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Au secours, les Russes arrivent! par Edouard Birov, journaliste

18 Juin

16 juin 2016

http://www.vzglyad.ru/opinions/2016/6/16/816362.html

 

Prendre la défense des fans de football est une tâche ingrate et inutile, ils sont assez grands pour le faire tous seuls. Mais les mésaventures des fans russes à l’Euro 2016 et le courage avec lequel ils ont répondu à la grossièreté des britanniques a suscité un soutien enthousiaste en Russie. Chez nous aussi bien qu’en Europe, l’affrontement de Marseille a été perçu comme un élément d’une nouvelle guerre froide, d’une confrontation géopolitique.

En fait, que s’est-il passé de si spécial? Des fans se sont bagarré lors d’un tournoi de football – tu parles d’un événement. En France, en Italie ou en Angleterre, on a vu des affrontements de rue plus impressionnants. Ne serait-ce que les protestations contre le changement de la Loi du travail en France, qui ont dévasté des  quartiers entiers au cours de ces derniers mois … [sic]

 

Mais les Russes se sont battus à Marseille – et toute l’Europe est en alerte. Au secours, les Russes arrivent! Les forces spéciales sont appelées en renfort, des milliers de policiers, des cohortes de journalistes sont sur les dents.

Les fans russes sont invectivés, accusés d’extrémisme et quasiment de terrorisme. Même la menace de DAESH est passée à l’arrière-plan, mais à tort: hier les Etats-Unis, bien informés sur les opérations du «califat», ont encore une fois mis en garde contre d’éventuels actes de terrorisme en Europe.

Finalement, la faute des Russes dans la bagarre de Marseille est minime. La veille, des milliers de fans anglais avaient semé le désordre en ville, humiliant les habitants et les autres supporters. Avec l’arrivée des fans russes, ils ont commencé à se moquer d’eux: profanation du drapeau, chants insultants, menaces, jets de bouteilles et de chopes. Ils ont même eu la riche idée de chanter avec les fans ukrainiens des couplets injurieux sur Poutine.

 

En fait, un tel comportement de ces «gentlemen» en goguette est une chose habituelle. Par exemple, ils ont une glorieuse tradition d’uriner dans les fontaines. Marseille pendant la Coupe du Monde de 1998 a été littéralement mise à sac par les fans de l’équipe d’Angleterre. Les Français ont subi sans rien dire, et cette fois-ci pareil.

Mais les fans russes n’ont pas supporté : deux centaines de personnes chantant «Katioucha » ont dispersé la horde de britanniques enivrée de bière. De façon rude et impitoyable, mais dans le respect des règles de batailles entre fans. Personne n’a utilisé d’armes blanches, pas de chaînes métalliques contre la police, comme ces chouchous des européens, les « combattants de la liberté » sur le Maidan.

Les Russes n’ont pas attaqué les paisibles citoyens et les habitants de Marseille. Au contraire, ils ont en quelque sorte rétabli l’ordre dans la ville. Mais les Britanniques, habitués à ce que les insultes ne provoquent pas de réponse physique, et que la bagarre se termine après le premier coup porté au visage ont été pris au dépourvu.

Il ne s’agit pas que d’insultes. La réaction exacerbée devant ces batailles de supporters se comprend si on les considère comme un nouvel épisode de l’opposition russe aux Anglo-Saxons, qui se développe dans le monde aujourd’hui. On l’observe partout, dans différentes parties du monde et sphères de la vie.

Dans le ciel de Syrie, en Ukraine et au Donbass, dans l’économie (sanctions, prix du pétrole), dans l’espace, dans la politique, et maintenant dans une bagarre de rue. L’Europe, qui gonfle le torse sur les frontières de la Russie, a soudainement trouvé au cœur de l’UE des gars russes qui en minorité absolue et sans armes ont dispersé une bande de fans anglais habitués à l’impunité.

Cela a provoqué la peur chez les Européens et la fierté chez les Russes. Une fierté non pour le cassage de gueule, mais pour le rétablissement de la justice – au moins à ce niveau d’affrontement entre fans. Les Européens quant à eux ont eu peur de cette fameuse menace russe : parce qu’ils pensaient pouvoir toujours taquiner l’ours.

Les forces de l’ordre françaises, qui dans un premier temps ont permis aux Russes de donner une leçon aux Anglais, et même quelque part, comme sur le stade, ont favorisé la collision (les secteurs de supporters, pour une raison quelconque, ont été disposés côte à côte), se sont d’un seul coup déchaînées : un bus avec des fans russes sur la route de Lille a soudainement été entouré par les forces spéciales, qui s’apprêtaient même à donner l’assaut.

Imaginez! Des « frenchy » armés jusqu’aux dents, au lieu de combattre DAESH voulaient prendre d’assaut un bus de passagers non armés avec des passeports russes. Le Ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dû faire une remontrance à ses collègues français, à tel point était inadéquate la réaction de Paris envers le « danger des fans russes. »

Et voilà qu’aujourd’hui on apprend que trois des fans russes sont condamnés en France à des peines d’emprisonnement d’un à deux ans.

Personne ici n’a l’intention d’idéaliser les fans, et d’ailleurs c’est peine perdue. Les groupes de fans (ultras, hooligans), causant des affrontements dans les rues et se battant les uns avec les autres à cause de l’appartenance à un autre club, ne peuvent éveiller de la sympathie ni chez les citoyens normaux, ni de la part de l’état.

Ils ont été créés en Angleterre afin de canaliser l’agressivité des jeunes sous une forme moins dangereuse que l’activité révolutionnaire, mais se sont bientôt transformés en bandes semi-criminelles, semant la peur dans des villes entières.

Le football est passé au dixième plan, et des milliers de jeunes sont passés par ces écoles de la violence que sont les « firmes »: affrontements sanglants, coups de couteau, règles de vie particulières. La sous-culture fan se construit sur l’humiliation de ceux qui ne sont pas « les nôtres» et sur l’agression, c’est une sorte d’extrémisme.

Avec l’arrivée de la démocratie occidentale, l’Europe de l’Est a rapidement adopté tous ses «charmes» y compris le mouvement des hooligans. En Russie, Serbie et Pologne, ce mouvement a acquis un caractère et une dimension véritablement slave – on se battait violemment et jusqu’au bout, mais «à mains nues», sans couteaux.

Les débordements causés par les hooligans devenaient de plus en plus incontrôlables, et le premier à en pâtir était le football, que cessèrent de fréquenter les familles  avec les enfants. Les chants obscènes sont devenus la manifestation la plus innocente du hooliganisme au stade.

En outre, il existait des tentatives de faire participer activement à la politique les groupes de supporters dans un but de déstabiliser le pays. Il y eut une vaste campagne de propagande de formes extrêmes du nationalisme et même du fascisme. Dans les stades apparurent les croix gammées nazies et les bras tendus, des attitudes racistes, et tout cela sous couvert de patriotisme: « La Russie pour les Russes » etc.

En Ukraine, l’idéologie de Bandera a recruté chez les fans des masses d’adeptes, le nationalisme agressif est apparu pour la première fois dans les stades, et les groupes de « supporters » sont plus tard devenus l’une des forces de combat sur le Maidan.

Cependant, en Russie, les autorités se sont réveillées à temps et ont pris des mesures de déradicalisation des groupes de supporters, ne permettant pas leur utilisation à des fins destructrices. Les Clubs ont été chargés de travailler activement avec leurs dirigeants, il a été mis en place une structure formelle – l’Union russe des fans, à travers laquelle  l’Etat a commencé à établir un contrôle sur les « firmes » les plus grandes et les plus violentes, les empêchant de commettre des actions irréfléchies. Bien sûr, cela n’a pas réussi totalement du premier coup – et les troubles sur la Place du Manège ont montré que les fans restent encore un grand danger.

Toutefois, dans les années suivantes, on a réussi à sortir de l’ombre le mouvement des fans, à le soustraire à l’influence des manipulateurs politiques et criminels. Et lors de la tentative de « Maidan » sur la place Bolotnaya en 2012 ils ne sont pas sortis dans les rues, aucun des ultras. Certains d’entre eux ont déclaré ouvertement leur rejet des technologies de Maidan et leur soutien au gouvernement russe. D’autres ont exprimé leur apolitisme.

Au cours des dernières années, les fans russes se comportent beaucoup plus calmement, ont plus de respect pour les autres spectateurs, de courtoisie, même si les combats entre eux sont toujours très violents. Dans les tournois internationaux ils apportent à leurs équipes un soutien coloré et ne permettent pas aux autres supporters d’insulter les couleurs de leur pays. C’est en effet un point important dans de telles compétitions.

Mais si à l’Euro 2012 l’attaque sur les hôtes polonais du tournoi était injustifiée, même en tant que réponse à une provocation, on ne peut pas en dire autant à Marseille. Les Russes ont non seulement été provoqués, mais on a tenté de les humilier – et non pas tant pour eux-mêmes qu’en tant que pays. Pour une telle grossièreté les britanniques méritaient depuis longtemps une leçon. Ce n’est pas par hasard si certains Européens ont eux-mêmes remercié les Russes pour ce qu’ils ont fait à Marseille.

Nous entendons des accusations que les fans ont mis en mauvaise posture l’équipe russe et écorné l’image du pays avant la Coupe du Monde 2018. Mais c’est ridicule. Comment parler encore d’image du pays, quand une campagne de dénigrement à grande échelle est déployée contre la Russie, y compris dans le sport.

L’Occident n’a pas besoin de prétextes pour imposer des sanctions ou des interdictions. Ils sont capables d’inventer ces prétextes eux-mêmes et de les servir avec art au moment propice. La chaîne de télévision ARD et d’autres sont toujours à disposition: dites ce que vous voulez, mais laissez-moi cracher sur la Russie.

Même si les fans russes avaient toléré en silence les provocations des Britanniques et fait des courbettes à l’UEFA, au besoin on aurait trouvé chez les joueurs de l’équipe nationale russe quelque meldonium et on les aurait éliminés du tournoi. Parce que c’est leur sport et leurs règles, où règne l’égalité, mais il y a ceux qui sont plus égaux que d’autres. Au cours des dernières années, ils ne jouent même plus à la démocratie, mais dictent directement leur volonté, même si cela est contraire à toutes les normes de la décence.

Une autre chose est que l’équipe russe a un jeu faible et il est peu probable que l’UEFA commence à s’inquiéter et recoure à la disqualification. Il serait peut-être encore meilleur et plus honorable de quitter l’Euro 2016 en tant que victimes de bureaucrates européens effrayés par les gagnants de la bataille de Marseille qu’après la défaite sur le terrain de football.

En Russie, il est admis que la violence en réponse à la violence est une honte, en particulier à l’étranger, et il y a là un sentiment chrétien salutaire. Cependant, le cas à Marseille est particulier–les Russes ont vu ici une manière de rétablissement de la justice, au moins dans la rue, lorsque la racaille qui terrifiait tout le quartier a enfin reçu une leçon dans un langage qu’elle peut comprendre.

Puisqu’une telle chose est inappropriée au niveau des relations bilatérales, et qu’en réponse à l’agression de ses «partenaires», le Kremlin, se sentant responsable de la paix du monde, est contraint de répondre en exprimant sa préoccupation et en appelant à des négociations, permettons au moins aux fans russes de s’exprimer dans la manière qui leur est propre.

Trad MD pour H&S

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Publié par le juin 18, 2016 dans Uncategorized

 

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