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Tournage de « Zagros » de Sahim Omar Kalifa

17 Juil

http://www.cinergie.be/webzine/tournage_de_zagros_de_sahim_omar_kalifa

Les réfugiés, ceux que l’on appelle les migrants, les demandeurs d’asile, ceux qui ont fui leurs villes, leurs villages, leurs maisons, leurs jobs, leurs écoles, parce que leur vie était menacée, ceux qui, par le hasard des chemins de l’existence, frappent à la frontière de l’espace Schengen, ont intégré notre réalité d’Européens et celle du cinéma.
Ils sont rentrés par la grande porte avec Deephan et poursuivront encore leur infiltration. Sahim Omar Kalifa, cinéaste kurde installé en Belgique, est de ceux qui désirent donner la parole à ceux qui se font tout petits pour ne pas être vus, de peur de se voir privés de liberté.
Ses films précédents, films de fin d’études et premiers courts-métrages ont convaincu par leur maturité et leur maîtrise. Des histoires fortes, des valeurs d’un autre monde, qui pourraient être incompréhensibles pour l’occident libéré du joug familial ou des valeurs patriotes, mais partagées par les défenseurs de la dignité humaine.
En mai, pendant que certains préparaient leur séjour cannois, Sahim et son équipe tournaient dans les sous-sols du WTC de la Gare du Nord de Bruxelles, les bureaux d’accueil du Ministère des Affaires étrangères, là où les migrants déposaient, jusqu’il y a peu, leurs demandes d’asile.

Feyyaz Duman, kurde vivant à Istanbul, est le protagoniste du film. Il porte le nom des Monts Zagros, chaîne de montagnes se trouvant de part et d’autre de la frontière irakienne et iranienne.
Zagros, un berger du Kurdistan, est très amoureux de sa femme, mais une rumeur court à son propos dans leur village. Elle décide alors de partir pour la Belgique. I décide de la suivre.

C. : Le titre du film est le prénom de votre personnage. Toute l’histoire tourne autour de lui. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
F. D. : À vrai dire, c’est une grande responsabilité. Il n’y aucune scène sans Zagros dans le scénario ! C’est fatiguant, psychologiquement, car il n’y a pas de distance entre le personnage et moi. Je dois tout le temps être concentré. On travaille du matin au soir. Mais c’est super de faire partie de ce film et de travailler avec Sahim. J’avais vu ses courts-métrages avant de le rencontrer, et c’est un grand plaisir de travailler avec lui et le reste de l’équipe. Il y a beaucoup de nationalités différentes dans ce film. Il y a des Belges, des Turcs des Hollandais… Je pense vraiment que l’on fait du bon travail.

C. : Est-ce que Sahim, le réalisateur, a rencontré beaucoup d’acteurs avant de vous choisir ? Selon vous, pourquoi vous a-t-il choisi ?
F. D. : Je l’ai rencontré il y a un an et demi à Istanbul pour une première audition. Il y avait beaucoup de monde à cette audition. Il a aussi fait des auditions en Irak, au Kurdistan et en Belgique. Je pense qu’il a vu plus de 500 personnes. Pour ma part, j’ai fait 3 auditions à Istanbul.
Le fait de parler kurde et anglais a joué en ma faveur car 90% du film est en kurde. Il était donc important qu’il trouve quelqu’un qui parle kurde avec aisance.
Le lien entre le réalisateur et les acteurs est très important. J’ai tout de suite eu un bon feeling avec Sahim et Halima, l’autre personnage principal.

C. : Vous avez répété en amont ?
F. D. : Oui. On a répété pendant 10 jours en Belgique, aussi à Istanbul et en Grèce. Mais avant chaque scène, on répète aussi.

C : Étiez-vous au courant de la réalité de votre personnage et de ces personnes qui demandent réellement l’asile ici en Belgique ?
F. D. : Pas vraiment. Je n’ai jamais été réfugié. Mais j’en ai beaucoup entendu parler, car beaucoup d’entre eux sont Kurdes et ont fuit à cause de la guerre. J’ai entendu beaucoup d’histoires à leur propos. Sahim nous a raconté pas mal de choses sur ces réfugiés : comment ils sont arrivés ici, leur souffrance en arrivant en Europe, etc.
Mais ce n’est pas tellement le sujet du film. Le sujet étant plutôt l’amour de Zagros pour sa femme. C’est plutôt un drame psychologique.

Sahim Omar Kalifa

C. : Racontez-nous l’histoire du film…
Sahim Omar Kalifa : C’est l’histoire de Zagros, le personnage principal. Il est berger au Kurdistan. Il aime ses moutons, les paysages, les montagnes. Zagros est aussi le nom d’une montagne au Kurdistan. Le Kurdistan est pour lui un paradis, contrairement à Bruxelles.
Son épouse, Havin, quitte le village car de vilaines rumeurs courent à son égard. Il doit choisir entre sa femme et son pays. C’est une décision très dure pour lui. Mais il décide de venir à Bruxelles pour rejoindre sa femme et sa fille.

C : Pourquoi est-ce que le personnage porte le même nom qu’une montagne ?
S. O. K. : Zagros, le personnage, aime la nature, le Kurdistan. Cette nature protège le pays des forces extérieures.
Il reste toujours dans les montagnes. Il garde un contact avec les guérillas, les femmes armées. Pour lui, c’est un monde fantastique car il est d’une région très conservatrice. Il y a un très grand contraste. Les femmes du village n’ont aucun pouvoir, mais dans les montagnes, elles sont les égales des hommes. Sa femme n’est pas comme les autres femmes du village. Elle est moderne et mieux que les autres. Pour lui, la montagne est un symbole de liberté. C’est aussi, le prénom de son père, qui lui a transmis l’amour de la nature. Mais il n’est en rien comme son père qui n’a pas une mentalité très moderne, contrairement à lui.

C : Le film est le point de vue de Zagros et non pas celui de sa femme, Havin. Pourquoi ?
S. O. K. : Au début, je pensais raconter les deux points de vue. Mais ensuite, je me suis dit que c’était mieux de ne raconter que son point de vue à lui. C’est plus simple pour le public de s’attacher à lui et à son histoire. Deux histoires, ça aurait été trop compliqué. En tant que réalisateur, je pense que c’est important de toujours être en contact avec le personnage principal. Cela permet de mieux comprendre les décisions qu’il prend. Si on ne le suit pas en permanence, on risque de perdre le fil et de mal le comprendre.

Sahim Amar KalifaC : Pourquoi avez-vous choisi Feyyaz Duman pour ce rôle ?
S. O. K. : Ça n’a pas été facile de trouver celui qui interpréterait Zagros. On a fait 3 castings à Istanbul, 2 au Kurdistan. C’est vraiment un film d’acteur. Ce n’était pas facile, mais ce qui est amusant, c’est que dès le premier casting à Istanbul, j’ai rencontré Feyyaz, et je me suis dit « ça pourrait être lui » car il attire l’empathie. Jusqu’à la fin, il était l’un de mes favoris. J’avais aussi vu des films dans lesquels il avait joué et j’ai beaucoup aimé son travail. Je pense vraiment avoir pris la bonne décision. Dans le film, il y a de longs plans-séquences, parfois de 4 ou 5 minutes, et il est très bon pour ça.
Il est assez connu depuis ces 5 dernières années. Il a joué de grands rôles dans des films kurdes. Il a étudié le cinéma à New-York. C’est un vrai professionnel.

C : Votre travail d’interprète auprès des demandeurs d’asile vous a donné beaucoup d’inspiration pour l’écriture des personnages.
S. O. K. : J’ai travaillé ici, dans ces locaux où on tourne maintenant, pendant 7 ans. C’était une vraie source d’inspiration pour moi. Chaque jour, j’entendais des tas d’histoires. Tristes, pour la plupart. Mais malgré les malheurs qui leur arrivaient, certaines personnes parvenaient à en parler d’une manière telle… C’était comme au cinéma. Si vous avez un bon scénario, vous pouvez avoir un bon film. Si le scénario est mauvais, vous n’aurez jamais un bon film.

Halima Ilter – Havin

Cinergie : Parlez-nous de votre personnage…
Halima Ilter : Havin est très forte et intelligente, un peu comme moi ! (rires).
Elle a un regard différent de celui de son mari, qui aime leur village car il y a grandi. Elle est une fille de la ville. Elle a fait des études. Et peu de temps après, ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Elle a accepté de laisser sa vie derrière elle et de commencer une nouvelle vie pour lui.

C. : Elle ne veut pas rester dans ce village…
H. I. : C’est une personne brave, très ouverte, avec un grand cœur. Avec le temps, elle commence à comprendre qu’elle est différente des autres villageois. Elle décide donc de partir. Au début, elle pense à aller à Istanbul, ou quelque part ailleurs, en Turquie. Mais elle décide de quitter ce pays qui ne lui correspond plus. Elle veut du renouveau dans sa vie.

C. : Vous êtes Kurde, mais vous vivez en Allemagne.
H. I. : Oui, mes parents sont Kurdes, mais j’ai grandi à Berlin et j’y ai maintenant ma famille.

C. : Vous êtes réfugiée ?
H. I. : Non, pas du tout. Mon grand-père était mineur en Allemagne. Après quelques années passées là-bas, il a fait venir sa famille.

C. : Donc vous êtes née en Allemagne ?
H. I. : Non. Ma mère est tombée enceinte là-bas mais elle est retournée dans son village d’origine durant un an puis elle est revenue en Allemagne car mon père n’aimait pas vivre au village.

C. : C’est un peu l’histoire de votre personnage…
H. I. : Oui c’est vrai, ça ressemble à l’histoire de mon père.

C : Vous parlez kurde. Est-ce que c’est parce que vos parents vous parlent kurde ?
H. I. : Ma mère vient d’un tout petite village du fin-fond de la Turquie où l’on ne parle que le kurde. En arrivant en Allemagne, elle a commencé à apprendre non seulement l’allemand, mais aussi le turc. Mais à la maison, on parle kurde.
D’ailleurs, ce film est le premier que je tourne en kurde. C’est amusant car la première interview que j’ai eue avec Sahim au téléphone était en kurde. C’était étrange car je ne parle cette langue qu’avec ma famille. C’est vraiment ma langue de cœur.
Je suis reconnaissante d’avoir grandi en Allemagne car je n’ai pas à avoir peur de parler ma langue maternelle. Quand on me demande d’où je viens, je réponds que je suis de l’est de la Turquie et que je suis kurde. Ce n’est jamais un problème.
Mais quand on me pose cette question en Turquie, c’est différent. Ayant vécu en Allemagne, j’ai pu grandir d’une manière plus libre et être moi-même.

C : la situation n’est pas facile en Turquie pour les Kurdes. Qu’est-ce que vous pensez de tout cela ?
H. I. : Je ne vis pas là-bas, mais de ce que ma famille me dit, la situation est très dure pour les Kurdes. Ils perdent leur maison, leur famille, tout…
C’est à nouveau une époque difficile pour eux.

C : Où le film a t-il été tourné ?
H. I. : La partie kurde du film n’a pas pu être tournée là-bas. On est allé en Crête. La nature y est assez similaire. On avait vraiment l’impression d’être au Kurdistan. Les gens y sont tout aussi gentils et accueillants. On se sentait bienvenus là-bas.

C : Votre personnage est-il heureux que Zargos le rejoigne ?
H. I. : Bien sûr ! Zargos aime beaucoup sa famille. Havin est très heureuse qu’il les rejoigne, car désormais, elle sait qu’il l’aime profondément. C’est un très beau message d’amour.

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Publié par le juillet 17, 2016 dans Uncategorized

 

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