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La vérité historique et l’idée de peuple selon Freud (1)

24 Sep

 

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Voici des notes prises à partir d’un article lu dans la revue des Annales (1), à propos du libre de Bruno Karsenti Moïse et l’idée d’un peuple. La vérité historique selon Freud. les éditions du Cerf.2012.229 pages. Cet article m’a passionné parce qu’il nous permet de mettre en perspective des concepts qui font problème aujourd’hui dans la manière de penser le fait politique. Par parenthèse, à côté de ce travail conceptuel combien un Shlomo Sand parait ce qu’il est : un sous produit d’internet. Enfin savez-vous pourquoi le Moïse de Michel Ange a des cornes? C’est à cause des représentations des mystères au Moyen âge où les anges portaient une couronne faite de faisceau de lumière alors que les prophètes n’avaient que deux faisceaux, ce qui chez Sluter et Michel Ange sont devenus des cornes, passant de l’iconographie à la représentation de la puissance.Mais l’essentiel est que pour nous cette réflexion fait partie d’un travail méthodologique sur la relation entre l’Histoire, la fiction et la possibilité d’accéder à une vérité, ses traces, la possibilité de reconstituer la mémoire des vaincus et en particulier celle de la première expérience socialiste. (note de danielle Bleitrach)

La notion essentielle en politique autour de laquelle tourne l’article est celle de peuple. Bruno Karsenti interroge à ce propos l’ouvrage qu’à la fin de sa vie (1939) Sigmund Freud consacre à Moïse, l’homme et le monothéisme. Il oppose « la vérité historique » à la transmission de la tradition.

Ce concept de peuple apparaît dans la Grèce antique par rapport au demos qui est une catégorie sociale. le peuple fait face aux élites gouvernantes (le populisme aujourd’hui). Mais le Moïse de freud donne à ce concept une autre origine que la lutte des classes, c’est le monoithéisme, mais comme nous le verrons la lutte des classes n’est pas absente.

Avec le monothéisme, il s’est produit dans l’Histoire un phénomène inusité dont les sociétés jusqu’ici avaient une pluralité de dieux. Une société qui allait devenir le peuple juif dans un contexte historique très particulier s’est mise à honorer l’idée unique d’un dieu qui aurait passé avec elle un contrat dont témoignerait pour l’éternité un texte écrit -une loi. Cette contractualisation écrite avec la divinité en a fait le premier peuple au sens fort, par le truchement d’une loi écrite qui l’a incité à se constituer et à persévérer sur un mode proprement politique, c’est-à-dire une promesse faite à soi-même de respecter un engagement, un projet politique opposable à son organisation.

Ce mode d’existence collectif original et même sqingulier est le legs du judaïsme antiqure selon B. Karsenti. C’est à travers sa reprise laïque autour des notions clés comme la Constitution, le législateur, le contrat social ou le « projet de société » qu’il s’actualise au coeur de nos institutions politiques en se combinant avec l’héritage grec de la démocratie. Un tel mode d’existence politique suppose une sorte d’extériorité dans la loi, dans la production de l’ordre institutionnel moderne. Ce pouvoir est spirituel. Les juifs définissent cette extériorité  comme celle d’un Dieu unique qui les a élus.

La politique moderne ne peut pas se résoudre dans l’immanence des rapports socio-politiques et des jeux de pouvoir institutionnels. Elle en appelle à une transcendance qui puisse être opposée à ces rapports et à ces jeux, une transcendance depuis laquelle on peut en critiquer les imperfections, les insuffisances au regard de l’engagement pris. C’est cet idéalisme qui alimente les idées de nation, de peuple, aussi bien que celle de droits de l’homme et j’ajouterai une vision messianique de la lutte des classes.

Transcendance et politique moderne

« Examiner l’acte qui fait que selon le propos de J.J. Rousseau, un peuple est un peuple recquiert de reconnaître dans la naissance du judaïsme antique un moment décisif (Karsenti? ouvrage cité. P.23) ou encore « les juifs ont imaginé une façon sans précédent de faire peuple qui continue d’alimenter l’inconscient de la politique moderne » (.31)

Voilà une affirmation qui n’a rien d’évident, ne serait-ce que répondre à la question: comment la formule née avec une religion particulière s’est géné&ralisée alors même que cette généralisation entre en contradiction avec le caractère non universel de la religion juive ?

Le polythèisme et le totétémisme représentaient une formule universelle. Tous n’adoraient pas les mêmes dieux mais reconnaissaient  chez les autres les mêmes formulations religieuses. en inventant le monothéisme, le judaïsme se crée un sort particulier: la religion qui interdit à tout autre nation de s’y reconnaître. En revanche, le christianisme qui lui succèdez reprend du paganisme la prétention à l’universel par le dialogue ou la coercition. Au lieu de la « connivence » polythéiste, c’est la « bonne nouvelle » et l’obligation de devenir la religion de tous. Le judaïsme, lui refuse les deux formes d’universalité, celle du paganisme autant que celle du christianisme, ni connivence, ni prosélytisme.

Le judaïsme a rompu avec l’univers mental et pratique du totémisme et en affirmant qu’un seul peuple a été élu, il en fait la marque distinctive d’une nation et pas le destin de tous. Comment un tel modèle a-t-il pu se généraliser? (2)

Le christianisme offee-t-il aux nations modernes une formule universaliste plus viable que le totémisme? La religion monothéiste est vouée au prosélytisme et se sent potentiellement- c’est-à-dire théoriquement – égalitaire. Ce dont le christianisme hérite du judaïsme c’est une abstraction qui entraîne celle de non coïncidence avec les situations militaires et politiques des nations chrétiennes.

Si les juifs se conçoivent comme le peuple élus, quelles que soient les situations désastreuses réelles, les chrétiens ont un universel abstrait égalitariste combiné avec des situations de domination. ce qui fait que le christianisme au pouvoir s’est mué en une machibe anti-égalitariste, distinguant et hiérarchisant les individus et les nations, selon leur degré d’ignorance de la révélation chrétienne, leur fidélité au dogme, en déchaînant des violences impitoyables.

Le judaïsme de son côté aurait la particularité de ne pouvoir offrir auxu nations modernes aucune formule universelle. La seule religion sans universalité. sa valeur tient dès loçrs à l’exception qu’il représente, c’est-à-dire à sa capacité critique à faire apparaître, par contraste, tant le caractère historique de l’universalisme polythéiste que l’universalisme chrétien. Il imposerait méthodologiquement « la distanciation » monothéiste.

La distanciation monothéiste

Ce que le judaïsme rappelle aux autres monothéismes c’est que la distanciation qu’implique le monothéisme exige d’être déployée sur un tout autre plan que l’action politique.

L’arrachement de la distanciation monothéiste au réalisme politique apparaît comme l’exigence centrale, quoique mal respectée, de la tradition judéo-chrétienne. Raison pour laquelle les juifs n’ont nullement besoin de l’Etat d’Israêl, selon Karsenti (aussi justifié oit son existence ajoute-t-il) pour être un peuple, tandis que l’Etat d’israêl les expose désormais au risque objectif de mêler à la distanciation monothéite le réalisme politico-militaire et de les  confronter de ce fait  aux dilemnes déjà expérimentés par les Chrétiens.

il se pourrait que ce soit le principe de la laïcité républicaine, tel qu’il s’est développé tout particulièrement en France, que se lit le mieux l’héritagez juif de la dissociation recherchée, sinon atteinte, entre distanciation monothéiste et réalisme politique;En effet à la confusion des plans  théologiques et politique à laquelle les nations chrétiennes ont souvent cédé, les partisans de la laïcité n’opposent pas l’obligation de renoncer à toute spiritualité religieuse. Ils réclament au contraire que l’on développe une conception plus haute et plus abstraite, ou toujours plus indépendante de l’ordre politique.

C’est par ce biais que karsenti peut suggérer que le judaisme, la seule religion non universaliste puisse avoir fourni leur forme d’universalité aux nations modernes. Cette formule d’universalité proprement juive repose sur le fait que les juifs furent historiquement avec l’invention du monothéisme le premier peuple politique et que cette formule s’avère généralisable chaque fois que le législateur apparait dans une société donnée.

On reconnait le legs du judaïsme à la modernité dans le principe de la transformation de la politique en quelque chose d’opposable à l’ordre social. C’est la rupture avec le totémisme (une rechute est possible), ce n’est plus la vénération d’une divinité tutélaire de la nation mais le respect dû à un corpus de règles écrites, c’est-à-dire à une LOI que la nation s’est donnée à elle-même. Une telle religion civile n’est pas davantage assimilable à l’universalisme chrétien puisque sa prétention est de ne valoir que pour une seule nation.Sa généralisation passe par l’ère moderne des nations et de leur Constitution. Cette manière rappelle ce qu’était , avant l’apparition du judaïsme antique, l’universalité de la formule polythéiste.

Qu’apporte à la sociologie cette étude philosophique ? 

C’est une invitation à refuser de réduire la politique aux seuls rapports de force et jeux de pouvoir. Ceux-ci ne peuvent être niés mais ils sont insuffisants pour rendre compte de la tension, au coeur de l’activité politique moderne  c’est-à-dire la référence à une transcendance- qu’il s’agisse de l’universalisme des droits de l’homme ou de notions portées par les religions civiles comme celle de nation, de peuple, de République mais aussi de droit à l’insurrection comme fondement de la République.

Karsenti nous invite à voir que ce sont ces références à la transcendance, héritage sécularisé du judaïsme et du christianisme qui rendent possible la pratique politique au sens moderne, c’est-à-dire l’opposition à l’état actuel des rapports sociaux d’un idéal collexctif qui attend encore d’être accompli et qui déjà, permet de former sur l’état actuel de la société envisagée comme un tout un point de vue protique (la figure même du prophète).

Cela revient à se demander s’il est possible d’adopter sur la vie sociale un point de vue politique et pas seulement stratégique?

Les intérêts de classe structurent à leur insu les prises de position publiques des individus de sorte que celles-ci sont stratégiques et prennent leur sens dans l’immanence des luttes sociales.

Pourtan on ne saurait réduire le politique à ces effets stratégiques, l’effort de distanciation existe, il est observable, tant si l’on considère les expressions publiques de la critique que si l’on considère la capacité collective à se représenter la société en tant que totalité objective. Il n’est pas correct sociologiquement d’ignorer un tel effort.

Dans une seconde partie sera procédé à l’approfondissement de cette question par un retour à l’analyse de freud.

(à suivre)

 

(1) Cyril Lemieux. Les Annales N°1, soixante cinquième année. janvier mars 2014. Freud et la sociologie politique. p.167 à 183.

(2) le nazisme est la dernière tentative  de réhabilitation du paganisme au coeur de la modernité avec un projet de société visant à un monde fait de nations distinctes hiérachisées, soumises les unes aux autres dans un ordre impérial et tous adorant des dieux différents.

 

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3 Commentaires

Publié par le septembre 24, 2016 dans Uncategorized

 

3 réponses à “La vérité historique et l’idée de peuple selon Freud (1)

  1. Kirk

    septembre 24, 2016 at 5:38

    Au risque de paraître totalement stupide, je me pose la question: comment se fait-il que ces religions (totèmisme, judaïsme, chrétienne) qui prétendent in fine, soit par connivence, opposition ou prosélithisme, à l’universelle, commencent par mettre en esclavage (« tu seras son serviteur ») la moitié de l’humanité: la femme?

     
    • histoireetsociete

      septembre 24, 2016 at 5:46

      oui vous risquez de paraître totalement stupide parce que vous ne suivez pas la démonstration, il est vrai qu’elle doit être complétée mais la question de la « chute » c’est-à-dire la contamination du théologique par le politique (rapports de force) est au centre de la démonstration et votre question prouve que vous ne savez pas lire un texte, vous cherchez seulement à justifier votre propre manière de penser et vos propres expériences de surface par rapport à la question posée. faites un effort intellectuel et après commencez le débat, cela suppose que vous lisiez attentivement le propos en attendant la suite de la démonstration. ce texte (complet) me suggère beaucoup de critiques, en particulier dans sa conclusion durkheimienne sur la seule division sociale du travail et la morphologie sociale, me donne l’envie d’une critique marxiste (esquissée tout au long de l’article mais jamais aboutie. Il n’empêche cet article est passionnant sur la question de l’univers conceptuel de la politique moderne et de ses apories. Quant à vos interrogations y compris sur la partie publiée ici relisez ce qui est dit sur le prosélytisme chrétien à partir du moment où sous Constanton il prend le pouvoir ou encore sur l’inutilité d’isdraêl voir sa nocivité dans la définition du peuple juif à partir de la « découverte » monothéiste ou encore ce qui va dans le même sens la rencontre entre la laïcité freançaise (sur le modèle robespierriste) et le judaïsme..

       
  2. histoireetsociete

    septembre 24, 2016 at 7:14

    je lisais que les réseaux sociaux, facebook en particulier, avaient compris le fonctionnement moutonnier de leurs clientèle… Ainsi ils n’expédient aux gens que ce qui va dans le sens de leurs opinions et de leurs intérêts… Cela me paraît se vérifier avec mes « amis » facebook il suffit que l’on inscrive le nom d’un des nains qui se présente aux présidentielles de sarkozy à mélenchon pour qu’ils se mettent à frétiller et à se jeter sur les textes comme la vérole sur le bas clergé… Alors que moi ces gens là me donnent la nausée… Le pire est que quand il daignent lire ou survoler un texte un peu plus intéressant (pour moi) que leurs obsessions habituelles, ils le lisent à partir de ces obsessions qu’ils finissent par confondre avec des opinions argumentées…

     

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