RSS

Pourquoi la Russie suspend son accord sur le plutonium avec les États-Unis

06 Oct

« La Russie n’a pas garanti les conditions des accords de cessez-le-feu conclus le 9 septembre et a violé ses engagements humanitaires » a dit John kerry, ce à quoi le président russe a répondu sur le champ en suspendant  l’accord russo-américain sur le recyclage du plutonium militaire.


share0
 http://www.lecourrierderussie.com/international/etats-unis/2016/10/plutonium-militaire-moscou/
La crise que connaissent les relations russo-américaines s’est encore envenimée. Lundi 3 octobre, la Russie a déclaré qu’elle suspendait l’accord qui l’unit aux États-Unis sur le recyclage du plutonium militaire. Un peu plus tard le même jour, Washington a annoncé l’interruption de sa participation aux canaux de communication bilatéraux avec Moscou, créés en vue de maintenir le régime de cessez-le-feu en Syrie.
Vladimir Poutine et Obama.
Vladimir Poutine et Barack Obama le 5 septembre 2016 au G20. Crédits : kremlin.ru.

« Cela n’a pas été une décision facile à prendre. Mais notre patience a des limites », a déclaré le secrétaire d’État américain John Kerry, le 3 octobre, à propos du retrait par les États-Unis de leur personnel du centre russo-américain censé servir à l’échange de renseignements militaires entre les deux pays. « La Russie n’a pas garanti les conditions des accords de cessez-le-feu conclus le 9 septembre et a violé ses engagements humanitaires », a-t-il expliqué. Le département d’État américain a toutefois précisé que les canaux de communication militaires seraient maintenus afin d’éviter des incidents entre les avions russes et ceux de la coalition dirigée par les États-Unis.

Cette déclaration du département d’État américain a suivi de quelques heures un décret du président Poutine qui suspend l’accord russo-américain sur le recyclage du plutonium militaire.

Cette décision est liée à « un changement radical des circonstances », à « l’apparition d’une menace pour la stabilité stratégique due aux agissements hostiles des États-Unis à l’égard de la Russie » et à « l’incapacité des États-Unis de garantir l’exécution des engagements pris concernant le recyclage du plutonium militaire excédentaire, conformément aux accords internationaux », indique le décret.

La Russie a également présenté aux États-Unis une série de conditions pour que cet accord puisse être reconduit. Moscou exige ainsi que Washington réduise le contingent américain présent dans les pays de l’OTAN jusqu’à son niveau de l’an 2000, renonce à sa « politique hostile » à l’égard de la Russie, abroge la « loi Magnitski » et les sanctions, compense les pertes causées par ces mesures et l’introduction forcée de contre-sanctions, mais aussi présente un plan concret de transformation irréversible du plutonium.

Le ministère russe des affaires étrangères a justifié le décret présidentiel par « des espoirs non concrétisés ». Dans une allocation spéciale, prononcée le 3 octobre, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l’administration Obama de « saper le climat de confiance » et d’« exercer une pression punitive sans précédent sur la Russie sous des prétextes inventés ». Le chef de la diplomatie russe a également affirmé que les agissements de Washington avaient entraîné une transformation radicale des relations russo-américaines en matière de stabilité stratégique. Sergueï Lavrov a toutefois souligné que la suspension de l’accord sur le recyclage du plutonium militaire ne visait pas à détériorer les relations avec les États-Unis : « Nous voulons simplement que les Américains comprennent qu’ils ne peuvent pas, d’un côté, introduire des sanctions contre nous là où cela ne leur porte pas trop préjudice, tout en poursuivant, de l’autre, une coopération sélective dans les domaines où ils en retirent des avantages. »

Sur la forme, la Russie ne renonce pas au recyclage du plutonium. Le décret présidentiel insiste sur le fait que, malgré le gel de l’accord avec les États-Unis, les 34 tonnes de plutonium encore présentes en Russie ne seront pas transformées « en vue de fabriquer des armes nucléaires » ou à d’autres fins militaires. « La Russie réitère son engagement de recycler les 34 tonnes de plutonium reconnues superflues pour les besoins de la défense. Elle n’a simplement pas l’intention de le faire unilatéralement dès 2018 », a indiqué au quotidien Kommersant une source travaillant pour l’agence fédérale Rosatom.

MOX

Jeleznogorsk plutonium russie
Entrepôt de stockage de l’usine de transformation de matériaux radioactifs à Jeleznogorsk. Crédits : atomic-energy.ru

Selon l’accord en question, signé par la Russie et les États-Unis en 2000, les deux pays devaient en effet commencer à transformer leurs réserves respectives de plutonium excédentaires issues de la Guerre froide en 2018. À l’horizon 2000, ils avaient déjà convenu de réduire le nombre d’ogives nucléaires, mais à l’époque, aussi bien la Russie que les États-Unis étaient encore en possession d’une grande quantité de plutonium, qui aurait pu leur servir à fabriquer des armes nucléaires. Afin d’empêcher un tel scénario, Moscou et Washington avaient accepté de transformer leur plutonium sous une forme empêchant toute utilisation ultérieure.

Les deux pays s’étaient engagés à recycler leur plutonium en combustible MOX (Mélange d’OXydes). À cette fin, la Russie a construit une usine de transformation à Jeleznogorsk, dans la région de Krasnoïarsk, et mis en exploitation le réacteur BN-800 de la centrale nucléaire de Beloïarsk, en région de Ekaterinbourg. Le directeur de Rosatom, Sergueï Kirienko, interviewé par la chaîne de télévision russe NTV, avait estimé le coût de la construction de l’usine à 240 millions de dollars (environ 215 millions d’euros). « Nous avons rempli notre engagement de créer une infrastructure industrielle », a commenté le porte-parole de Rosatom, Sergueï Novikov, cité par Kommersant.

Mais les États-Unis, jugeant finalement trop coûteuse cette méthode de transformation du plutonium en MOX, ont interrompu en 2015 la construction d’une usine similaire en Caroline du Sud, pourtant prête à 70 %. Ils ont ensuite proposé de mélanger le plutonium à des déchets radioactifs et d’enfouir le tout sous terre. « La Russie n’approuve pas cette approche car elle contrevient aux conditions de l’accord. La méthode proposée par les Américains ne modifie pas l’isotope du plutonium, qui pourra être extrait du sol par la suite et utilisé pour créer des armes nucléaires », souligne à RBC Vladimir Rybatchenkov, chercheur au Centre d’étude des problèmes de désarmement, d’énergétique et d’écologie.

« Au départ, il était prévu que nous [les États-Unis et la Russie, ndlr] transformions notre plutonium en même temps. Mais alors que notre usine de production de combustible MOX et notre réacteur sont prêts, les Américains n’ont ni usine ni réacteur, insiste Anton Khlopkov, directeur du Centre d’énergétique et de sécurité. Notre décision de geler l’accord peut se comprendre comme une tentative de compenser ce déséquilibre. »

En avril 2016, Vladimir Poutine a pour la première fois rappelé en public l’existence de cet accord sur le plutonium. « Nos partenaires [américains, ndlr] doivent comprendre que c’est une chose de plaisanter et de promouvoir des produits d’information dirigés contre la Russie, mais que les questions sérieuses, en particulier dans le domaine des armements nucléaires, en est sont une tout autre. Et qu’il faut être en mesure de remplir ses engagements », avait alors martelé le président russe.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le octobre 6, 2016 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :