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Messianisme, prophéties et utopie et la tentation du désert…

07 Juin

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Une amie, Béatrice a retrouvé ce texte écrit en 2004 (est-ce un hasard puisqu’alors je quittai le PCF et je cherchais dans mon périple autour du globe la manière dont le communisme était encore vivant). J’ajouterai à ce texte cette référence essentielle: quand les hébreux arrivent du désert dans la terre promise qui regorge de fruits, pendant un an ils s’interdisent de cultiver pour bien marquer que la terre n’appartient à personne, qu’elle prête ses fruits. Mais pour revenir à ce texte dont je continue à partager chaque ligne et qui explique à la fois mes engagements d’une vie et mon refus de reconnaître Israël, autant que les écœurements périodiques que j’éprouve devant les jeux politiciens, les chausses-trappes et la médiocrité, l’échange d’un bien matériel et d’un petit pouvoir contre l’exode dans et vers l’utopie, Béatrice l’a retrouvé, il faisait partie de la brochure « Emancipation juive/Emancipation humaine », écrits d’aujourd’hui, Exposition au siège du Parti communiste français, 1er mars 2004…… Socialisme ou barbarie disait Rosa, elle aussi marquée par ce principe espérance… (note de Danielle Bleitrach le 7 juin 2016)

Messianisme, prophéties et utopie.

Une ligne unit les cinq livres de Moïse (L’Exode en particulier), la Thora aux prophètes et de là au message de Jésus le nazaréen, celui d’un communisme primitif de nomades qui ignore la division du travail et la propriété. C’est aussi une ligne de révolte et de réalisation sur la terre de la société juste. Le Messie ne promet pas le paradis mais l’utopie réalisée.

L’Exode est l’histoire d’un peuple asservi par Pharaon qui fuit sa servitude sous la direction de Moïse, lui-même inspiré par Yahweh, Dieu de la délivrance. Le premier acte de Moïse est d’abattre un garde chiourme. Dans le désert, il n’y a pas de propriété, pas de riches, pas de pauvres, le peuple est nourri selon ses besoins par la manne. L’infidélité du peuple se manifeste par l’adoration du veau d’or. L’exode est la première manifestation historique du peuple juif, la Genèse qui précède n’est que le mythe de l’humanité mais l’exode est aussi le temps de la réalisation d’une utopie, celui où un peuple vivra dans la justice et recevra la Terre Promise. L’exode d’Egypte redouble celle du fondateur, Abraham qui quitte Our, déjà Babylone, la ville et ses inégalités, son immoralité pour vivre d’élevage dans le désert.

Le plus ancien des prophètes (vers 740 av. J.C.) Amos, qui affirme lui-même être un pauvre berger, subsistant de la cueillette des baies dit la colère de Yahweh qui est celle des pauvres :« J’enverrai le feu dans Juda et il dévorera les palais de Jérusalem… Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales. Parce qu’ils brisent sur la poussière du sol la tête du pauvre et qu’ils égarent les petits ». {Amos, 2, 5, 7) ou encore : « Je hais vos fêtes et j’en ai le dégoût, je n’ai aucun attrait pour vos cultes… Mais plutôt que jaillisse l’équité comme une source et la justice comme un courant intarissable ».

Mêmes accents chez Isaïe :
« // en escomptait la justice et voici le sang répandu, de la droiture, et voici des cris de détresse, malheur à vous qui ajoutez maison à maison et qui joignez champ à champ, jusqu’à ce qu’il n ‘y ait plus de place, et que vous restiez seuls propriétaires du pays » (Isaïe, 5, 7, 8)

« C’est un peuple qu’on pille et qu’on dépouille ; on les a tous enchaînés dans des cachots, fait disparaître dans des prisons ; on les met au pillage sans que nul ne les délivre, on les dépouille, et personne ne fait restituer » (Isaïe, 42, 22)

Les diatribes des prophètes contre la richesse et la tyrannie se doublent de celles contre les faux dieux. Baal en particulier qui est, comme le veau d’or, le dieu de la richesse. Le Livre des rois renseigne sur le contraste entre les famines et l’opulence de Jérusalem basée sur une féroce exploitation où les débiteurs sont vendus comme esclaves à l’étranger.

Les prophètes comme les nazaréens portent encore l’habit du désert, le manteau de crin. Samson, Samuel et Elie sont des nazaréens comme Jean-Baptiste plus tard. Au temps de l’exode a succédé celui de la possession de richesses, celui des violences entre riches et pauvres, le temps de l’iniquité.

Certains interprètent, à travers les prophètes, l’alliance entre Yahweh et les juifs comme une sorte de masochisme intégral qui pousserait ce peuple à subir les colères de son Dieu avec reconnaissance. Une autre interprétation est possible, celle d’un peuple qui vit un moment de rupture, le passage d’une situation encore présente dans les mémoires qui est celle d’éleveurs nomades à une installation dans des villes avec leurs riches marchands, leurs puissants qui asservissent la majeure partie du peuple.

Les prophètes qui demandent le retour à l’âge d’or et la fin de l’enrichissement de certains et les menacent des pires châtiments de la part de Yahweh ne font pas appel à un masochisme ontologique mais, au contraire, à l’espoir de vengeance des opprimés. Ce qui serait plus dans la logique d’un peuple qui prône la loi du talion et du Dieu de vengeance qu’il vénère. Même Job refuse de reconnaître des péchés imaginaires, il se contente de décrire ses plaies matérielles et d’affirmer qu’il n’est pas coupable. Dieu finit par lui donner raison.

Mais l’Ancien testament n’est pas unique, il reflète des traditions et des écritures différentes. Une des lignes parmi les plus fortes est incontestablement la continuité entre un communisme primitif de nomades, vécu comme l’âge d’or ou, comme le dit Jérémie à propos de l’exode dans le désert, le temps des « fiançailles d’Israël » avec Yahweh et l’espérance messianique du retour de cet âge d’or où chacun vivra selon ses besoins :

« Vous tous qui êtes altérés, venez à la source des eaux, et vous qui n’avez pas de
nourriture, venez manger ! (Isaïe, 55.1).

Certes, l’alliance entre Yahweh et son peuple est privilégiée, l’âge d’or du messianisme est réservée avant tout à Israël mais viendra le temps où tous les peuples seront concernés :
« Car de Sion doit sortir la loi, et de Jérusalem la parole du seigneur. Il sera l’arbitre des nations, le gouverneur de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances des serpes. Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on ne s’entraînera plus à la guerre. Mais chacun demeurera sous sa vigne et sous son figuier,
sans que personne ne l’inquiète » ( Isaïe, 2)’°;

Dans les temps de détresse, et ceux-ci ne manqueront ni au peuple d’Israël au cours de son histoire, ni aux opprimés de tous les peuples, naît cette vision d’un monde meilleur comme une lumière trouant la nuit qui est presque une utopie sociale. Ce qui sépare le juif de sa Jérusalem perdue ce n’est pas la mort et le passage d’ici à l’au-delà, mais une période, un temps comme dans l’utopie.

Comme le répètent depuis des siècles les familles juives le soir de pâques : « L’an prochain nous serons à Jérusalem ! ». Mais Jérusalem ou Sion est plus qu’une terre située en Palestine, elle est l’exode et l’espoir de la fin d’une condition humaine opprimée :
« Infortunée, battue par la tempête et sans réconfort, voici que je vais te bâtir en pierre de Jaspe et te poser des fondations de saphir… Tu seras fondée sur la justice, tu seras exempte de toute oppression, n’ayant rien à craindre, et de toute terreur, car elle ne pourra t’atteindre » ( Isaïe, 54, 11 et 14).

Que ce soit à travers le christianisme ou directement par le judaïsme, nombreux sont les penseurs du communisme comme utopie et même du communisme comme mouvement et fin de leur action révolutionnaire qui ont été nourris de ces thèmes bibliques. Ce n’est sans doute pas un hasard si nombreux ont été les révolutionnaires d’origine juive qui ont trouvé dans la condition de leur communauté autant que celle de l’humanité et dans leur culture de quoi alimenter leur engagement.

Danielle BLEITRACH,
sociologue

 
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Publié par le juin 7, 2016 dans Uncategorized

 

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