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Poutine à Bichkek pour raviver les liens avec le Kirghizstan

20 Sep

http://novastan.org/articles/poutine-a-bichkek-pour-raviver-les-liens-avec-le-kirghizstan

Les 16 et 17 septembre 2016, le Président russe, Vladimir Poutine, s’est rendu à Bichkek. L’objectif de cette visite était double : participation au sommet annuel des états de la Communauté des États indépendants (CEI) et rencontre bilatérale avec le Président kirghiz, Almazbek Atambaïev à l’occasion du 60ème anniversaire de ce dernier. L’occasion de relancer la coopération entre la Russie et le Kirghizstan après un refroidissement des relations entre les deux pays. Novastan vous décrypte les derniers développements après notre article d’août dernier sur « Les relations Russie-Kirghizstan au plus bas ».

Une visite dans le cadre du 25ème anniversaire de la Communauté des Etats Indépendants

Le sommet de la CEI s’est tenu dans la capitale kirghize le vendredi 16 septembre. Les États membres de l’organisation, créée en 1991 et rassemblant 9 des 15 Républiques issues de la chute de l’Union soviétique, se rassemblent chaque année dans l’un des pays membres. 2016 avait une signification particulière puisque la réunion a été l’occasion de célébrer les 25 ans de la Communauté.

Au total, six chefs d’États parmi les représentants des pays membres – Russie, Tadjikistan, Arménie, Biélorussie, Azerbaïdjan et, bien sûr, Kirghizstan – se sont rendus personnellement au sommet. Les autres États étaient représentés par leurs Premiers ministres ou Ministres des Affaires étrangères. 16 documents concernant les relations au sein de la CEI ont été signés à l’issue du sommet, dont l’un concernant les acquis et les actions à mener par la Communauté à l’occasion de son anniversaire. Le sujet de l’anti-terrorisme a été particulièrement développéavec la décision unanime de renforcer la coopération dans le domaine.

Nazarbayev, Atambaïev et Poutine lors du sommet de la CEI

Les « frères » Poutine et Atambaïev

Le cœur de la visite du Président russe était néanmoins la rencontre avec son homologue kirghiz le lendemain du sommet, le 17 septembre. Une réunion qui a permis aux deux chefs d’États de vanter l’excellente qualité de leurs relations et des liens entre leurs deux pays.

Lors du sommet de la CEI, Poutine est revenu sur la deuxième édition des Jeux mondiaux nomades organisés au Kirghizstan, sur les rives du lac Issyk-Koul, du 3 au 8 septembre 2016. Le Président russe a notamment déclaré : « Honnêtement, je ne pensais pas que les jeux seraient si intéressants. » Jugeant la compétition des plus passionnantes et soulignant l’ampleur de l’évènement, il a souhaité féliciter et même remercier Atambaïev pour cet évènement dont la première édition a eu lieu en 2014. Une remarque ciselée qui a permis de flatter l’orgueil national du Kirghizstan, mis en valeur (positivement) lors des jeux nomades.

Lire aussi sur Novastan : Les Jeux mondiaux nomades enflamment le Kirghizstan

Lors de la réunion bilatérale, Vladimir Poutine a poursuivi ses éloges concernant son homologue kirghiz. Il a ainsi félicité ce dernier pour l’organisation du sommet de la CEI qu’il a jugé parfaitement réussi. Il s’est également dit impressionné par le développement de Bichkek : « Je souhaite noter que la ville se développe et évolue pour le mieux. »

De son côté, Almazbek Atambaïev n’a pas lésiné sur les éloges envers le Président russe : « Je ne vois pas simplement un collègue ou un partenaire : je vois mon frère. » Le Président kirghiz est allé jusqu’à affirmer que son plus grand succès en tant que chef de l’État kirghiz a été de rétablir les relations avec la Russie.« Nos pères ne se sont pas battus ensemble en vain et nous devons continuer leur travail. », a conclu Atambaïev faisant référence à la seconde guerre mondiale, pierre angulaire de la mémoire commune de l’URSS.

Poutine et Atambaïev

L’Ordre d’Alexandre Nevsky pour cadeau d’anniversaire

La remise par Vladimir Poutine de la médaille de l’Ordre d’Alexandre Nevsky au Président kirghiz comme récompense pour le renforcement des relations bilatérales a été le point d’orgue de la visite du président russe. Cette distinction, crée en 2010 en référence à un Ordre institué par la Russie impériale en 1725, est l’une des plus importantes de la Fédération de Russie. La décoration d’Atambaïev des mains de Poutine est donc un geste extrêmement fort.

Ce 17 septembre était un jour particulier pour une autre raison : le Président Atambaïev célébrait en effet ses 60 ans le jour-même. Poutine avait déjà été l’un premiers à envoyer un télégramme de félicitations le matin même, soulignant les progrès du Kirghizstan en matière de développement économique et social sous le leadership de son Président, dont il est « difficile de surestimer la contribution personnelle. » À ce message étaient joints les vœux du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, soulignant les qualités d’Atambaïev en tant qu’homme d’État.

Après un sommet de la CEI qui n’a – comme à son habitude – que peu apporter de concret, le cœur des visites présidentielles à Bichkek a commencé avec la soirée d’anniversaire du président Atambaïev dans la résidence du chef d’Etat. Selonl’agence de presse kirghize 24.kg de nombreuses stars du show-business russe étaient présentent ainsi que de nombreux oligarques russes et kazakhs. Il faut noter que le président kirghiz a fait sortir sa première chanson en langue kirghize(car le président s’est lancé dans une carrière de chanteur en même temps que son travail de président – un beau coup de communication) le jour même, avec pour sujet principal le sentiment de nationalité kirghize.

Relance de la relation russo-kirghize ou effet de communication ?

Cette effusion tranche nettement avec la direction prise par les relations entre Moscou et Bichkek depuis le début de l’année 2016. Même si depuis le début du mandat d’Atambaïev les relations bilatérales se sont nettement renforcées. Passant notamment par relâchement des liens avec les Etats-Unis, illustré par lafermeture de la base militaire américaine de Manas, et par l’intégration du Kirghizstan à l’Union économique eurasiatique (UEE) en 2015.

Lire aussi sur Novastan : Tout retracer : le chemin du Kirghizstan vers l’Union eurasiatique

Cependant, le début de l’année 2016 avait été marqué par une remise en question de ce rapprochement. Plusieurs causes avaient mené à un refroidissement des relations. Entres autres, la crise économique en Russie et ses répercussions très fortes en Asie centrale. La crise a eu de nombreuses conséquences indirectes comme l’abandon russe du financement de grands projets au Kirghizstan, notamment pour ce qui concerne la construction de barrages hydroélectriques.

Les autorités kirghizes ont également partagé leur déception à la suite de l’adhésion à l’UEE. Déception liée notamment à des différends douaniers entre les États membres. Ainsi, lors de sa conférence de presse estivale, le Président Atambaïev avait critiqué la Russie de manière très acerbe. Il s’est toutefois bien gardé de critiquer le Président russe de manière frontale, préférant pointer la responsabilité du Ministère de l’Énergie de la Fédération de Russie.

Lire aussi sur Novastan : Les relations Russie-Kirghizstan au plus bas

Dans cette perspective, les grandes déclarations de ce week-end sont particulièrement surprenantes, comme si il n’y avait aucune tension entre les deux pays. Déjà, le président Atambaïev avait fait preuve de tempérance vis-à-vis de la Russie le 2 septembre, lors de l’inauguration du mémorial de l’insurrection de 1916 – mémorial sur lequel Poutine a d’ailleurs déposé une gerbe de fleurs – un signe fort de la part du président russe. Alors qu’il s’agit d’un point sensible de l’histoire russo-kirghiz, le chef de l’État kirghiz avait alors choisi de ne pas blâmer la Russie, invitant à prendre les circonstances historiques de l’évènement en compte. Signe avant-coureur du rapprochement opéré ce week end, ou habile jeu politique autour de la mémoire ?

Poutine et Atambaïev Ata-Beït

Un nouveau départ des relations russo-kirghizes avant les échéances présidentielles kirghizes de 2017 ?

Au-delà des sentiments, plusieurs accords concrets sont ressortis de l’entretien, notamment sur le plan économique, principal point d’achoppement des deux pays. En vertu de ces accords, Moscou s’est engagé à attribuer 200 millions de dollars à son partenaire dans le cadre de l’aide à l’intégration au sein de l’UEE. Reste à voir si cette aide, qui doit être versée en plusieurs étapes, suffira à compenser les déboires du Kirghizstan au sein de l’organisation. La Russie doit également renforcer sa coopération dans le domaine de l’énergie à travers un fonds commun d’investissement qui permet déjà de financer 20 projets pour une valeur de 113 millions de dollars au Kirghizstan.

Le réchauffement des relations entre les deux pays s’est également traduit par la visite conjointe des Présidents russe et kirghiz, accompagné de leur homologue arménien et du Premier ministre moldave, d’un centre sportif financé par Gazprom. L’inauguration de ce centre de 1 000 m² dans le village kirghiz d’Arachan a permis de mettre en avant un autre aspect des relations russo-kirghiz particulièrement attractif pour la population locale.

Le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov était également du voyage et a participé à l’ouverture d’une école « Chekov » en langue russe à Bichkek financé par un fond russe pour l’éducation. Il a également ouvert officiellement les nouveaux bureaux de l’agence de presse russe Sputnik au Kirghizstan, souhaitant le succès aux équipes de l’agence russe « dans le combat concurrentiel de la liberté d’expression ». Ces deux ouvertures prolonge la stratégie de ‘soft power’ russe qui a vu la construction de centres culturels et linguistiques russe à Bichkek et à Och ces dernières années. Stratégie qui s’est notamment illustré en France avec l’ouverture au pied de la tour Eiffel d’unecentre similaire bien que plus rutilant.

Alors que le combat politique est de plus en plus rude à Bichkek autour des préparations de la future élection présidentielle de 2017 où Atambaïev ne devrait pas se représenter, la Russie se rapproche du président kirghiz tout en l’appuyant dans sa stature de chef d’Etat à un moment clef. En effet, alors que l’avenir politique du Kirghizstan semble de plus en plus incertain entre une réforme constitutionnelle annoncée qui cristallise et risque de rendre violent le débat politique et un président qui soigne plus que jamais son image (entre chanson, visites d’Etats, jeux nomades), la Russie est un élément clef dans la stabilité politique d’un Etat dont l’économie est mise à male par une crise économique qui continue de durer.

 

La Rédaction

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Publié par le septembre 20, 2016 dans Uncategorized

 

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