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Octobre 2016. Didi-Huberman dirige l’exposition Soulèvements au Jeu de Paume

19 Sep
6 septembre 2016 par André Balbo

Du 18 octobre 2016 au 15 janvier 2017, Georges Didi-Huberman envahit tout le Jeu de Paume

Pour cette grande exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, «  Soulèvements  », le philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman réunira à la fois des œuvres anciennes comme contemporaines.

Il s’agira des événements que peuvent être des mouvements de foules en lutte, de désordres sociaux, d’agitations politiques, d’insoumissions, d’insurrections, de révoltes, de révolutions, de vacarmes, d’émeutes…

Interrogation sur la représentation (esthétique et politique) des peuples, l’exposition se fonde sur le travail historique et théorique que Didi-Huberman mène, notamment à travers une série d’ouvrages intitulés L’Œil de l’histoire et dont les derniers affrontent la question de l’«  exposition des peuples  » ainsi que de l’émotion en tant qu’elle serait à ne pas exclure d’une anthropologie politique.

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Ouvrier en grève, assassiné, 1934, Manuel Álvarez Bravo. Tirage gélatino-argentique. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris France. © Musée Carnavalet / Roger Viollet / © Estate Manuel Álvarez BravoLa figure du soulèvement sera déclinée à travers manuscrits d’écrivains, peintures, dessins, gravures, photographies, et films, parce que la représentation des peuples en mouvements, depuis Griffith et Eisenstein, est l’une des grandes affaires du cinéma.

Les éléments déchaînés ? On se soulève, comme on dit «  une tempête se lève, se soulève  ». En renversant la pesanteur qui nous clouait au sol. Draps, drapés, drapeaux volent alors au vent. Les lumières explosent en feux d’artifice. La poussière sort de ses recoins, qui s’élève. Le monde est sens dessus dessous. Les soulèvements sont de véritables ouragans, de grandes vagues déferlantes.

On se soulève par l’imagination, fût-ce dans ses «  caprices  » ou ses «  disparates  », comme disait Goya, elle-même soulevant des montagnes. Et lorsqu’on se soulève, c’est contre ce ou ceux qui cherchent à rendre nos mouvements impossibles.

Avec des pièces et œuvres de Dennis Adams, Francis Alÿs, Léon Cogniet, Marcel Duchamp, Francisco de Goya, William Hogarth, Victor Hugo, Leandro Katz, Eustachy Kossakowski, Man Ray, Jasmina Metwaly, Henri Michaux, Tina Modotti, Robert Morris, Saburô Murakami, Hélio Oiticica, Roman Signer, Tsubasa Kato, Jean Veber, anonyme français.

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The Route. 2006. Chieh-Jen Chen. 35mm film transféré sur DVD, couleur & noir et blanc, muet, 16’ 45’’ © Chieh-Jen Chen, courtesy galerie Lily RobertL’intensité des gestes ? Se soulever en est un. Renverser l’accablement où nous tenait la soumission. Casser un certain présent, fût-ce à coups de marteau (Friedrich Nietzsche ou Antonin Artaud) et lever les bras vers le futur qui s’ouvre. Commettre un signe d’espérance et de résistance, un geste et ressentir une émotion. Comme le firent les républicains espagnols, quand chaque bouche s’ouvrait dans le non-refus et dans le oui-désir.

Avec des pièces et œuvres de Paulo Abreu, Art & Language, Antonin Artaud, Taysir Batniji, Joseph Beuys, Désiré-Magloire Bourneville, Gilles Caron, Claude Cattelain, Agustí Centelles, Chim, Pascal Convert, Gustave Courbet, Élie Faure, Michel Foucault, Leonard Freed, Gisèle Freund, Marcel Gautherot, Agnès Geoffray, Jochen Gerz, Jack Goldstein, Käthe Kollwitz, Alberto Korda, Germaine Krull, Hiroji Kubota, Annette Messager, Lisette Model, Tina Modotti, Friedric Nietzsche, Willy Römer, Willy Ronis, Graciela Sacco, Lorna Simpson, Wolf Vostell, anonymes catalans, français, italiens.

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La Charge. 1893. Félix Vallotton. Gravure sur bois publiée dans L’Estampe originale (Album I). Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris. Donation de Adèle et Georges Besson en 1963. En dépôt au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. © Centre Pompidou / MNAM / Cliché Pierre Guenat, Besançon, Musée des beaux-arts et d’archéologieSe soulever s’écrit. Après que les bras se soient levés, que les bouches se seront exclamées, il faudra que viennent les mots et les phrases pour dire, chanter, penser, discuter, imprimer, et transmettre. Ainsi, si souvent les poètes se situent-ils «  en avant  » même de l’action. En amont les romantiques, en aval les dadaïstes, les surréalistes, les lettristes, les situationnistes, pour de poétiques insurrections.

Poésie des tracts, de la feuille de protestation de Georg Büchner aux réseaux sociaux d’aujourd’hui, en passant par René Char en 1943 et les «  ciné-tracts  » de 1968. Cette intelligence attentive à la forme est inhérente aux livres de résistance ou de soulèvements. Jusqu’à ce que les murs prennent eux-mêmes et qu’elle investisse l’espace public, l’espace sensible en son entier.

Avec des pièces et œuvres de Antonin Artaud, Ever Astudillo, Ismaïl Bahri, Artur Barrio, Georges Bataille, Charles Baudelaire, Joseph Beuys, Enrique Bostelmann, André Breton, Marcel Broodthaers, Cornelius Castoriadis, Champfleury, Dada, Armand Dayot, Guy Debord, Carl Einstein, Jean-Luc Fromanger, Federico García Lorca, Jean-Luc Godard, Groupe Dziga Vertov, Raymond Hains, Raoul Hausmann, John Heartfield, Bernard Heidsieck, Victor Hugo, Asger Jorn, Jérôme Lindon, Rosa Luxemburg, Man Ray, Germán Marín, Chris Marker, Cildo Meireles, Henri Michaux, Tina Modotti, Pier Paolo Pasolini, Pablo Picasso, Sigmar Polke, Jacques Rancière, Alain Resnais, Armando Salgado, Álvaro Sarmiento, Philippe Soupault, Félix Vallotton, Gil Joseph Wolman, anonymes allemands, chiliens, cubains, espagnols, français, italiens, mexicains, russes.

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Gegen die zwei Supermächte – für eine rote Schweiz (1ère version) 1976 Sigmar Polke. Ludwig Forum für internationale Kunst, Aachen / © The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ADAGP, Paris, 2016Se soulever détruit. Pour les uns, un pur chaos, pour d’autres les formes mêmes du désir d’être libre. Les grèves peuvent être inventives. Quelque chose de décisif peut apparaître. Le conflit était nécessaire. Comme en peinture (de Manet à Polke) ou dans les arts visuels.

Parfois les soulèvements n’offrent que des images brisées, des vandalismes, des fêtes en négatif. Mais on (re)construira sur ces ruines de nouvelles choses (ou pas), du provisoire, du paradoxal, de la barricade. Puis, les forces de l’ordre répriment cette expression, quand ceux qui se soulèvent n’avaient pour eux que la puissance (mais pas le pouvoir) de leur désir. Et c’est ainsi que dans l’histoire, tant sont morts de s’être soulevés.

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Dutschke, 1968. Wolf Vostell. Peinture polymère sur tolle. Haus Der Geschichte der Bundensrepublik Deutschland, Bonn © ADAGP, Paris, 2016Avec des pièces et œuvres de Manuel Álvarez Bravo, Hugo Aveta, Ruth Berlau, Malcolm Browne, Henri Cartier-Bresson, Agustí Centelles, Chen Chieh-Jen, Armand Dayot, Honoré Daumier, Adolphe-Eugène Disdéri, Robert Filliou, Jules Girardet, Arpad Hazafi, John Heartfield, Dmitri Kessel, Herbert Kirchhorff, Héctor López, Édouard Manet, Ernesto Molina, Jean-Luc Moulène, Voula Papaioannou, Sigmar Polke, Willy Römer, Pedro G. Romero, Jésus Ruiz Durand, Armando Salgado, Allan Sekula, Thibault, Félix Vallotton, Jean Veber, anonymes allemands, catalans, français, mexicains, sud-africains.

Pourtant la puissance survit au pouvoir. Pour Freud le désir est indestructible. Même les condamnés cherchent à transmettre un témoignage, un appel. C’est ce qu’évoquait Joan Miró dans une série d’œuvres (L’Espoir du condamné à mort), en hommage à l’étudiant anarchiste Salvador Puig i Antich exécuté par le régime franquiste en 1974.

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El Quijote de la Farola, Plaza de la Revolución, La Habana, Cuba. 1959. Alberto Korda. Tirage gélatino-argentique sur papier baryté. Collection Leticia et Stanislas Poniatowski. © ADAGP, Paris, 2016Dans les larmes des mères sur le corps de leurs enfants morts nichent encore la fertilité d’autres soulèvements, comme dans ces «  marches de résistance  » des mères et des grand-mères à Buenos Aires.

Ce sont nos propres enfants qui se soulèvent : Zéro de conduite ! Antigone n’était-elle pas presque une enfant ? Que ce soit dans les forêts du Chiapas, à la frontière greco-macédonienne, quelque part en Chine, en Égypte, à Gaza ou dans la jungle des réseaux informatiques pensés comme une vox populi, il y aura toujours des enfants pour faire le mur.

Francisca Benitez, Ruth Berlau, Bruno Boudjelal, Agustí Centelles, Eduardo Gil, Mat Jacob, Ken Hamblin, Maria Kourkouta, Joan Miró, Pedro Motta, Voula Papaioannou, Estefania Peñafiel Loaiza, Enrique Ramirez, anonymes argentins, grecs, mexicains.

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Manifestations anticatholiques, Londonderry, Irlande du Nord, août 1969. Gilles Caron © Gilles Caron / Fondation Gilles Caron / Agence GammaLe commissaire de l’exposition est Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l’art.

Voir aussi Toutes les expositions 2016-2017 au Jeu de Paume


En savoir plus sur http://www.evous.fr/Octobre-2016-Didi-Huberman-dirige-l-exposition-Soulevements-au-Jeu-de-Paume,1191381.html#5yb61gFU4zDX5GL4.99

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Publié par le septembre 19, 2016 dans Uncategorized

 

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