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Emigration au XXIe siècle par Par Rafael Poch

21 Sep

Mardi, 20 Septembre, 2016

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http://leyderodriguez.blogspot.fr/2016/09/la-emigracion-en-el-siglo-xxi.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter
Il s’agit d’un excellent article qui a le mérite de poser toutes les convulsions actuelles et toutes les manoeuvres politiciennes sur l’immigration dans une perspective raisonnable, qui n’ignore pas les problèmes, mais en souligne les causes et nous invite à y faire face pour éviter que l’humanité sombre dans la folie. Même si l’article ne suggère pas de forme politique apte à répondre au défi, on songe à la phrase prémonitoire de Rosa Luxembourg: »socialisme ou barbarie » (note et traduction de Danielle Bleitrach).

 

le Vanguardia.com

La guerre, les inégalités et le réchauffement climatique poussent à la multiplication des flux aujourd’hui

  
L’émigration caractérise l’ humanité depuis qu’elle existe. La plus grande vague de l’histoire de l’émigration a été celle des Européens vers les «nouveaux mondes » à la fin du XIXe siècle. A la fin du XXe, les  flux migratoires se sont accélérés, alimentés par une inégalité territoriale et sociale croissante, des crises et des conflits, ainsi que la circulation de l’information qui a stimulé la comparaison et le désir de partir. Au début du vingt et unième siècle l’émigration est celle de la mondialisation. A la place de ces nouveaux mondes qui ont agi dans le passé comme une soupape de sécurité, aujourd’hui dans un monde intégré, unifié dans ses drames et ses défis, en  posant plus durement que jamais les questions de la coexistence, de la justice et de la survie.

Le  grand « triple bond » dans l’économie mondiale (de l’URSS et du bloc de l’ Est, de la Chine et l’Inde -un  total de 1470 millions de travailleurs) a doublé dans les années quatre vingt dix le nombre total des travailleurs et a modifié la corrélation forces mondiales entre le capital et le travail en faveur du premier. L’augmentation des inégalités: plus de 75% de la population mondiale vit aujourd’hui dans des sociétés où les différences dans la répartition des revenus sont les plus élevées depuis deux décennies. Un cinquième de la population mondiale correspond à 2% seulement du revenu mondial, tandis que les 20% plus riches s’attribuent 74% des revenus. Plus de 1,2 milliard de personnes vivent dans l’extrême pauvreté.

Les crises politiques, les guerres, les persécutions et la violence politique nourrissent des mouvements migratoires importants. Les populations qui dans ce contexte ne peuvent rester dans leurs pays deviennent «déplacées». Le passage de la frontière signifie  demander l’asile dans un autre pays. Une petite partie obtient le statut officiel de «réfugié» telle que définie par la Convention de Genève de 1951, qui place les individus concernés sous la protection du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Tel est le contexte de l’élargissement des migrations qui augmentent et plus encore puisque que les conséquences du réchauffement climatique se multiplient.

Dans le monde d’aujourd’hui, il y a 230 millions de migrants internationaux, soit environ 3% de la population mondiale, par rapport à l’estimation de 174 millions en 2000. La dernière crise économique a réduit de 10% la migration vers les pays G-20, dont la plupart ont une population vieillissante et des armées de travailleurs en déclin.

Dans les économies avancées un cinquième de la population a 60 ans ou plus et il est prévu qu’au milieu du siècle ce groupe sera supérieur à 30%. Face à cela, la migration des pays en développement, avec seulement 10% de population âgée de plus de 60 ans, maintient  dans les pays «vieux» le flux des travailleurs et comble les lacunes et le financement de la sécurité sociale. Une enquête menée en 2014 par l’OIT dans 150 pays, suggère que plus d’un quart des jeunes dans la plupart des régions du monde veut résider de façon permanente dans un autre pays.

Certains flux sont fortement déterminés par la proximité géographique, comme dans le cas du détroit de Gibraltar, du canal entre l’Italie et l’Afrique du Nord ou de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. D’autres sont marqués par l’histoire, comme liant l’ancien colonisé à l’ancienne métropole coloniale. A la fin du siècle, seulement 40% de la migration mondiale allait du sud au nord. Moins connue, le mouvement  «interne» entre les pays du Sud, les flux sont de plus en plus importants.

 

La création de l’Union européenne a créé la libre circulation des Européens, mais aussi contribué à renforcer les frontières extérieures de son espace. A partir de la crise pétrolière de 1973 les grandes immigrations vers les nations européennes (France, Royaume-Uni et Allemagne) ont cessé de délivrer des permis de travail automatiquement. Depuis lors, il n’est plus possible de s’installer sans avoir obtenu un contrat de travail préalable. Les aspirants à  l’émigration devaient se diriger vers les deux seules portes d’accès qui restent: le regroupement familial ou l’asile politique. Ceux qui n’ont pas accès à ces canaux utilisent des réseaux clandestins. Ce durcissement datant de 1973, ainsi que le renforcement de la frontière extérieure de l’UE, a accru l’utilisation de franchissement illégal.

Rien de nouveau

L examen historique de la réaction que provoque l’émigration dans les pays récepteurs, suggère que, au – delà de la mondialisation et la diversification du phénomène, il n’y a rien de nouveau dans la xénophobie européenne actuelle. A chaque époque, l’opinion publique réinvente la figure de l’étranger inassimilable. A la fin du XIXe, il enracine la peur ancestrale de ce qui vient de l’extérieur. Le discours de la presse et des élites, nourrit la stigmatisation à l’étranger, par opposition au «national». Les stéréotypes qui sont  lancés ensuite ont marqué depuis de nombreuses années l’image des migrants : trop nombreux, porteurs de maladies, consommateurs du pain des locaux, criminels potentiels,  et politiquement menaçants. Ce rejet est également alimenté par des anti-sémitismes et des racismes dans le cas des migrants coloniaux. A chaque vague d’émigration, les mêmes plaintes. A chaque crise, les mêmes tensions exacerbées. La cause de la solidarité, l’humanisme internationaliste et l’acceptation de la diversité devraient être affirmés par toutes les générations.

 

La côte de l’étranger a connu des hauts et des bas, en alternant les radicalisations par temps de crise et des périodes d’ouverture lorsque le travail était nécessaire. La Première Guerre mondiale marque une étape importante avec la création de documents d’ identité nationale et le début de la conscription générale organisée dans les pays les plus avancés. En France, se sont créés les premiers organismes destinés à gérer un afflux massif de travailleurs étrangers pour alimenter la chaudière industrielle que la mobilisation de guerre avait vidé. La crise des années trente a stimulé la xénophobie et l’antisémitisme dans un contexte de chômage. Au cours de la Seconde Guerre mondiale ces traits ont acquis des  dimensions criminelles, avec l’ Allemagne nazie à l’avant-garde. Pour faire face à l’effondrement démographique après la guerre, les politiques d’immigration  ont été libéralisées. Dans les trente glorieuses, elles ont été soumises aux besoins du secteur privé. Actuellement, la tendance est la réduction et détermine la politique des gouvernements.

La situation en Europe

La crise actuelle de l’immigration en Europe réunit beaucoup de ces aspects mais  est encore compliquée par deux facteurs. Le premier est sa relation directe avec l’état déclaré de guerre dans le Moyen-Orient, de l’Afghanistan à l’Afrique du Nord, avec son épicentre en Syrie et en Irak. Une « guerre civile généralisée, en partie créée et constamment aggravée par des interventions extérieures, cruelle et de destruction sans analogue depuis la Seconde Guerre mondiale », selon les mots du philosophe français Étienne Balibar. Rappelons qu’en Afghanistan 15 ans de guerre ont créé 220.000 morts, en Irak 12 années de guerre ont produit un million de morts et la division du pays en trois morceaux, qu’en Libye, 40.000 décès sont enregistrés après cinq années de chaos et la division du pays en trois morceaux, et en Syrie cinq années de guerre ont généré 300.000 morts et la fragmentation du pays. Dans tous ces pays l’intervention occidentale a clairement aggravé la situation antérieur.

Le deuxième aspect est le processus de désintégration que l’Union européenne vit depuis la crise financière de 2008 et qui  témoigne dans son  fonctionnement de ses défauts de construction et de contradictions évidentes entre  la souveraineté nationale et la démocratie.

Le flux migratoire vers l’Union européenne n’est pas très important pour un ensemble de 28 (27) Etats et 500 millions de personnes. L’Allemagne (82 millions), s’est déclarée prête à recevoir 800.000 réfugiés, alors que chaque année environ un demi-million d’étrangers quittent le pays: -5400000 au cours des dix dernières années, selon les statistiques fédérales. En France (66 millions), si le pays est représenté comme un pays occupé par 10.000 personnes, les émigrations de ces dernières années ont apporté 30 personnes par an, dont; 10 sont des étudiants, 13 conjoints ou enfants, moins de 3 migrants ayant un statut d’asile et moins de 3 migrants de travailleurs, sans compter ceux qui sont rentrés chez eux ou sont morts dans l’année, selon la description illustrative du démographe François Héran. Bien qu’en termes absolus, le phénomène représente une très faible proportion de la population européenne, la crise européenne actuelle la convertit en crise. La raison en est que, depuis que l’Allemagne a ouvert la boîte de Pandore de l’égoïsme national, avec l’égoïsme de sa stratégie nationale d’exportation basée sur les bas salaires, qui a exporté le chômage et a sapé la compétitivité de ses associés, puis avec une politique de mesure d’austérité dans laquelle la Grèce a été engloutie, avec la possibilité d’expulser et de piller un partenaire de l’euro, la solidarité et le consensus n’ont plus leur place dans l’UE. Le résultat est une masse de contradictions et embardées ; de la part des partenaires européens qui ne supportent pas qu’on leur inflige des quotas de réfugiés, les pays qui hier critiquaient leurs voisins adoptant des mesures d’urgence à leurs frontières, les États qui formulent des discriminations sur les conditions d’accueil fondées sur la religion, et élaborent des plans en faveur des entreprises les incitant à accepter sélectivement comme réfugiés collectifs en vertu de leur âge et niveau d’éducation, sont en fait  intéressants pour maintenir les salaires bas.

La thèse du manque de main-d’œuvre en Allemagne, et plus généralement dans toute l’Europe où le vieillissement de la population crée des problèmes et des goulots d’étranglement inévitables dans la pension de retraite et la sécurité sociale, ignore certains aspects tels que le taux d’activité et la productivité en croissance. Comment le comprendre sinon en voyant que la plus grande attraction économique et la création de l’État-providence a eu lieu en Europe, et maintenant il se réalise en Chine dans un contexte dramatique d’une population vieillissante et une augmentation de l’espérance de vie moyenne sans pareil sur le plan  historique ?

 

Les termes du débat dans l’Union européenne cachent une politique qui accueillera, d’une manière ou d’une autre, certains «réfugiés», une catégorie couverte par le droit international, en échange de l’expulsion de beaucoup plus de «migrants», y compris beaucoup de demandeurs de statut de réfugié, même si les différences entre eux ne sont pas toujours claires. En France et en Allemagne, le président Hollande et la chancelière Merkel ont annoncé plus d’expulsions et des mesures préventives contre l’immigration économique, en échange de contingents modestes  de réfugiés.

Ce sera bien pire et nous devons nous y préparer

Actuellement on  estime à environ 60 millions dans le monde, le groupe de réfugiés  destiné à augmenter comme un résultat du réchauffement climatique. Au milieu du siècle, le Groupe intergouvernemental sur l’ évolution du climat (GIEC) prévoit une chute de plus de 25% dans les cultures de maïs, riz et blé.  » La nature nous fera payer la facture bientôt ,  » dit le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. « Le changement climatique est déjà l’une des causes d’un nouveau phénomène de migration et le climat présentera un nouveau défi ,  » dit – il. Les réfugiés forcés de quitter leurs maisons comme conséquences du réchauffement climatique global, « ne sont pas reconnus comme réfugiés par les conventions internationales ,  » rappelle le pape François. Les notions de consensus international sur la question viennent d’être mises au point dans des groupes tels que l’Initiative Nansen créée en 2012. À partir de l’état-île de Kiribati, dans le Pacifique jusqu’à la côte surpeuplée des populations du Bangladesh, l’Erythrée et la Somalie ou les prévisible atteintes en Chine et en Inde, la fonte des glaciers de l’Himalaya qui alimentent les rivières qui soutiennent l’irrigation en Asie dans la région la plus peuplée au monde, le siècle promet de donner une nouvelle dimension à la question des migrations. « Ils peuvent penser que l’émigration est maintenant un défi pour l’Europe, mais qu’ils  attendent de voir ce qui se passera quand l’humanité sera en manque d’eau ou de nourriture et un combat de tribu contre l’autre pour leur survie ,  »  a déclaré en septembre 2005, John Kerry, le.secrétaire d’Etat américain

 

 

L’internationalisation de la solidarité, l’anti-guerre, la diminution de l’injustice dans les  relations commerciales et l’économie d’énergie durable sont les principaux défis du siècle. De toute évidence, en termes généraux, le Nord ne peut pas ouvrir les portes au sud sans être exposé à d’importantes convulsions, mais c’est seulement quand les nations du Nord – ou blocs de nations dans le Nord et l’UE – pourront mettre en œuvre des politiques qui répondent à ces quatre caractéristiques ciblées, qu’elles seront autorisés moralement à fermer leurs portes aux pauvres. Aujourd’hui, personne ne répond à ce critère, de sorte que personne n’en a la possibilité.

En 1952, l’ Allemagne d’après-guerre a créé une loi de compensation pour les Allemands ayant subi des dommages de guerre et leurs conséquences ; depuis les bombardements, jusqu’aux expulsions ou l’exode de l’Allemagne communiste. Inspirée par une loi antérieure finlandaise appliquée à ceux expulsés de Carélie, qui établi une taxe de solidarité Lastenausgleichsgesetz allant jusqu’à 50% des actifs et payables à trente ans, ce qui pourrait être porté à 1,67% par an. Les défis du siècle exigent maintenant une action à cette échelle internationale pour faire face au nouveau monde qui soit intégré dans une  perspective de viabilité civilisationnelle.

(Sources: PNUD, OCDE, UNDESA, la Banque mondiale, Musée Emigrant à Paris)

 

 

 

 

 

 

 

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Publié par le septembre 21, 2016 dans Uncategorized

 

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