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Et derrière chacun d’eux, il y a le sourire approbateur de Marx, par Alexandre Rogers, publiciste

15 Août

Castro-Jiang Zemin

Un article étonnant et Marianne qui l’a traduit me signale l’unanimité des commentaires, les Russes de toutes obédiences en effet ont une véritable vénération pour Fidel Castro. Quant à la Chine elle jouit d’un niveau élevé de popularité pour avoir su rester ce qu’elle est et déjouer les pièges occidentaux. Cette unanimité concernant ces deux dirigeants qui ont su résister aux manoeuvres américaines est peut-être un des phénomènes les plus caractéristiques d’une opinion russe divisée à la veille des élections. Notez encore que cet article est paru dans un journal « gouvernemental » et non dans celui du parti communiste de la Fédération de Russie . (note de Danielle Bleitrach)

12 août 2016

http://www.vzglyad.ru/opinions/2016/8/12/826578.html

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

À la mi-août, la planète célèbre l’anniversaire de deux géants. Le dirigeant cubain Fidel Castro le 13, et le président chinois (même s’il n’est plus au gouvernement) Jiang Zemin le 17, auront 90 ans.

 

Deux géants du monde communiste, qui ont réussi à être des figures du vingt et unième siècle. Des personnages qui quelque part se ressemblent, mais en même temps sont complètement différents – et pas seulement du fait qu’ils vivent dans des parties du globe diamétralement opposées.

 

Fidel Castro dirigeait une petite île tropicale qui durant de nombreuses années a souffert de tentatives d’interventions américaines et de l’embargo, lui aussi américain. Son contemporain était à la tête du plus grand pays dans le monde – près d’un milliard et demi de personnes – et, sans être un capitaliste adepte du marché, mais un communiste, a fait beaucoup pour assurer que la Chine ait une position de leader dans l’économie.

 

Fidel a commencé sa carrière politique en débarquant à Cuba à bord d’une fragile goélette presque brisée par la tempête. De ses 84 partisans pauvrement armés, la moitié ont été tués dès la première bataille. Son chemin vers le poste de chef de l’Etat est passé par des années de guérilla. Et ensuite il a  connu un nombre record d’attentats de la part des services de renseignement américains, lui assurant une place dans le livre Guinness des records.

 

Oui, contrairement à l’autre héros du jour, il n’a pas mis son pays au premier rang, mais maintenir la liberté et l’indépendance pendant de nombreuses années sous le nez de l’impérialisme principal du monde est également une prouesse.

 

C’est un autre guérillero, Mao Zedong, qui a ouvert la voie du pouvoir à Jiang Zemin. Lui-même était un fonctionnaire du parti, devenu chef du PCC quelques semaines après les événements de la place Tian An Men, et président en 1993, après l’effondrement de l’URSS.

 

C’est Jiang Zemin qui a mis l’économie de la Chine à la septième place dans le monde, en jetant les bases pour qu’elle s’élève à des positions encore plus hautes aujourd’hui. Il a fait entrer la Chine à l’OMC, lui a assuré le leadership dans la région Asie-Pacifique, a remporté la candidature pour accueillir les Jeux Olympiques en 2008…

 

Pendant longtemps, il a gardé un pouvoir informel en Chine, même après avoir remis les rênes à Hu Jintao.

 

Fidel est souvent comparé à un autre personnage latino-américain charismatique – Ernesto Che Guevara. Oui, abandonner tout pour faire la révolution dans un autre pays, pour mettre en œuvre ses idéaux est sans nul doute romantique.

 

Cependant ne pas mourir héroïquement, mais vaincre d’une manière non moins héroïque, travailler dur tout au long des décennies, comprenant et assumant tout le fardeau de la responsabilité de chaque action pour tout un pays est beaucoup plus difficile. Cela n’est pas l’aventurisme de Bakounine ou de Blanqui, mais la politique d’un chef d’État mature, et, je n’ai pas peur du terme, d’un père du peuple.

 

Jiang Zemin a dû conduire la Chine à travers l’hostilité, le blocus et les sanctions imposées par l’Occident en réponse à la répression du « Maidan » sur la place Tian An Men. Et cet intellectuel héréditaire n’a pas seulement survécu dans une attitude défensive –il a développé activement l’industrie, conquis les marchés occidentaux pour les produits chinois, y compris en délogeant les producteurs américains.

 

Ce sont deux dirigeants qui ont œuvré pendant de nombreuses années pour rapprocher le déclin de l’impérialisme des États-Unis. Fidel, le passionnaire le plus rationnel qui soit, qui par son exemple a montré à toute l’Amérique latine qu’il est possible et que l’on doit mener une politique indépendante, sans succomber aux intrigues des sociétés transnationales et sans permettre à quiconque de piller son pays, et qui reste l’autorité morale incontestée pour l’ensemble du continent.

 

Et de même Jiang Zemin, qui a développé l’économie de la Chine, y compris à travers  l’utilisation dans son propre intérêt du capital occidental, là où habituellement c’est lui qui utilise les économies des différents pays pour son propre enrichissement. Au vieux sage confucéen – honneur et respect. Et derrière ces deux-là on aperçoit le sourire approbateur de Karl Marx.

 

L’un a dû calmer ses compagnons trop bouillonnants, refroidissant leur ardeur révolutionnaire et la dirigeant dans une direction constructive, et en même temps repoussant l’invasion extérieure. Le second a dû devenir maître des intrigues de couloir dans la machine bureaucratique chinoise millénaire, où des gens professant la même idéologie luttent souvent en secret pour le pouvoir en s’abritant derrière les idées de Marx et Mao.

 

Ces légendes vivantes de l’ère romantique, définitivement révolue, de la construction du socialisme, on n’en fait plus. Pouvez-vous citer parmi les politiciens actuels, quelqu’un qui conserverait l’autorité et l’influence (idéologique, conceptuelle) après avoir quitté ses fonctions? Qui resterait dans l’histoire, comme Bismarck, par exemple, ou Staline?

 

Le maximum dont sont capables la plupart des hauts fonctionnaires occidentaux d’aujourd’hui, quand ils terminent leur mandat en tant que chefs d’Etat – est de se faire payer pour des conférences ou organiser différents forums de blablatologie, comme Bill Clinton ou Tony Blair.

 

Même les mémoires (que personne ne lit vraiment) sont écrites habituellement par des «nègres». Qu’arrivera-t-il à Obama ou Merkel après leurs mandats? Ils iront à la ferraille chauffer leur corps vieillissant devant la cheminée, disparaissant peu à peu de la mémoire, laissant peu de traces dans l’histoire. Tandis que Fidel Castro et Jiang Zemin sont des rocs. Ou, comme on dit en Chine, « shan » – homme-montagne. Des gens qui changent le monde. Des héros, que nous ne sommes pas*.

*Allusion au célèbre poème de Lermontov, Borodino.

 
2 Commentaires

Publié par le août 15, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Et derrière chacun d’eux, il y a le sourire approbateur de Marx, par Alexandre Rogers, publiciste

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