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Chateaubriand : la terre sainte et jérusalem

16 Août

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photos de Gilles de Prangey: Jérusalem au XIX e siècle

Voici quelques extraits d’un livre que j’ai lu jadis, l’itinéraire de Paris à Jérusalem par Chateaubriand. Il me semblait bien que de tous les voyages de ce type que j’ai lu aucun des écrivains ne parle de « Palestine » mais de terre sainte, parfois de Judée, et tous signalent une présence juive aussi opprimée que celle d’autres malheureux, une mosaïque comparable à celle du Liban . En lisant Chateaubriand on est étreint par une atmosphère de mort.  . Il y a eu pire et plus trivial que Chateaubriand, voici comment Flaubert parle de Jérusalem : »Jérusalem est un charnier entouré de murailles. Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises. Il y a quantité de merdes et de ruines. Le juif polonais avec son bonnet de renard glisse en silence le long des murs délabrés, à l’ombre desquels le soldat turc engourdi roule, tout en fumant, son chapelet musulman. Les Arméniens maudissent les Grecs, lesquels détestent les Latins,qui excommunient les Coptes. Tout cela est encore plus triste que grotesque. Ça peut bien être plus grotesque que triste. »Gustave Flaubert, Correspondance Ces voyages en Orient étaient la confrontation des rêves de l’occident découvrant le drame de la domination Ottomane avec des petites communautés opprimées, le même constat qu’en Grèce. Ul y a aussi le rêve de malheureux juifs cherchant la terre promise.  je me souviens que mon grand père fut enterré avec un petit sachet sous la tête de terre de Jérusalem. Alors autant je suis d’accord pour refuser les mythes et pour reconnaître le droit aux palestiniens à avoir une patrie, autant je m’élève avec vigueur contre la politique des dirigeants israéliens autant ma passion pour l’histoire, mes connaissances dans ce domaine s’insurgent contre la caricature d’un peuple juif qui n’existerait pas et qui n’aurait aucun lien avec cette terre. Peut-être cette terre est-elle celle du malheur avec ses rivalités et ses haines monothéistes, mais c’est comme ça qu’elle est et inventer des priorités historiques ne résoud rien. Il faut partir de ce qui est et de l’exigence actuelle de deux peuples dont on peut considérer qu’ils sont nés ensemble à l’aspiration  nationale. (note Danielle Bleitrach)

L’arrivée en Terre sainte 

L’arrivée du pèlerin - Sainte Brigitte de Suède Parcours thématique : L’arrivée du pèlerin L’arrivée du pèlerin - Lamartine

Le temps était si beau et l’air si doux, que tous les passagers restaient la nuit sur le pont. J’avais disputé un petit coin du gaillard d’arrière à deux gros caloyers qui ne me l’avaient cédé qu’en grommelant. C’était là que je dormais le 30 septembre, à six heures du matin, lorsque je fus éveillé par un bruit confus de voix : j’ouvris les yeux, et j’aperçus les pèlerins qui regardaient la proue du vaisseau. Je demandai ce que c’était ; on me cria : Signor, il Carmelo ! le Carmel !

Chacun s’empressait de me la montrer de la main, mais je n’apercevais rien, à cause du soleil qui commençait à se lever en face de nous. Ce moment avait quelque chose de religieux et d’auguste ; tous les pèlerins, le chapelet à la main, étaient restés en silence dans la même attitude, attendant l’apparition de la Terre sainte ; le chef des papas priait à haute voix : on n’entendait que cette prière et le bruit de la course du vaisseau, que le vent le plus favorable poussait sur une mer brillante. De temps à temps un cri s’élevait de la proue quand on revoyait le Carmel.

J’aperçus enfin moi-même cette montagne comme une tache ronde au-dessous des rayons du soleil. Je me mis alors à genoux à la manière des Latins. Je ne sentis point cette espèce de trouble que j’éprouvai en découvrant les côtes de la Grèce ; mais la vue du berceau des Israélites et de la patrie des chrétiens me remplit de crainte et de respect. J’allais descendre sur la terre des prodiges, aux sources de la plus étonnante poésie, aux lieux où, même humainement parlant, s’est passé le plus grand événement qui ait jamais changé la face du monde, je veux dire la venue du Messie ; j’allais aborder à ces rives que visitèrent comme moi Godefroy de Bouillon, Raimond de Saint-Gilles, Tancrède le Brave, Hugues le Grand, Richard Coeur de Lion, et ce saint Louis dont les vertus furent admirées des infidèles. Obscur pèlerin, comment oserais-je fouler un sol consacré par tant de pèlerins illustres ?   Haut de page

Jérusalem 

L’arrivée du pèlerin - Richard Pockoke Parcours thématique : L’arrivée du pèlerin L’arrivée du pèlerin - Lamartine

Pèlerin d’Orient - L’arrivée du pèlerin

Je restai les yeux fixés sur Jérusalem, mesurant la hauteur de ses murs, recevant à la fois tous les souvenirs de l’histoire, depuis Abraham jusqu’à Godefroy de Bouillon, pensant au monde entier changé par la mission du Fils de l’Homme, et cherchant vainement ce temple dont il ne reste pas pierre sur pierre. Quand je vivrais mille ans, jamais je n’oublierai ce désert qui semble respirer encore la grandeur de Jéhovah et les épouvantements de la mort.

Une mosquée sur les ruines du temple de Salomon 

Description des Lieux saints - Ibn Battuta Parcours thématique : Description des Lieux saints Description des Lieux saints - Pierre Loti

Pèlerin d’Orient - Description des Lieux saints

Lorsque Omar s’empara de Jérusalem, il paraît que l’espace du temple, à l’exception d’une très petite partie, avait été abandonné par les chrétiens. Saïd-ebn-Batrik, historien arabe, raconte que le calife s’adressa au patriarche Sophronius, et lui demanda quel serait le lieu le plus propre de Jérusalem pour y bâtir une mosquée. Sophronius le conduisit sur les ruines du temple de Salomon.

Omar, satisfait d’établir sa mosquée dans une enceinte si fameuse, fit déblayer les terres et découvrir une grande roche où Dieu avait du parler à Jacob. La mosquée nouvelle prit le nom de cette roche, Gâmeat-el-Sakhra, et devint pour les musulmans presque aussi sacrée que les mosquées de La Mecque et de Médine. Le calife Abd-el-Maleck en augmenta les bâtiments, et renferma la roche dans l’enceinte des murailles. Son successeur, le calife El-Louid, embellit encore El-Sakhra et la couvrit d’un dôme de cuivre doré, dépouille d’une église de Baalbek. Dans la suite, les croisés convertirent le temple de Mahomet en un sanctuaire de Jésus-Christ ; et lorsque Saladin reprit Jérusalem, il rendit ce temple à sa destination primitive.

Chateaubriand écrit :

« La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem … Les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poids de l’or un peu de terre pour couvrir leur corps dans le champ de leurs aïeux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée, l’ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qui la traversait, les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit entendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux… Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale… Faudrait-il s’étonner qu’une terre féconde [royaume de Jérusalem] fût devenue une terre stérile après tant de dévastations ? … A la droite du Bazar, entre le Temple et le pied de la montagne de Sion, nous entrâmes dans le quartier des Juifs. Ceux-ci, fortifiés par leur misère, avaient bravé l’assaut du pacha : ils étaient là tous en guenilles, assis dans la poussière de Sion … et les yeux attachés sur le Temple. [Les Juifs] de la Palestine sont si pauvres qu’ils envoient chaque année faire des quêtes parmi leurs frères en Egypte et en Barbarie ».

 

François-René de Chateaubriand – Itinéraire de Paris à Jérusalem

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4 Commentaires

Publié par le août 16, 2016 dans Uncategorized

 

4 réponses à “Chateaubriand : la terre sainte et jérusalem

  1. lefroggy01

    août 17, 2016 at 3:53

    Chere Danielle, Il me semble que les commentaires de Chateaubriand et de Flaubert expriment un fort préjugé anti-musulman. Ils ne connaissaient pas les langues locales, et sont restes très peu de temps. Ils étaient choques par la saleté en particulier. Je me demande s’ils avaient vraiment compris en profondeur. Je ne pense pas qu’on puisse conclure de leurs rapports que l’empire ottoman était une mauvaise chose.
    Les Anglais détestaient que la Grece soit sous empire musulman, et ont réussi a créer un état, qui finalement ne s’est pas cree lui-meme; il y a eu une monarchie importée et en general ca n’a pas été un succès.

     
  2. histoireetsociete

    août 17, 2016 at 5:51

    je suis d’accord avec les a-priori de tous ces voyageurs, c’est pour cela que je parle d’un rêve occidental orientaliste… Edward said a écrit des choses tout à fait passionnante là dessus mais en revanche je n’accorderais as un quitus à la domination ottomane qui a créé partout des sitations inextricables et de sous développement à commencer par les Bakans… mais il est vrai que c’est sur les ruines de cet empire ottoman que le capitalisme colonial britannique et Français pointait son nez… Mais justement je crois qu’il faut en finir avec les myrhes et partir de la situation telle qu’elle est pour imposer deux Etats viables. Nous en sommes loin, très loin et la situation se dégrade de jouer en jour et va vers un massacre généralisé…

     
    • lefroggy01

      août 18, 2016 at 11:52

      Si on prend l’exemple de Salonique, il me semble, ne sachant rien de précis, que c’était un exemple de ville cité ou les différents groupes vivaient ensemble plus ou moins harmonieusement. De meme les Grecs en Turquie avant 1922, et les Turcs en Grece de meme. C’était inextricable, mais ca marchait. Comme Londres aujourd’hui.
      Le nettoyage ethnique resultant des actions des Britanniques (encourageant la Grece a attaquer la Turquie en 1922) a été si pénible qu’il a fallu créer un mythe que la mosaïque ottomane était une mauvaise chose. Et cette propagande est acceptée comme un fait depuis.

       
  3. Gérard Verroust

    août 18, 2016 at 8:37

    Ne pas oublier le Voyage en Orient de Gérard de Nerval. Et en particulier la partie qui traite des Druzes.
    Amicalement.

     

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