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Comment à Cuba on évite les morts par ouragan

12 Oct

Quand un cyclone menace l’île, la défense civile se met en marche, elle est organisée sur la base d’une solidarité de voisinage. Matthew n’y a laissé aucune victime mortelle dans son sillage, alors que non seulement Haïti mais les Etats-Unis ont eu des morts. La clé est la solidarité. En lisant l’article j’ai revécu certaines journées enfermées dans des logements de fortune où nous nous étions repliés. Effectivement les Cubains jouaient au domino à la lueur des bougies et se moquaient beaucoup de notre terreur à nous Français qui nous demandions si les murs allaient résister à la violence des éléments déchaînés. Je me souviens également du rôle joué par Fidel, du temps où il allait dans les points les plus périlleux pour voir si tout se passait bien, puis quand il expliquait à la télévision ce qu’il fallait faire, une sorte de supermétérologue, tout le monde transportait les meubles ailleurs et en jetant un oeil sur les télés allumées, les Cubains lui faisaient des remarques chaleureuses mais moqueuses: « Çà va on a compris! » Encore une note, le système décrit ici est aussi celui mis en place en vue d’une invasion par les Etats-Unis, avec simplement pour la population valide le soin de prendre les armes, tandis qu’enfants et vieillards sont ainsi protégés (note et traduction de Danielle Bleitrach.

Un homme regarde un hélicoptère en Cajobabo (Cuba) après l'ouragan Matthew. / ALEXANDRE MENEGHINI (REUTERS)

Un homme regarde un hélicoptère à Cajobabo (Cuba) après l’ouragan Matthew. / A. MENEGHINI (REUTERS)

HAVANA Après le passage de l’ouragan Matthew, l’efficacité de la défense civile cubaine est apparue évidente. Alors que sur les autres îles les morts se comptent par centaines  et  que même aux  États -Unis il a entraîné une vingtaine de morts, à Cuba des mesures de prévention ont réussi à faire passer ce cyclone sans la moindre victime. 

La défense civile est une gigantesque toile d’araignée qui va de la direction nationale à chaque municipalité, et qui fait face à une situation de confrontation permanente avec les catastrophes que sont les cyclones (c’est une catastrophe mais c’est aussi un élément de la fertilité de l’île NDL.T).  Dans ce seul  siècle 15 ouragans ont frappé Cuba, causant 40 morts, 20.000 millions en pertes matérielles et des dommages dans 1,5 million de foyers.

Quand Cuba se trouve sur le chemin d’un cyclone, alors se met en activité la défense civile, les dirigeants nationaux, provinciaux, municipaux et zonaux dépoussièrent leurs uniformes vert olive et organisent leurs voisins. Leur Chef DC est le général Ramon Pardo, mais 90% des membres sont des civils pendant le reste de l’année qui ont un tout autre travail, d’autres professions et métiers. Cependant, ils acquièrent un pouvoir énorme dès qu’un ouragan se pointe à Cuba.

La première phase commence – là tous les moyens sont mis en oeuvre pour fournir à la population des informations détaillées au sujet de la direction et des caractéristiques de l’ouragan. À ce moment on est prévenu, avec certitude quand l’impact est passé à la phase d’alerte, alors commencent les préparatifs dans les territoires qui seront touchés. Quand l’affrontement est imminent on entre dans la phase d’alarme.

Pendant l’alerte cyclonique, c’est l’évacuation de ceux qui vivent dans la région touchée devenue dangereuse. Lors du  dernier ouragan le chiffre de ceux qui ont évacués a dépassé 600.000 personnes, mais dans le passé, il a atteint un million. Cela peut sembler un effort fabuleux mais dans les faits la plupart des personnes évacuées doivent juste marcher quelques pas et elles sont accueillis par des voisins qui ont une maison plus sûre.

La solidarité est la clé de la protection des citoyens, mais elle n’est pas laissée au hasard, chaque famille sait à l’avance où elle doit se rendre. Ces maisons sont transformées en camps de fortune, avec des matelas sur le plancher et l’entassement de la totalité des appareils qu’apportent les familles accueillies prend place dans la salle à manger. Pour les enfants, c’est presque un jeu et parfois aussi pour les adultes qui passent des heures à jouer aux dominos dans la lumière des bougies.

Ceux qui n’ont pas de place dans les maisons privées sont installés dans le bâtiment d’une institution qui peut résister à des vents violents, des cinémas, des écoles, des maisons de la culture et même dans le Capitole de la Havane. En arrivant les familles trouvent des matelas, de l’eau, de la nourriture, des soins médicaux et tout ce dont ils ont besoin pour survivre quelques jours. Jamais les Cubains ne sont organisés aussi bien que quand un cyclone menace l’île .

Les chefs de la Défense civile dans chaque zone savent tout sur leur territoire, ils peuvent utiliser les autobus, les camions et les machines-outils de toute entreprise. Cela leur permet d’organiser collectivement l’évacuation, en évitant ainsi les sorties dans les véhicules individuels et les embouteillages, tels que ceux de la Nouvelle-Orléans pendant l’ouragan Katrina.

Une voiture sur une route inondée de Guantanamo après l'ouragan Matthew. / ALEXANDRE MENEGHINI (REUTERS)

Une voiture sur une route inondée de Guantanamo après le passage de Matthew. / A. MENEGHINI (REUTERS)

Avant l’arrivée de Matthew à Cuba, tout avait déjà été préparé pour la phase de récupération, en plaçant la nourriture, sur les toits et les poteaux électriques dans les zones qui étaient censés être affectées. La compagnie d’électricité et les brigades de constructeurs ont été transférées depuis les provinces centrales de sorte qu’ils se trouvent à proximité et sont arrivées rapidement.

La culture de cyclones fait partie de la citoyenneté, tous les Cubains suivent de près les bulletins des nouvelles et évacuent d’eux-mêmes volontairement. Il y a très peu qui refusent de se déplacer vers des endroits sûrs, dans de tels cas, les membres de la défense civile finissent par imposer leur autorité. Personne ne peut se trouver dans des zones où les logements sont dangereux. Il y a là peut-être une atteinte aux droits individuels de certains, paradoxalement celle-ci leur sauve la vie.

Le secret de la réussite de la Défense civile cubaine est de ne pas penser aux coûts d’arrêt des entreprises dans le déménagement des centaines de milliers de personnes, et le pays peut être paralysé économiquement si nécessaire. Le succès réside dans la priorité avant tout à la sauvegarde de la vie humaine.

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Publié par le octobre 12, 2016 dans Uncategorized

 

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