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Le choix du peuple, par Zakhar Prilépine : le communisme est dans notre tradition, et c’est notre seul espoir de salut pour l’avenir

18 Juin

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Zakhar Prilépine : le communisme est dans notre tradition, et c’est notre seul espoir de salut pour l’avenir

Photo: Tass

http://svpressa.ru/politic/article/150631/

Les changements qui se sont produits au cours des trois dernières décennies chez les peuples de Russie, les Russes surtout, sont véritablement incroyables.

Les gens se sont révélés plus forts et plus intelligents que la propagande.

Toutes ces années, le pays a été bombardé par des tonnes et des tonnes de documents imprimés visant à la formation d’un «mythe noir» autour de l’Union soviétique et du socialisme en tant que tel.

La télévision a été dominée par Svanidze & Co, le temps d’antenne occupé par des séries antisoviétiques sans fin, et à vrai dire on continue d’en produire tous les jours.

Etre antisoviétique durant toutes ces années – une longue période historique! – signifiait être à la mode, être dans le coup, être au goût du jour.

Les ténors des médias, les personnes les plus riches du pays, les acteurs les plus en vogue, les chanteurs et chanteuses, les comiques et animateurs de talk-show considéraient comme leur devoir à chaque occasion, avec ou sans motif, de susurrer entre leurs dents … nous savons comment tout cela a fini ..!

Mais ils ne savent rien de rien, en fait. Et surtout : ce n’est pas encore terminé.

Donnons en vrac quelques exemples basiques :

Si, en 1995, Lénine récoltait 48% d’opinions négatives, vingt ans plus tard, la situation s’est totalement inversée : maintenant plus de la moitié de la population adulte perçoit positivement Lénine. (Les opinions négatives dépassent à peine 20%, les autres sont « indécis »).

L’explication, je pense, est simple; inutile de faire un dessin.

Tout d’abord, Lénine est considéré comme le défenseur de tous les hommes humiliés et insultés, celui qui a jeté le défi le plus radical au capitalisme en tant que tel, ou, si vous préférez, au système financier mondial.

Lénine est à l’opposé de l’oligarchie et du glamour.

Peu importe la façon dont cela se rapporte au véritable personnage historique de Lénine, l’essentiel est que le mythe de l’ « espion allemand » et du « maniaque » dans l’esprit de la plupart des gens en Russie n’a pas pris.

Lénine était, oui, un fanatique, entièrement consacré à son idée.

Maintenant, cette race a disparu.

Mais les gens sont fatigués du «trop humain» chez nos dirigeants, parfois on aurait envie d’avoir avec soi des  «surhommes ». Lénine est sans nul doute un surhomme: un type de Simbirsk au grand front, qui a changé l’histoire de l’humanité, qui a fait de la Russie le personnage central de l’histoire mondiale du XXe siècle et l’objet des espoirs et des aspirations de millions et de milliards de représentants du «tiers monde»: en regardant la Russie soviétique, ils croyaient que l’ «ordre mondial» n’était pas là pour durer toujours, qu’un jour pourrait apparaître un chef russe intrépide et opiniâtre et briser sans pitié tout cela ( le système colonial sous une forme ou une autre, le système de manipulations financières internationales, etc.).

Un changement encore plus grand dans l’esprit de la population s’est produit avec le nom de Staline.

Selon les experts, si en 1989, le classement de Staline dans la liste des personnalités publiques qui ont eu la plus grande influence sur l’histoire nationale était de seulement 12%, en 2012 il était déjà à la première place avec 42%, et en 2015, 52% des Russes déclaraient que Staline avait joué dans l’histoire de la Russie un rôle « indubitablement positif» ou « plutôt positif ». Le point de vue opposé est détenu par moins de 30% des personnes interrogées. (Il existe des preuves raisonnables que la cote de Staline en Russie s’élève à 70 %, mais les sociologues n’osent pas le reconnaître publiquement).

La perception, ou plutôt, l’approbation de Staline –n’est pas un signe, comme aiment à le dire nos démocrates libéraux, d’une «conscience servile » de la population, et certainement pas une aspiration à la répression et aux purges.

En premier lieu, Staline est un symbole de la victoire dans la guerre mondiale la plus terrible, un symbole de l’industrialisation et de la modernisation.

Enfin, Staline (comme Lénine, d’ailleurs) est un ascète. Ceci est important! Cette qualité dans la politique moderne russe, et dans le monde, est mal considérée.

Mais la Russie apprécie la modestie et la pauvreté.

(Tous les arguments du genre «Lénine buvait de la bière en Suisse» et «Staline avait une ration spéciale en temps de guerre» – en particulier de la part de personnes qui ont acheté des quartiers entiers d’immeubles dans tous les pays imaginables d’Europe et d’Asie sont non seulement mesquins mais stupides. Ils devraient avoir honte d’ouvrir la bouche).

« Le nom de Staline est la seule chose qui puisse provoquer la terreur sur le visage lascif du boutiquier  » – a dit un professeur. Le terme de « boutiquier » ici, bien sûr, ne fait pas référence à un quelconque représentant de petites et moyennes entreprises (nous leur souhaitons bonne chance et courage), mais le type de personne pour qui tout s’achète et se vend, et le prix dans telle ou telle monnaie est la seule mesure de toute chose.

Ce genre de « boutiquiers » ont pris trop de place dans nos vies, et de manière injustifiée.

Assoiffés de justice, les gens ne comprennent pas pourquoi les commerçants sont devenus une aristocratie nationale : ils ont pris la place qui revient en droit aux combattants et aux philosophes (les négociants prospères et les fabricants, aussi, peuvent représenter l’aristocratie – mais pas seuls).

Enfin, nous arrivons au fait qu’une transformation similaire a eu lieu par rapport au passé soviétique en tant que tel. Aujourd’hui, plus de 40% des Russes évaluent positivement l’expérience de l’URSS (et seulement 9% négativement).

En comparaison, 52% des Russes sont incapables de citer une action méritoire de Boris Eltsine; en revanche, plus de deux tiers des Russes jugent son bilan négatif.

(Seuls 11% des Russes croient en l’ «utilité» d’Eltsine).

Et ici nous arrivons à une question simple: avons-nous chez nous la démocratie ou non?

Il ne fait aucun doute que l’écrasante majorité des élites russes, qui possèdent la totalité du pouvoir exécutif – vient des années 90.

En fait, il s’agit de la génération libérale-bourgeoise, « les enfants de Boris Eltsine! »

Mais quelqu’un doit représenter la majorité de la population?

Répétons-le à nouveau pour fixer les choses dans notre esprit: selon diverses estimations, de 40 à 60% des Russes adhèrent aux vues de «gauche», souhaitent un « virage à gauche » de l’économie et éprouvent à des degrés divers de l’intérêt et de la sympathie pour les personnalités de «gauche» de l’histoire nationale et mondiale.

Aucune idéologie en Russie – ni libérale, ni nationaliste de droite –n’a un tel soutien massif et évident.

Plus de la moitié des Russes, selon les statistiques officielles, souhaitent une réévaluation de la «perestroïka» et des «réformes d’Eltsine », et n’ont aucune envie de vivre dans ce genre de système, avec toutes ses tares évidentes –au minimum l’inégalité sociale et la dépendance explicite aux institutions financières mondiales, et au maximum – dans une société construite sur les principes de la cupidité et du conformisme.

Alors pourquoi vivons-nous encore dans une société qui ne répond pas aux aspirations de la majorité?

Parce que quelqu’un nous a dit que le communisme c’était du passé?

Et le libéralisme – il n’a pas existé?

Et le nationalisme – on vient de l’inventer?

Le communisme – est à la fois notre tradition et notre seul espoir d’une issue dans l’avenir.

En outre, le communisme c’est aussi un désir de liberté, la manifestation de notre caractère national, audacieux, épris de liberté, indomptable.

La révolte du cosaque Stepan Razin, le panache de l’ataman bachkir Salavat Youlaev, l’idéalisme des Décembristes, la poésie de Maïakovski et d’Essenine, les partisans commandés par Sidor Kovpak, le sourire de Gagarine – c’est ça aussi le communisme.

Le communisme est le choix du peuple.

Nous avons vu ces dernières années, où les gens se rassemblent pour préserver leur identité russe. Ils se rassemblent près du monument à Lénine.

Ceux qui défendent le monument  conservent le droit de parler russe, de vivre dans l’espace de leur histoire nationale, fière de ses victoires, au lieu d’assister à des marches aux flambeaux.

Le Drapeau rouge sur la Russie –c’est inéluctable.

Nous avons pris le Reichstag – et là aussi nous y arriverons.

 

(Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société)

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1 commentaire

Publié par le juin 18, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Le choix du peuple, par Zakhar Prilépine : le communisme est dans notre tradition, et c’est notre seul espoir de salut pour l’avenir

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