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Interview de Béa une militante du parti communiste de la Pologne

19 Sep

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Béa à la fête de l’Humanité au stand du PRCF avec Georges Gastaud

l’interview a été réalisé par Danielle Bleitrach en juillet 2016, à Varsovie.

Nous nous sommes rencontrées à la Conférence autour du 22 juillet, date symbolique de la Pologne socialiste. Quel était votre objectif en participant à une telle réunion-commémoration?

– L’objectif de notre parti était de souligner l’héritage important laissé par la Pologne socialiste. Cette date était elle même importante parce qu’il s’agit de la publication du manifeste qui annonçait les réalisations de la Pologne Populaire. Donc notre participation avait bien pour but de marquer le rôle joué par la Pologne Socialiste dans la modernisation de la Pologne et la naissance de la nation polonaise.

-Est-ce que le peuple polonais reconnaît ces réalisations?

-C’est aujourd’hui qu’elles sont le plus visibles puisque nous les avons perdues. En particulier dans le domaine des droits sociaux, du droit au travail, à l’éducation, à la santé et à la retraite. La Conférence à laquelle nous avons participé présentait deux aspects essentiels: 1) La comparaison des conditions de la jeunesse sous la Pologne populaire et celles d’aujourd’hui. 2) Le manifeste du Comité de Libération nationale organsisait la libération du territoire et donc sauvait la vie à des millions de gens par rapport à l’enfer du nazisme. Nous avons analysé quelque chose de très important qui a été la libération politique face à la contrerévolution menée par l’Institut de mémoire nationale, un organisme qui falsifie l’histoire. Cette destruction de la mémoire du socialisme s’opère par des actions de « décommunisation » de l’espace public comme la destruction des monuments antifascistes, les rues débaptisées.

– L’institut de mémoire nationale est inconnu en France, je crois qu’il a des aspects policiers?

-C’est une institution d’Etat qui a un champ d’action et un budget énormes, trois fois plus grand que l’académie des sciences polonaise. Il a des organismes dans toutes les voivodies et des agences qui agissent sur le terrain. Il est installé dans de grands bâtiments et on ignore ce qui s’y passe.

– Quel est son ministère de tutelle?

-Il n’y a pas de ministère de tutelle, il est directement sous les ordres du président et du premier ministre. Il a ses propres procureurs, ses compétences sont multiples.

 

-Vous avez vous-même eu des problèmes avec cet institut?

– L’Institut contrôle à peu près tout et il décide de la façon dont doit être mené un procès POLITIQUE ET LES SANCTIONS? CELA A ETE LE CAS POUR NOUS; il fait des recommandations sur les monuments qui doivent être supprimés, les rues qui doivent être débaptisées dans le cadre d’une loi promulguée le 1er avril de cette année (2016)  Avant cette date, c’étaient les municipalités qui décidaient, désormais c’est l’Institut qui désigne les noms des rues ayant des liens avec le communisme mais comme la plupart des rues ont été débaptisées, on remonte jusqu’à 1905 ou avant comme Ludwik Marynski qui était un prolétaire de 1882.

 

– Qui a imaginé un tel institut que l’on croirait sorti du roman d’Orwell 1984 ?

Il a été créé en 1997 par le gouvernement de droite et c’était dans le cadre de la loi sur la « lustration » (les gens qui avaient eu des responsabilités sous la Pologne populaire étaient recensés). Il faut compléter le tableau par exemple dans le cas de Varsovie: il existe deux rues baptisées du nom de héros de gauche qui sont des points de résistance Dombrovski qui a participé aux brigades internationales. La deuxième est baptisée du nom d’une association  de résistance de jeunes communistes. Les habitants de ces rues depuis 1997 luttent contre la tentative de débaptiser leurs rues. Ils sont allés jusqu’à la cour de cassation qui a interdit de changer de nom sans l’accord des habitants.

 

– Pourquoi vous-même êtes-vous passée en procès?

– Ce procès est le résultat d’une action de délation d’un député de droite de Droit et Justice en 2013. Aujourd’hui, il est vice-ministre de la défense auprès de l’OTAN. Il s’acharne après les communistes et il a juré de nous supprimer. A l’époque, le procureur a reçu la plainte nous concernant sous l’accusation de totalitarisme et l’avait classée sans suite. Pendant deux ans, il ne s’est rien passé mais en décembre 2015, le procureur a fini par transmettre la plainte. Le 31 mars, nous avons été jugés dans une procédure purement administrative, en notre absence sans même avoir été convoqués, sans avoir été entendus, ni même prévenus. Nous avons été condamnés. Il s’agissait de 4 rédacteurs du journal BRZASK (l’Aurore), journal officiel du parti, ainsi que l’administrateur de notre site internet. Deux des militants ont eu une amende et l’un d’eux qui a plus de 80 ans à 9 mois de travaux d’intérêt général gratuit. Ça c’est pour les jeunes. On fait appel, pour le moment ils n’exécutent pas le verdict mais on attend le nouveau procès en septembre.

 

-Est-ce qu’il y a un sujet que vous voudriez faire connaître aux lecteurs français?

– C’est une chose très importante que de souligner la politique néfaste de cet Institut parce qu’il a aussi la haute main sur les programmes éducatifs et les médias. C’est un ministère de la propagande. En général quand il y a des luttes contre la débaptisation, elles sont orientées contre cet institut.

 

-Je sais que récemment vous avez participé à des rassemblements contre l’OTAN, pouvez nous nous expliquer les bases de ce rassemblement?

– Bien sûr, nous sommes contre la base qui va être installée et contre les guerres menées par la Pologne depuis qu’elle est entrée dans l’OTAN. Nous sommes contre l’augmentation de 3%  du budget militaire exigé par les Américains pour renforcer le Front Est.  Et nous sommes contre la propagande belliciste qui tente de nous pousser à une guerre contre la Russie.  Il y a eu des actions de protestation. Il y a eu la manifestation du 9 juillet à Varsovie et 3 conférences. Il y avait des eurodéputés, de die Linke;  la seconde conférence était sous l’égide du conseil mondial de la paix et la troisième initiative était européenne, organisée par le KKE grec.

 

-Combien étiez-vous le 9 juillet à Varsovie?

-un peu plus de 500.

 

-Pourquoi avez-vous créé ce parti en 2002 ?

-Parce que notre premier parti créé en 1990 par des militants du POUP en désaccord avec sa dissolution a vu sa transformation en social démocratie.

 

-Quel âge aviez-vous?

J’avais dix ans à cette époque là…

 

-Et qu’est-ce qui vous a poussé à adhérer à votre parti ?

– Je me suis intéressée à la politique dès mon enfance parce que j’ai subi les conséquences du passage au capitalisme. Adolescente, je ne me suis pas révoltée contre mes parents mais contre le système.

 

– Qu’est-ce qui vous révoltait le plus?

-Le manque d’avenir, de perspectives, tout dépendait des possibilités financières de tes parents. J’ai comparé cette situation qui m’était faite à celle vécue par mes parents, par les gens plus âgés. Pour nous, il y avait le chômage. L’accès à l’université dépend de l’argent, pas de tes compétences… il y avait d’autres aspects de la vie qui s’étaient détériorés: le travail, le logement. Désormais c’est encore plus violent, tout dépend de l’argent.

 

Nous découvrons alors toutes les trois Béa, Monika et moi que nous sommes toutes les trois originaires de Tarnov, du sud de la Pologne. Ce sont mes grands parents qui l’ont quitté, Monika et Béa ont encore leur famille installées là. Béa a été obligée de quitter le sud parce qu’il n’ y avait pas de travail. Sa mère a elle-même perdu son travail à l’usine et elle ne pouvait plus accéder à des études gratuites. Sa mère la soutient dans ses engagements.

 
1 commentaire

Publié par le septembre 19, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Interview de Béa une militante du parti communiste de la Pologne

  1. Jacky Naveau

    septembre 19, 2016 at 2:55

    une petite rectification , le général Dombrowski n’a pas participé a la guerre d’Espagne mais a la Commune de Paris , ou il est mortellement blessé sur la barricade de la rue Myhra. Il meurt à l’hôtel de ville le 23 mai 1871..La brigade Dombrowski est constituée le 24 octobre 1936 à Albacete et fait partie de la Onzième Brigade Internationale

     

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