Est, ce serait une excellente chose. Il faut parfois laisser ceux qui savent prendre les bonnes décisions pour les autres.
Ce qui nous amène au sujet de Captain Fantastic : l’éducation doit-elle être imposée par les parents ?
Ma fille de 13 ans écoute de la musique que j’estime être de la soupe, exactement comme moi au même âge. Je n’y peux rien. Avec un père chef d’orchestre et une mère choriste, ma femme a baigné toute son enfance dans la musique classique et a reçu une très bonne éducation musicale. A l’époque, elle n’aimait pas ça, mais aujourd’hui, elle en récolte les fruits. Je fais écouter à mes enfants ce que je juge être de la bonne musique, Nick Cave, Tom Waits, et j’espère qu’ils en garderont quelque chose. Si on oblige les enfants à voir un film ou lire un livre, il y a peu de chances qu’ils adhèrent. En matière d’éducation, il faut montrer l’exemple, c’est à peu près tout. Dans le film, Viggo Mortensen dit quelque chose de très juste : « On est défini par nos actions, pas par nos paroles. »

http://www.telerama.fr/cinema/matt-ross-realisateur-de-captain-fantastic-la-solidarite-est-totalement-absente-aux-etats-unis%2C148775.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1476454514

Advertisements
 
Poster un commentaire

Publié par le octobre 17, 2016 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :