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Succession au Kazakhstan : le jeu des chaises musicales reprend

17 Sep

http://novastan.org/articles/succession-au-kazakhstan-le-jeu-des-chaises-musicales-reprend

article en provenance d’un site toujours trés bien informé sur tout ce qui a trait à l »Asie centrale. Cet article présente le mérite de décrire la manière toute soviétique dans laquelle en période de transition du pouvoir, on serre les boulons pour que celle-ci se passe en douceur. Précaution d’autant plus indispensable que l’article décrit de multiples tentatives de destabilisation terroriste, islamiste dans un pays jusqu’ici considéré comme particulièrement stable sous la direction du président Kazakh Narearbaïev, ancien  dirigeant communiste- issu de la classe ouvrière minière et ayant travaillé dans le Donbass, un allié de Poutine mais manoeuvrant avec les Etats-Unis  dont on s’interroge sur le rôle réel dans ces destabilisations comme celui de la Turquie.avec lesquel se sont récemment multiplié les contacts à propos de la place de Gudrun dans l’enseignement (note de Danielle Bleitrach)

Le 8 septembre dernier, le Premier ministre kazakh Karim Massimov, fidèle du président kazakh Nazarbaïev, a quitté son poste pour présider les puissants services de sécurité. Ce mouvement dans les élites kazakhs est sans précédent et annonce la préparation de l’après Nazarbaïev.

Qui sont les gagnants et les perdants des récents remaniements au Kazakhstan ? L’organisation de la succession de Noursoultan Nazarbaïev, 76 ans, président depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1991 semble s’accélérer depuis la succession chez le voisin ouzbek avec le décès du Président ouzbek, Islam Karimov. Mais quelles sont les véritables intentions du « Leader de la Nation » qu’est Nazarbaïev aujourd’hui ? Décryptage.

Le Premier ministre à la tête des services de sécurité

En limogeant le Premier ministre Karim Massimov le 8 septembre dernier, Noursoultan Nazarbaïev a surpris tout le monde. La nomination de Massimov à la tête du Comité national de sécurité (KNB, héritier du KGB soviétique) est-elle une mise à l’écart, une promotion ou vise-t-elle à garantir la stabilité et à rassurer la population ?

Karim Massimov occupait le poste de Premier ministre depuis 2014. Il avait, par ailleurs, déjà été à ce poste entre 2007 et 2012. Dans l’intervalle, il avait même été promu chef de l’administration présidentielle. Figure connue, il remplace désormais le discret Vladimir Joumakanov à la tête des services de sécurité.

Sa nomination peut s’interpréter de différentes manières.

Du point de vue de la sécurité nationale du Kazakhstan, le choix de Massimov pour ce poste peut être vu comme une volonté de renforcer le sentiment de sécurité pour la population. Les Kazakhstanais seraient sans doute davantage rassurés par l’arrivée d’un homme fort et reconnu à la tête du KNB que par la récente mise en place de différents niveaux d’alerte aux attentats (rappelant le plan Vigipirate français).

Une année 2016 marquée par des manifestations et attaques

En effet, l’année 2016 a été marquée par des menaces inhabituelles au Kazakhstan, pays connu pour être « le plus stable de la région ». D’inhabituelles manifestations se sont déroulées en avril et en mai 2016 contre le très impopulaire projet de réforme de la loi foncière. L’initiative a finalement été reportée à 2016.

Au-delà de ces manifestations qui se sont déroulées au début du mois de ramadan, des attaques contre des dépôts d’armes et contre les forces de l’ordre ont fait 7 morts à Aktioubé, dans le nord-ouest du pays. 18 assaillants « radicalisés » avaient ensuite été tués lors de la contre-attaque. L’affaire Toulechov, du nom d’un homme d’affaires réputé pro-russe, s’en est suivie : le KNB l’a effectivement accusé d’être l’instigateur des attaques à Aktioubé et d’avoir fomenté un coup d’État. 25 personnes ont également été écrouées.

D’autres attaques ont eu lieu en juillet 2016 du côté d’Almaty, la capitale économique kazakhe. Elles visaient un poste de police et le bureau local du KNB et ont entraîné la mort de 11 personnes. Les motifs de l’unique assaillant restent troubles et pourraient s’apparenter à une vengeance personnelle contre les forces de l’ordre plutôt que comme un acte résultant d’une radicalisation  religieuse.

Enfin, tout récemment, à la fin du mois d’août 2016, les services de sécurité ont révélé avoir procédé à l’arrestation de 21 membres de trois « groupes radicaux » dans la région d’Aktioubé.

Une préparation de la succession ?

Mais la nomination de Karim Massimov à la tête du KNB peut également se comprendre du point de vue de la préparation à la succession du président Nazarbaïev.

Ainsi, il est peu probable voire exclu que cette nomination soit une forme de disgrâce pour Massimov, bien que ses nouvelles fonctions le rendront plus discret aux yeux de la population. Les services secrets sont puissants au Kazakhstan et leur importance accrue dans un contexte sécuritaire plus tendu qu’à l’accoutumée laisse penser qu’il ne s’agit pas d’une mise à l’écart de Massimov et que ce dernier garde la confiance du président.

Il est généralement admis que Karim Massimov ne fait pas partie des successeurs potentiels de Noursoultan Nazarbaïev. Sa nomination à la tête du KNB n’est cependant pas anodine : le pouvoir cherche peut-être à « dépoussiérer » les services de sécurité en vue de le rendre efficace lors de la phase de transition inhérente à toute succession à la tête de l’État. De fait, le KNB peut devenir un éventuel contre-pouvoir au futur successeur de Nazarbaïev. Autant l’avoir de son côté.

Pour autant, au-delà de ces différentes hypothèses, le politologue kazakhstanais Murat Shibutov estime que la nomination de Massimov a la tête du KNB n’est que temporaire et qu’il sera renvoyé à d’autres fonctions d’ici un an et demi.

Nazarbayev

Karim Massimov remplacé par un fonctionnaire expérimenté

Le remplacement de Karim Massimov en tant que Premier ministre été validé par un décret présidentiel. C’est Bakytjan Sagintaev, 52 ans, qui a officiellement pris le poste de Premier ministre après avoir été Premier ministre par intérim pendant quelques jours.

Sagintaev, fonctionnaire expérimenté, sera-t-il un « Massimov sans moustaches », comme le suggèrent quelques Kazakhstanais sarcastiques sur les réseaux sociaux ? Les politologues kazakhstanais Sultanbek Sultangaliyev et Dossym Satpaev le décrivent en tout cas comme un Premier ministre de transition, un technocrate sans réel poids politique. Selon eux, il faut s’attendre à d’autres remaniements d’envergure, voire à une révision de la constitution qui renforcerait le rôle du Parlement et de la fonction de Premier ministre.

La fille de Nazarbaïev devient présidente du Sénat

Autre changement de taille dans ce jeu de chaises musicales, la démission deDariga Nazarbaïeva de son poste de vice-Premier ministre pour occuper un siège au Sénat (par oukaz présidentiel). A 53 ans, la fille de Noursoultan Nazarbaïev quitte le gouvernement et perd ainsi en pouvoir immédiat. Mais sa récente nominationpourrait lui permettre de se rapprocher significativement du fauteuil présidentiel. En effet, comme en France, en cas de décès du président de la République, la constitution prévoit que le Président du Sénat assure l’intérim. En étant nommé sénatrice, avec sa stature d’ancienne vice première ministre et de fille du président, elle pourrait aisément briguer la position de président du Sénat dans un avenir proche.

Si, dans le cas du voisin ouzbek, ce même dispositif n’a pratiquement pas été appliqué, le seul nom de Nazarbaïeva impose le respect. C’est d’autant plus le cas que, selon d’invérifiables bruits de couloirs, le nouveau Premier ministre Sagintaev serait en fait un allié de Nazarbaïeva. Il faut néanmoins garder à l’esprit que de nombreuses zones d’ombres demeurent sur l’entente réelle entre Dariga et son père. Surtout si l’on se remémore l’affaire Rakhat Aliev, ex-mari de Dariga dont l’exil en Autriche s’est achevé par son suicide en 2015 dans une prison viennoise.

Imangali Tasmagambetov, toujours en lice pour la succession

En parallèle, souvent présenté comme successeur potentiel, Imangali Tasmagambetov, âgé de 59 ans et jusqu’alors ministre de la Défense, progresse en accédant au poste de vice-Premier ministre. Un niveau de responsabilité qui n’est toutefois pas inédit pour lui car il avait été brièvement Premier ministre de janvier 2002 à juin 2003.

Pur produit du régime, il a occupé de nombreux postes-clé dont celui très important symboliquement de maire d’Astana (2008-2014), récente capitale du Kazakhstan imposée par Nazarbaïev lui-même. Personnage charismatique, « Tas », comme il est parfois surnommé, jouit d’une certaine popularité. Et Tasmagambetov dispose d’un autre atout en arrière-plan : son gendre Kenes Rakishev, oligarque détenteur de la 7e fortune du pays, évaluée à 718 millions de dollars par Forbes.

D’autres nominations qui préfigurent des changements ?

Autre nomination : Askar Mamin, depuis 8 ans à la tête des chemins de fer kazakhstanais (KTZh), a été nommé premier vice-Premier ministre. Cette nomination, peu commentée jusqu’à présent, paraît relativement surprenante dans la mesure où Mamin n’a pas exercé de fonction ministérielle depuis 2006.

Citons également Askar Myrzakhmetov, propulsé également au rang de vice-Premier ministre tout en conservant ses fonctions de ministre de l’Agriculture.

De son côté, Saken Jasuzakov a été nommé ministre de la Défense à la place d’Imangali Tasmagambetov. Il était jusqu’à présent vice-ministre de la Défense. Ancien vétéran de la guerre d’Afghanistan, il est le chef d’état-major général des forces armées kazakhstanaises et titulaire du grade de général à trois étoiles.

Dernier arrivé dans ce jeu de chaises, Marat Beketaev a quitté son poste de n°2 de l’administration présidentielle pour prendre celui de ministre de la Justice. Une nomination suscitant la polémique sur les réseaux sociaux car, outre son jeune âge (39 ans), Beketaev est défavorablement connu du public pour avoir échappé à la justice dans une affaire de conduite en état d’ivresse. Le ministre de la Justice sortant, Berik Imashev, prend la tête de la Commission électorale centrale.

Enfin, la création d’un Ministère des Affaires religieuses et de la société civile a été annoncée. Ce nouveau ministère sera officiellement « en charge des interactions avec les associations religieuses assurant les droits des citoyens à la liberté de religion, ainsi que des interactions entre l’État et la société civile ».Nourlan Yermekbayev prendra la tête de ce nouveau ministère. Il travaillait précédemment au sein de l’équipe présidentielle comme secrétaire du Conseil de sécurité de la République.

Ces changements au sein de l’élite kazakhe sont très fréquents, les derniers changement d’ampleur remontent seulement au mois de juin dernier, lorsque le président de l’administration présidentielle et du parlement ont été remplacé dans un jeux de chaise musicale. Ces changements sont en effet partis intégrante du système politique mis en place par Noursoultan Nazarbaïev depuis 25 ans.

La rédaction

 
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Publié par le septembre 17, 2016 dans Uncategorized

 

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