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Adel Kermiche, enfant maudit de Saint-Étienne-du-Rouvray

01 Août

 un article du JDD humain parce que décrivant le contexte et surtout il parle enfin de ceux à qui je ne cesse de penser: la famille du jeune Adel… Je m’imagine à leur place, la solitude qui est la leur, tout ce qui reste à transformer sous la carte postale de la réconciliation …Quelle honte de ne pas offrir une tombe au moins pour sa famille… Voilà peut-être pourquoi je reste communiste parce qu’il y a encore ceux-là qui comme ce maire s’attaquent à la terrible réalité de notre société, sans croyance, ni illusion mais en sachant ce qu’est la peine des hommes. (note de Danielle Bleitrach)

Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir Adel Kermiche un des assassins du père Hamel. Un gamin « pas méchant mais compliqué », que sa famille, malgré ses efforts, n’a pu retenir.

Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir l’assassin du père Hamel. Paru dans leJDD

Ville ouvrière, solidaire par son histoire, Saint-Étienne-du-Rouvray a vu grandir l’assassin du père Hamel. (Sipa)

Ce fut comme un retour à la vie. L’instant zéro. Mardi, aprèsl’assassinat dans son église du père Jacques Hamel, l’émotion d’Hubert Wulfranc redonna une lueur d’humanité aux écrans de télévision. Les épaisses lunettes du maire de Saint-Étienne-du-Rouvray ne parvenaient pas à masquer ses larmes ; sa grosse moustache gauloise, les tremblements de sa voix.

La vidéo a fait le tour des médias et des records de « partage » sur le Net. « Je n’ai pas réfléchi, raconte-t-il dans son bureau, au premier étage de sa mairie pavoisée de noir. Après toute cette horreur, j’ai pensé que cela ne devait pas se reproduire et j’ai dit ce qui m’est venu spontanément. Il faut que l’on soit les derniers à pleurer. »

D’enfant stéphanais à soldat de Daech

Communiste comme son grand-père Jules, qui a accroché en 1936 le drapeau rouge sur la cheminée des Papeteries de la Chapelle,«Il faut que l’on soit les derniers à pleurer» Hubert Wulfranc a hérité en 2002 d’une ville aux mains du parti depuis plus de quarante ans. L’idée qu’un jeune de 19 ans, enfant stéphanais comme lui, se soit transformé en soldat de Daech lui est insupportable. Et pourtant… Avant de pénétrer mardi vers 9h30 dans l’église du centre-ville, Adel Kermiche a laissé un enregistrement de son serment d’allégeance à l’organisation État islamique (EI). C’est lui qui, avec son complice Abdel Malik Petitjean, a tranché la gorge d’un prêtre de 85 ans célébrant la messe devant trois religieuses et un couple de vieux paroissiens. Sans la vivacité de sœur Danielle qui s’est échappée pour prévenir, le carnage aurait été plus grand encore. Les deux tueurs ont été abattus sur le parvis de l’église par les policiers de la BRI.

Lire aussi : Adel Kermiche, 19 ans : ce que l’on sait du premier tueur de Saint-Etienne-du-Rouvray

Deux jours après le drame, l’hommage aux victimes organisé dans le parc Youri-Gagarine a rassemblé quelque 3.000 personnes, habitants de toutes confessions venus en famille. Hubert Wulfranc insiste alors sur la prochaine rentrée scolaire. Réflexe d’enseignant en lycée professionnel? « C’est un moment collectif, et puis c’est nos gamins, tout ça. Chacun doit se ­demander ce qu’il fait du sien. » Adel Kermiche aurait pu être dans la classe d’Hubert Wulfranc. Un élève médiocre au regard du parcours de ses frères et sœurs, l’aînée chirurgienne, une autre cadre sociale, un frère ingénieur en informatique, le dernier titulaire d’un bac pro…

Une famille avec un joli parcours

Saint-Étienne n’est pas une ­petite bourgade et son église, trompeuse, n’est que le vestige d’une France agricole disparue. Avec ses 28.000 habitants, c’est une banlieue populaire gangrenée par le chômage des jeunes (45%) et le trafic de drogue. Les grands ensembles y ont poussé dans les années 1970 comme des champignons sur les anciens bidonvilles. Les Normands venus de la campagne et les immigrés ont découvert ensemble les salles de bains et le confort moderne. « De cette histoire est née une véritable solidarité », raconte Michèle Ernis, conseillère municipale Ensemble! Saint-Étienne, désormais, c’est un centre-ville vieillissant et un plateau qui abrite deux quartiers difficiles dont le Château-Blanc, où a grandi Adel. Après deux plans de rénovation urbaine, les grandes barres ont été détruites et la ville a repris forme humaine.

Les Kermiche vivent aujourd’hui dans un petit ­pavillon mitoyen d’une rue tranquille. Une famille avec un joli parcours. Le grand-père maternel, maçon arrivé dans les années 1960, a fait venir sa femme et a élevé ses enfants en Normandie. Nacera, la mère d’Adel, a élevé ses cinq enfants tout en s’engageant dans la vie associative, notamment la Confédération syndicale des ­familles, proche de la mairie et très active dans les quartiers. Puis elle a repris des études pour devenir institutrice. Elle enseigne aujourd’hui dans un lycée professionnel. Sans les difficultés d’Adel, la vie aurait été paisible…

Selon d’anciens camarades d’école, le garçon a toujours eu des difficultés psychologiques et aurait bénéficié d’un suivi dès l’enfance. Sans être un délinquant, il traînait avec des petits voyous de la cité. « Un gamin pas méchant mais compliqué » «Un gamin pas méchant mais compliqué», raconte un voisin. Puis est venue la « radicalisation ». Depuis deux ans, la famille vit un enfer. Deux fois, il a fallu aller chercher Adel lorsqu’il a tenté de se rendre en Syrie, en mars et mai 2015. Il est alors mis en examen et placé en détention provisoire. Selon les informations publiées par Le Monde, il partage sa cellule de Fleury-Mérogis avec un Saoudien et fréquente un jeune Français revenu du djihad. Sa famille accepte de le reprendre à la maison pendant son aménagement de peine et son placement sous bracelet électronique. « Elle a demandé de l’aide aux pouvoirs publics mais n’en a pas trouvé. Elle s’est sentie seule », confie une relation.

Lire aussi : « Tu prends un couteau, tu vas dans une église » : quand Adel Kermiche dispensait ses conseils

Soutien aux catholiques

Et puis il y a eu l’affaire « Adel Bouaoun », un copain de quartier parti en Syrie avec les papiers d’Adel. Farid, le père de Bouaoun, a porté plainte contre Adel, lui reprochant d’avoir « retourné le cerveau » de son fils. Les Kermiche avaient plutôt le sentiment du contraire. « Nous avons dû intervenir », ­explique ­Mohammed Karabila, le président de l’association de la mosquée Yahya. « Les Kermiche ne fréquentaient pas la mosquée, mais nous avions monté une structure pour suivre les jeunes en risque de radicalisation, alors nous avons suivi le dossier. » Faute de moyens et de subventions, l’association a renoncé à cette initiative. Mardi, alors que le quartier était bouclé par la police, le jeune frère Bouaoun a été interpellé et placé en garde à vue pour avoir violé le périmètre de sécurité autour de la maison des Kermiche…

Vendredi, Abdellatif Hmito, l’imam d’Oissel, choisi pour son érudition et sa maîtrise parfaite du français, a dit le prêche à la mosquée de Saint-Étienne-du-­Rouvray – l’imam remplaçant celui en congés ne parlant pas le français… Hmito, qui use à volonté de la formule « liberté, égalité, fraternité », est plus conforme à l’esprit républicain. Depuis l’assassinat, les représentants de la communauté musulmane ont multiplié les signes de soutien à leurs frères catholiques. L’association des musulmans de Saint-Étienne du Rouvray, qui a accroché l’inscription « Mosquée en deuil », ainvité vendredi deux prêtres à venir s’exprimer avant la prièredevant les fidèles. Les familles musulmanes, elles, se sont déplacées en nombre pour déposer des gerbes et des bougies devant la mairie, devant l’église et lors de la manifestation du parc Gagarine.

Les lignes bougent

La mosquée Yahya a pu être construite grâce à l’aide des prêtres de la paroisse, et notamment du père Jacques Hamel. Le terrain qui avait été acheté ne disposait pas d’accès à la rue. La paroisse a cédé à vil prix une bande de terrain pour lever le handicap. « Heureusement que les catholiques étaient là, car la mairie n’a pas été très coopérative », raconte l’un des représentants du culte. Une porte, tout un symbole, relie les deux communautés. Elle n’est restée qu’entre-ouverte pendant la cérémonie de vendredi, sans que personne ose réellement la pousser. Les catholiques invités à la mosquée sont restés de leur côté du mur. Certains déploraient « les femmes voilées de noir » et ces hommes avec de « si longues barbes ». Les musulmans, sans doute en raison de la présence des médias, sont venus moins nombreux que d’habitude. La mort de Jacques Hamel a fait bouger les lignes, mais timidement.

Dans son bureau du centre-ville, Hubert Wulfranc ne cache pas sa distance vis-à-vis de la religion. Fier de l’élan de fraternité qui s’est manifesté dans sa ville, il sait sa fragilité. « Il y a avait plusieurs milliers de personnes dans les rues, mais je sais aussi qu’il faut s’adresser à tous ceux qui sont restés chez eux, quelles que soient leurs croyances. » L’élu, s’il a choisi le parti des ouvriers, sait que celui des religieux se développe très vite. Quand il tracte sur les marchés, il voit que des femmes se dérobent de plus en plus souvent lorsqu’il veut les embrasser. « J’ai mes vieilles pierres », explique ce passionné de préhistoire, « sans doute ma façon à moi de répondre aux questions que tout homme se pose. »

Marie-Christine Tabet, envoyée spéciale à Saint-Étienne-Du-Rouvray (Seine-Maritime) – Le Journal du Dimanche

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1 commentaire

Publié par le août 1, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Adel Kermiche, enfant maudit de Saint-Étienne-du-Rouvray

  1. borath yun

    août 1, 2016 at 6:07

    c’est à lire important. YUN

     

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