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Hippius sovieticus : hippie russe, qui es-tu ?

11 Juin

 http://www.lecourrierderussie.com/culture/2016/06/hippie-russie-russe/

Hippianik… la chose a donc un nom…

Chaque 1er juin depuis 1972, la communauté hippie de Russie se donne rendez-vous au parc de Tsaritsyno, à Moscou, afin d’échanger, chanter, danser, planer. Le Courrier de Russie est allé flâner avec eux.

Rencontres des hippies russes au parc de Tsaritsyno à Moscou, le 1er juin 2016. Crédits : Thomas Gras/LCDR

Stéréothippie

Il est très difficile de ne pas tomber dans le cliché quand on parle des hippies. Et encore plus lorsqu’ils sont le cliché incarné. Pieds nus, djembés, t-shirts à spirales psychédéliques et pendentifs Peace and Love… aucun élément de l’attirail du parfait hippie ne manquait à l’appel en ce premier jour de l’été russe. Réunis autour d’un arbre centenaire, ce demi-millier de joyeux lurons âgés de 7 à 77 ans célébraient « on ne sait quoi » dans une ambiance amicale, dénuée de toute revendication politique, sociale ou religieuse.

« Le Hippianik, c’est… un… un rendez-vous d’amoureux de liberté », m’explique un jeune garçon au regard hagard.

Hippianik… la chose a donc un nom…

Pas le temps d’étudier l’origine du terme : une trentaine de personnes dansent déjà en rond autour de l’arbre, évitant de justesse d’écraser le marché gratuit organisé à ses pieds et un couple qui fait l’amour-pas-la-guerre… (Expression n°14 de l’article parfait sur les hippies : utilisée)

Les hippies se doivent de faire des rondes autour des arbres. Crédits : Thomas Gras/LCDR
Les hippies se doivent de faire des rondes autour des arbres. Crédits : Thomas Gras/LCDR

Plus loin, d’autres chevelus organisent des concerts sauvages un peu partout. On y joue de tout – solos de guitare électrique approximatifs, reprises de vieux rock russe ou musique irlandaise – et surtout de rien, en gratouillant la corde entre deux bouffées de narguilé.

Car c’est tout aussi connu : qui dit hippie, dit fumette. Et le monde des Bisounours moscovites n’échappe pas à la règle. On fume beaucoup, ici, là, et encore là-bas, dans les groupes de jeunes, de cette très populaire chicha et de ces terribles cigarettes électroniques. Mais un peu moins, caché ici et là, de cette fameuse plante verte dont le nom fait rougir en Russie. Hippie ou pas, le pique-nique se déroule tout de même à Moscou, qui plus est dans un des principaux parcs de la ville – et la cinquantaine de policiers et gardiens stationnés tout autour sont là pour le rappeler.

Toutefois, cela n’a pas toujours été le cas, se rappellent avec nostalgie les plus anciens – les hippies « nés en URSS ». Anton, Moscovite de 35 ans participant au Hippianik depuis une quinzaine d’années, a ainsi souvenir de folles soirées passées autour du fameux arbre. « Jusqu’en 2007, le palais de Tsaritsyno était en reconstruction, et le parc était relativement sauvage. Nous pouvions faire la fête toute la nuit, cuisiner sur le feu… Beaucoup dormaient même sur place, dans des tentes », raconte le jeune homme, avant de s’allumer une pipe.

Autre temps, autres mœurs… Preuve en est : les plus âgés – qui se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main – ont souvent beaucoup plus de mal à reconstituer le puzzle de leur mémoire. À l’image de Vassili, 57 ans, qui répond présent à l’événement depuis 30, 35… 40 ans ? « Je ne sais plus trop, confie-t-il d’entrée de jeu. Je me souviens surtout qu’à l’époque, les gens venaient de toute l’URSS en autostop. C’était l’occasion de partager des contacts pour de futurs voyages », explique-t-il.

Juin 71

La première fois que le derrière d’un hippie a foulé la prairie de Tsaritsyno remonte au 1er juin 1972. Selon toute vraisemblance, l’initiateur du rassemblement était le charismatique Iouri Solntse (Bourakov), leader du plus célèbre mouvement hippie des années 1970 à Moscou, Systema.

L’idée originelle de la rencontre était un mélange de genres. Officiellement, l’événement célébrait le premier jour de l’été et la Journée internationale de l’enfance – des motifs dignes d’être fêtés aux yeux d’une société soviétique peu emballée par ces jeunes aux cheveux longs.

Rencontre des hippies à Tsary, dans les années 1990. Crédits : hippy.ru
Rencontre des hippies à Tsaritsyno, dans les années 1990. Crédits : hippy.ru

Mais, officieusement, on se donnait rendez-vous à Tsaritsyno pour rendre hommage à la page la plus tragique de la jeune histoire du mouvement : le 1er juin 1971, au cours d’une manifestation contre la guerre du Vietnam en direction de l’ambassade des États-Unis à Moscou, près d’un millier de hippies ont été encerclés et interpellés avec force par la police.

« Certains ont été mis en prison ou en hôpital psychiatrique, d’autres envoyés à l’armée ou virés de l’université, se remémore Maria Gavrilina, qui avait 16 ans à l’époque. On m’a attrapée par le jean et jetée dans une voiture de police avant de me frapper. Personne ne veut me croire, mais c’est le cas. »

Car l’événement – la toute première manif’ de ces hippies en herbe – était en réalité un piège tendu par le KGB pour s’exercer en situation réelle à la technique de la matraque, a reconnu, 40 ans plus tard, l’agent en exercice du FSB (ex-KGB) Alexandre Maximov. « Il faut resituer le contexte. C’était en 1971, soit un an avant la première visite d’un président américain en URSS. Nous savions aussi que Moscou devait accueillir les Jeux olympiques en 1980. Et les services secrets se préparaient à ces événements. Cette arrestation des hippies était une opération commune du KGB et de la police, une sorte de répétition du nettoyage des éléments indésirables dans la ville », a récemment déclaré à Moskva24 M. Maximov.

Jusqu’alors, les hippies, dont le monde soviétique découvrait à peine l’existence, n’avaient jamais défrayé la chronique. Leur mode de vie, calqué largement sur celui de leurs cousins occidentaux, se résumait principalement à porter des cheveux longs et des vêtements amples, écouter du rock et boire du vin chaud, explique Terje Toomistu, réalisatrice d’origine estonienne du film documentaire Soviet Hippies.

« Leur mouvement était une résistance passive aux normes de la société soviétique : à la manière dont il fallait s’habiller, se comporter ou obéir afin de plaire à ses parents et au gouvernement. Certes, on peut dire la même chose des hippies occidentaux, mais le contexte soviétique a ceci de spécifique que le pouvoir en place était plus ferme. Les hippies russes ont donc subi des répressions bien plus violentes que leurs camarades de l’Ouest », précise la jeune femme, qui travaille sur ce projet depuis quatre ans.

La tradition

Et quarante-quatre ans plus tard, l’aura des hippies soviétiques flotte toujours sur le parc de Tsaritsyno, même si les pionniers du mouvement se font chaque année de plus en plus rares. Jeunes et moins jeunes sont encore nombreux à venir écouter le concert sauvage annuel d’Anna Guerasimova, alias Oumka, chanteuse emblématique d’une génération de libertaires sans barrières, ceux-là mêmes que la société aime qualifier d’anarchistes, beatniks ou autres punks.

Pour Volodia, petit barbu âgé d’une trentaine bien tassée, ce « devoir de mémoire » est propre à la communauté russe. « Il n’y a qu’en Russie qu’il reste de vrais hippies. Car les Russes sont très traditionnels. Ils respectent les traditions et ceux qui en sont à l’origine. Nous nous en souvenons et nous les propageons au sein des nouvelles générations », insiste le jeune homme, qui répond présent à l’invitation de dame Hippie depuis 20 ans.

Pour les « vrais de vrais », une autre rencontre est également organisée, chaque 1er avril, autour de la statue de Gogol, près de la station de métro moscovite Kropotkinskaïa. C’est toujours cliché, mais ce n’est pas une blague.

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Publié par le juin 11, 2016 dans Uncategorized

 

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