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Le droit à l’avortement menacé en Russie

02 Oct

Le patriarche a signé la pétition « en tant que prêtre et citoyen »


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 Premier pays au monde à avoir autorisé l’avortement en 1920, la Russie voit aujourd’hui cette pratique remise en question par la partie conservatrice de la société. Le patriarche Kirill, le Grand mufti Talgat Tajuddin et la déléguée aux droits de l’enfant Anna Kouznetsova ont successivement appelé, le 27 septembre, à interdire la pratique de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Décryptage.
Le patriarche de Moscou Kirill
Le patriarche Kirill a signé la pétition demandant l’interdiction des avortements. Crédits : Sergueï Tchesnokov

Contre la religion

Le patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill a signé, mardi 27 septembre, une pétition rédigée par des militants des groupes anti-avortement « Pour la vie » et « Les Volontaires orthodoxes », appelant à l’interdiction de l’avortement en Russie.

Le texte, qui demande « la fin du meurtre légal des enfants avant leur naissance », avait reçu, en amont, le consentement de la Commission de l’Église orthodoxe russe sur la famille et la protection de la maternité et de l’enfance.

La pétition exige « des amendements législatifs » pour interdire l’avortement chirurgical et médicamenteux, ainsi que la pilule du lendemain. Pour les auteurs du texte, l’enfant en gestation est un être humain à part entière, dont « la vie, la santé et le bien-être doivent être protégés par la loi ». Ils proposent en outre d’accorder une assistance matérielle aux femmes enceintes et aux familles avec enfants.

La pétition a déjà rassemblé plus de 500 000 signatures, écrit sur Facebook l’un de ses initiateurs, le chef du mouvement « Pour la Vie » Sergueï Tchesnokov. La collecte, qui a commencé en avril dernier, a principalement eu lieu dans les églises. Si le texte atteint le million de signataires, il pourra être soumis à un vote à la Douma.

Alors que la position du patriarche a immédiatement suscité une controverse en Russie, l’Église orthodoxe russe se défend de toute motivation politique. Le patriarche a signé la pétition « en tant que prêtre et citoyen », a assuré le chef du département de l’information de l’Église, Vladimir Legoïda. « N’importe quel prêtre aurait fait de même », a-t-il insisté.

Contre la famille

Cette prise de position des autorités orthodoxes a poussé d’autres représentants religieux à s’exprimer sur la question. C’est notamment le cas du leader spirituel de la communauté musulmane de Russie, le Grand mufti et chef de l’administration spirituelle centrale des musulmans (TsDUM) Talgat Tajuddin, qui a soutenu la démarche du patriarche.

Le Grand mufti s’est dit prêt à signer le document, « comme tout croyant devrait le faire ». « Cela [l’avortement] équivaut à tuer des enfants, je l’ai d’ailleurs dit dans mon sermon lors de l’Aïd al-Adha », a-t-il souligné, cité par RIA Novosti.

Des inquiétudes partagées par Anna Kouznetsova, récemment nommée au poste de déléguée aux droits de l’enfant, qui a aussi appelé à interdire l’avortement. « Ce n’est pas la première fois que l’ensemble du monde civilisé se prononce contre ces phénomènes, comme l’avortement, et nous soutenons cette position », a-t-elle déclaré à TASS, le 27 septembre dernier, estimant qu’une approche systématique était donc justifiée.

Cette épouse d’un prêtre orthodoxe et mère de six enfants a souligné que le gouvernement et les institutions publiques travaillaient ensemble pour la prévention de l’avortement. La déléguée se félicite notamment du travail des 900 cabinets de consultation spécialisés qui ont ouvert dans le pays, et auxquels se sont adressées, l’année dernière, plus de 266 000 femmes voulant pratiquer une IVG. « Nous avons réussi à persuader 67 000 d’entre elles de garder leur enfant », a-t-elle affirmé.

La nouvelle n’a cependant pas fait l’unanimité au sein de la Douma d’État. Vladimir Jirinovski, le leader du parti libéral-démocrate russe (LDPR), a notamment annoncé qu’il ne « soutiendrait pas » cette loi. Pour l’homme politique, une telle interdiction conduirait à l’émergence d’un « marché de l’avortement clandestin » qui profiterait à la « mafia de la médecine ». « Mieux vaut persuader la femme de donner naissance, puis de nous remettre son enfant », a-t-il déclaré, proposant de fournir une aide financière – de 200 000 roubles [près de 3 000 euros,ndlr] – aux mères désirant « abandonner » leur bébé.

Bye bye baby box

Elena Mizulina
Elena Mizulina, à l’origine des lois contre la propagande gay. Crédits : facebookElena Mizulina

Concernant l’abandon d’enfant, le gouvernement russe semble aller dans le sens inverse : il a soutenu, le 28 septembre, un projet de loi interdisant en Russie les boîtes à bébé, ou « baby boxes ». La Maison blanche a justifié cette position par le fait que ce système violait les articles 6 à 9 et 19 de la Convention des Nations Unies sur les droits des enfants.

La loi, proposée par la sénatrice Elena Mizoulina – à l’origine des lois controversées contre la propagande gay, les gros mots sur Internet ou l’adoption d’enfants russes par des Américains –, veut mettre un terme aux 19 projets de boîtes à bébé à travers le pays.

« Les boîtes à bébé portent atteinte au droit de l’enfant à connaître son identité, c’est-à-dire celle de ses parents biologiques », a insisté Elena Mizoulina sur son site. La sénatrice évoque également le risque que ce système n’entraîne une augmentation du trafic de mineurs, parce qu’aucun contrôle n’est prévu sur les boîtes. « Il est impossible de connaître le nombre de bébés abandonnés ni de déterminer leur sort », a-t-elle indiqué.

Les partisans de ce système soulignent, quant à eux, qu’au cours des cinq dernières années, les boîtes à bébé ont tout de même permis de sauver 47 enfants.

                                                           L’avortement en chiffres

* La Russie a été le premier pays au monde à autoriser l’avortement, en 1920. La pratique a été bannie entre 1936 et 1955, puis de nouveau autorisée.
* 1 120 000 femmes ont pratiqué une IVG en Russie en 2013, soit 25 avortements pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans.
* Les femmes russes avortent trois fois plus que les Belges, les Allemandes ou les Néerlandaises.
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Publié par le octobre 2, 2016 dans Uncategorized

 

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