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Edgar Morin nous écrit

16 Sep

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Le sociologue et philosophe Edgar Morin répond à la chronique de Maurice Szafran, directeur éditorial du Magazine Littéraire, parue en septembre et intitulée «Naufrage d’un intellectuel».

Paris, le 4 septembre 2016

Auteur de La Rumeur d’Orléans, je sais comment une information sans fondement peut être tenue pour certitude et disposer de pseudos preuves. Je suis moi-même depuis que j’ai critiqué la politique répressive d’Israël à l’égard des Palestiniens, victime d’une rumeur calomniatrice qui assure que je souhaite l’élimination ou la destruction de l’État d’Israël. Or aucun propos, aucune déclaration, aucun écrit de ma part ne témoigne d’un tel souhait  A l’origine de cette rumeur, il y a sans doute des fanatiques pour qui la moindre critique d’Israël est antisémite, et qui attribuent au critique une idée ou pensée qui leur est étrangère mais permet de les lapider psychiquement.
Je vous serai donc reconnaissant, vue que l’article de Safran a repris cette méchante rumeur, de faire état de mon démenti. Je souffre de ce que la calomnie, issue d’esprits fanatiques en état d’hystérie, qui voient des ennemis dans des critiques et travestissent leur pensée, se soit répandue auprès de braves gens ignorants ou crédules et qui me considèrent non seulement comme antisémite, mais aussi, puisque d’origine juive, comme traître. J’en ai un peu assez d’être traître, je l’ai été sous Vichy, je l’ai été pendant la guerre d’Algérie, j’ai été traître au communisme, et depuis 15 ans je suis traître au judaïsme.
J’ai d’ailleurs donné mon point de vue sur la condition juive et sur Israël dans mon  livre paru au Seuil Le Monde moderne et la condition juive que l’on pourrait facilement lire s’il se trouvait facilement en librairie, et auquel je renvoie pour tous ceux qui seraient intéressés sur ma vraie pensée sur ces problèmes.

Par ailleurs je reprends ici le courriel que je vous ai adressé quand j’ai pris connaissance de l’article me concernant de Maurice Szafran dans le Magazine Littéraire qui me stigmatise à partir d’un mien tweet :
« Les barbares tuent indistinctement par attentats suicides, les civilisés tuent indistinctement par missiles et drones. »
Sans doute les missiles et drones visent des objectifs de guerre, mais nos informations et le film américain God Killing nous montrent qu’ils font beaucoup plus de victimes civiles que militaires. Si le parallèle est abusif, il comporte à mon avis l’évocation de notre propre barbarie que l’on tend à occulter.
D’où cet autre tweet :
« Toute la barbarie est seulement chez l’ennemi, n’est-ce pas ? »
Or je n’ai jamais pensé ni dit que « la barbarie première pèse davantage sur Bush et ses alliés que sur les émirs et califes de Daech », ni « renvoyé dos à dos bourreaux et victimes » et par là « dédouaner l’assassin ». Et l’hallucination atteint son comble quand Szafran assure que j’ai « accouru au secours des fanatiques musulmans et de leur communicants les islamo-gauchistes ».
Du coup sur la base de ce seul tweet, Szafran me salit d’une tache ineffaçable et annonce urbi et orbi mon naufrage intellectuel.
Il suffit de lire mes écrits notamment après les attentats pour savoir ce qu’il en est. Toute ma vie, j’ai répugné à l’hystérie de guerre qui non seulement rend aveugle sur l’ennemi mais détecte des complices imaginaires. C’est vrai que je n’ai jamais été anti-allemand quand je combattais les nazis, et je ne suis ni anti-arabe, ni antimusulman. J’ai aussi pensé qu’il y  avait, comme l’avait vu Benjamin, de la barbarie dans toute civilisation y compris la nôtre, et qu’une autocritique de notre civilisation est nécessaire, comme le premier l’avait osé le « marrane » Montaigne suivi en cela par Montesquieu.
Je trouve déplorable et trop fréquent que l’on prête à autrui les idées stupides ou mauvaises qu’il n’a pas.
Les périls et angoisses de notre temps font qu’hélas les délires vont s’aggraver de toutes parts, mais j’espère que les ilots de rationalité et de sensibilité demeureront notamment dans une revue littéraire comme la vôtre.

Edgar Morin

Lire la chronique de Maurice Szafran parue dans le numéro de septembre 2016 (n°571)

Photo : Edgar Morin ©DR

 

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Publié par le septembre 16, 2016 dans Uncategorized

 

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