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« Excuses » de la Turquie à la Russie: More Than Meets the Eye* par Areg Galstyan

16 Juil

Recep Tayyip Erdoğan. Kremlin.ru
Recep Tayyip Erdoğan. Kremlin.ru

Voici un article que j’ai traduit de l’anglais d’une revue en général bien informée et qui apporte une dimension du contexte international dans les événements qui secouent la Turquie. Il témoigne des conditions de la sortie de crise entre la Russie et la Turquie. La Russie a joué gagnant mais a évité qu’Erdogan perde la face. L’Allemagne et les Etats-Unis ont poursuivi la pression sur leur mégalomane allié. Celui-ci s’est trouvé confronté aux résultats de sa politique erratique, des résultats économiques désastreux pour un pays dont la dette s’accroît et dont l’Allemagne refuse d’assumer la totalité, la pression de Daech mécontent d’avoir été plus ou moins trahi, l’alliance des Etats-Unis et d’Israël avec les Kurdes, les réfugiés devenus une arme explosive, sans parler du soutien d’Obama à la secte de Gülen, cet imam jadis proche d’Erdogan qui a ouvert les hostilités avec lui et dont le journal a été récemment interdit. La dérive autoritaire voire anti-constitutionnelle qui reposait sur la mise au pas de l’armée autant que la répression des « laïques », des communistes et des kurdes accumulait les tensions, sans que les alliés de toujours le soutiennent inconditionnellement. Erdogan n’avait plus que le choix de se soumettre pour éviter que la question syrienne se traite sans lui et entérine de fait l’existence d’un Kurdistan indépendant. S’il est difficile dans un tel contexte de savoir de quels soutiens bénéficie l’armée qui se rebelle contre la politique catastrophique d’Erdogan, surtout dans la mesure où tout le monde semble jouer au poker menteur, on peut mesurer l’affaiblissement de celui qui se prétend le nouveau sultan de la Méditerranée. Pour que le contexte soit clair il faut également noter que hier John Kerry était à Moscou et que le poker menteur entre Amérique et Russie se joue aussi pour éviter que des puissances secondaires in-maîtrisables viennent perturber le nouveau grand jeu entre les tenants d’un monde unipolaire (les Etats-Unis et ses alliés) et multipolaire (Russie Chine et les Brics) (Danielle Bleitrach)

http://nationalinterest.org/feature/turkeys-apology-russia-more-meets-the-eye-16909 : article d’origine en anglais.
la diplomatie turque s’est jouée de  la Russie.

8 juillet 2016

Le grand homme d’Etat allemand Otto von Bismarck a fait remarquer que « la politique est l’art du possible. » De ce point de vue, le dégel des tensions russo-turques était seulement une question de temps. Moscou et Ankara partagent des intérêts économiques et géopolitiques communs. La crise dans les relations bilatérales est venu après que la force aérienne turque a abattu un SU-24 russe. La position d’Ankara a subi plusieurs changements. Initialement, le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré que la Turquie avait le droit légitime de défendre son espace aérien et n’allait pas présenter des excuses à la Russie. Plus tard, un certain nombre de fonctionnaires turcs ont déclaré que les autorités du pays et les militaires ne savaient pas qu’il s’agissait d’un bombardier russe, selon eux, le pilote n’a pas réussi à entrer en contact. Dans le même temps, le Kremlin a eu une position claire, qui a toujours été exprimée unanimement par les fonctionnaires et les médias d’Etat.

Le président Vladimir Poutine a ordonné des sanctions contre la Turquie. En particulier, les agences de tourisme russes ne sont plus autorisées à vendre des voyages en Turquie, les restrictions de visa ont été introduites, certaines restrictions ont été imposées aux entreprises turques et, enfin, l’importation de nombreux biens et produits a été interdite. Le président russe a noté que Moscou était prêt pour un dialogue avec la Turquie à condition qu’un certain nombre de conditions soient réunies: la partie turque aurait à présenter des excuses pour l’incident, indemniser la famille du pilote défunt et traduire en justice les responsables de sa mort. Le président Erdoğan n’a pas répondu aux demandes russes pendant une longue période, soutenant que les actions de la force aérienne turque étaient légales. Pendant ce temps, les sanctions russes ont causé des dommages considérables à l’économie turque. Ils ont surtout touché les secteurs de la banque et du tourisme. Ainsi, Bloomberg a signalé qu’il y avait une augmentation significative des créances douteuses enregistrées dans le secteur bancaire turc ; le ratio de prêts non productifs a augmenté de 3,18 %.
La chute  de la Turquie en ce qui concerne sa dette a conduit à la démission d’un ex-proche allié de M. Erdoğan, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Malgré le fait que Davutoğlu ait officiellement démissionné de sa propre initiative, les principaux experts ont noté que cela était un signe de volonté de négocier avec Moscou. Depuis le départ de Davutoğlu, le  Président Erdoğan a souligné l’importance de rétablir le dialogue avec la Russie pour la première fois. Mais Moscou a continué d’insister sur l’accomplissement de leurs conditions. Pour Erdoğan, qui prend les décisions politiques à partir de l’émotion plus que par pragmatisme, des excuses était hors de question. D’ ailleurs, il sentait qu’il pouvait tirer parti de la crise des migrants face aux  Européens.

À cet égard, l’ Europe a décidé de donner à Ankara une leçon d’humilité politique. Le Bundestag allemand a voté massivement pour reconnaître le génocide arménien de 1915. La Grande-Bretagne a également affirmé qu’elle était prête à reconnaître le génocide arménien alors que le Vatican a officiellement ouvert ses archives, qui contiennent des informations sur l’événement. L’Europe n’a pas permis à Ankara de jouer son jeu. La Turquie a été laissée sans autre choix que d’améliorer ses relations avec la Russie.

Le 27 Juin, Dmitri Peskov, le secrétaire de presse russe, a révélé que Erdoğan avait envoyé une lettre d’excuses à M. Poutine. Erdoğan a écrit qu’il « tient à informer la famille du défunt pilote russe que je partage leur douleur et que je leur offre  mes condoléances . Qu’ils nous excusent.  » En outre, l’affaire contre les assassins présumés du pilote russe serait ré-ouverte. Donc en surface, il semble que Erdoğan ait rempli les conditions de conciliation. Mais de nombreux experts soulignent que la lettre ne présente pas  techniquement des excuses au gouvernement russe. En outre, Binali Yildirim, le nouveau Premier ministre de la Turquie, n’a  pas affirmé qu’il y aurait le remboursement de l’avion. La Turquie, apparemment, est prête seulement pour discuter des compensations de la famille du pilote, mais pas payer Moscou pour les dommages.

En d’autres termes, la diplomatie turque a trompé la Russie. La Turquie satisfait juste assez les conditions de la Russie pour plaire à Moscou, mais  elle n’a pas présenté les concessions qui auraient affaibli Ankara. Moscou a depuis levé l’interdiction du tourisme et retiré ses sanctions contre la Turquie.

Moscou et Ankara ont longtemps cherché la réconciliation, qui ne nuirait à l’image de ces deux pays. La lettre de M. Erdoğan à Poutine était pleine de ruse. Moscou perçoit et présente les excuses pendant qu’Ankara évite de perdre la face. Maintenant, la Turquie a besoin de rétablir des relations économiques avec la Russie et de s’imposer dans le  processus de paix syrien.

Areg Galstyan, PhD, est un collaborateur régulier sur la Russie dans les affaires mondiales et Forbes.

*ne pas se fier aux apparences

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Publié par le juillet 16, 2016 dans Uncategorized

 

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