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Le nouveau petit social libéral italien Matteo Renzi ne fait pas recette à Rome…

07 Juin

Italie : la candidate populiste en tête des élections municipales à Rome

Italie : Matteo Renzi chahuté aux municipales par le M5S de Beppe Grillo. Ce qui se passe en Italie devrait être médité. Matteo Renzi dont la politique est comparable à celle de Hollande  Valls et Macron parait contesté partout, mais le challenger qui se dessine le mouvement de Beppe Grillo n’est-il pas destiné à assurer la stabilité d’un tel pouvoir? Jusqu’à quand ?

Le premier tour des élections municipales, dimanche 5 juin, pour 13 millions d’électeurs, dans 1 342 communes – dont Rome, Milan, Turin et Naples – parait un signal d’alarme pour le Parti démocrate (PD, de centre  gauche) dirigé par le premier ministre, Matteo Renzi. Ce parti dont nos médias et les technocrates de l’Europe, le patronat vantait la capacité de réforme en opposant l’Italie moderne et docile à la France conservatrice (sic) et rebelle a connu une incontestable défaite, en particulier à Rome.

Ce qui nous parait essentiel, c’est que comme l’Italie n’a plus de parti communiste, il n’a plus de véritable opposition mais sur les ruines de ce parti a prospéré une gauche de centre social libérale comparable à celle que nous promettent un Valls et Macron. Des groupuscules se réclamant du communisme sont divisées en chapelles ayant chacune leurs bonnes oeuvres au plan international, mais en revanche prospèrent des organismes et des individualités comme  le Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 Stelle ou Cinque Stelle – M5S), créé par Beppe Grillo.

Ce mouvement dont je dirais qu’il parait être le produit incestueux de Podemos et de Marine Le Pen, lancé à partir de l’équivalent de l’opération Coluche, a  créé la surprise à Rome où sa candidate Virginia Raggi arrive largement en tête (35,6 %) des suffrages. Elle peut  déjà se projeter vers une victoire à l’issue du second tour qui aura lieu le 19 juin.
A Rome, ville qui se relève à peine du scandale « Mafia capitale » et dont le précédent maire trop à  gauche (Ignazio Marino) pour Matteo Renzi qui a participé à la manière dont il  a été contraint à la démission pour une affaire de fausses notes de frais, la gauche disons des « frondeurs » est en mauvaise passe, son candidat, Roberto Giachetti, 55 ans, se qualifie de justesse pour le second tour, mais il est distancé de 11 points par Virginia Raggi.

Mais les situations sont constrastées. A Milan, Giuseppe Sala (41,6 %), ancien commissaire de l’Exposition universelle 2015, ne parvient pas à creuser  l’écart contre son adversaire de centre droit, Stefano Parisi (40,9 %). A Naples, la représentante du PD, Valeria Valente, est éliminée dès le premier tour, au profit d’un autre populiste, le maire sortant De Magistris. A Turin, le maire sortant, Piero Fassino (41,8 %), est contraint à un ballottage difficile contre la candidate du M5S, Chiara Appendino (31 %), tout comme Virginio Merola à Bologne, fief historique de la gauche italienne.

En fait si la victoire de Rome a marqué les esprits Matteo Renzi conserve néanmoins les clés du pouvoir. En fait en bon stratège de la communication qui sait que l’important n’est pas de gagner mais d’affirmer qu’on a gagné Beppe Grillo avait choisi de présenter dans 150 villes des candidats labellisés par lui, dont Rome où il pourrait faire un coup d’éclat et il a réussi. Ce qui le met en bonne position pour que le duel au plan national se joue désormais entre Grillo et Renzi.

Les grands perdants se situent à droite. Face à la politique de Matteo Renzi qui occupe leur terrain, il s’agissait de tester une tactique. En rassemblant derrière lui toutes les composantes, des centristes à la Ligue du Nord en passant par Forza Italia, son candidat fait jeu égal avec le PD à Milan. Unie encore, elle se qualifie pour le second tour à Bologne et à Naples. En revanche, divisée, comme à Rome, entre Alfio Marchini (10,7 %) et la droite extrême (Fratelli d’Italia et Ligue du Nord) qui soutenaient Giorgia Meloni (20,7 %), elle est éliminée. Partisan de l’union, Silvio Berlusconi, qui a gouverné le pays à trois reprises grâce à cette stratégie, peut prétendre avoir eu raison de persister dans cette idée, du moins au regard des résultats à Milan et à Bologne. Au contraire, Matteo Salvini, le jeune leader du parti xénophobe et antieuropéen de la Ligue du Nord, qui a refusé toute alliance avec Forza Italia et les centristes à Rome et à Turin, échoue apparemment dans son entreprise.

En fait au vu des résultats, comme l’a voulu Beppe Grillo, le jeu se joue entre lui et Matteo Renzi, ce qui est une chance pour ce dernier et pour les forces capitalistes et européenne qui visiblement le soutiennent, lui et sa docilité dans les « réformes ».

L’exemple italien avec ses différences est tout à fait intéressante pour la France, ici la « gauche » moderne, décomplexée qui a adopté les idées néolibérale et suit les diktats européens est en tête même avec les résultats des municipales. Il n’y a plus de parti communiste, mais une vague populiste autour d’un individu qui rafle tous les mécontentements et en fait sinon un programme au moins l’occasion d’une dénonciation tout azimut des « élites » sans toutefois choisir entre Mélenchon-Podemos, Syriza et Marine Le Pen, ce qui lui garantit un certain succès dans une Italie marquée par les souvenirs du fascisme autant que l’influence d’un parti communiste et qui vit au niveau de la population une crise profonde.

Ce que cherche ainsi Beppe Grillo  c’est faire succéder à l’alternance droite gauche un « choc des idées », les idées de Beppe Grillo consistent à « lutter contre les gaspillages, réduire le budget des élus, dénoncer l’incurie des parlementaires et grâce aux économies soutenir les petits entrepreneurs ».

Le mouvement de Beppe Grillo n’est pas structuré comme un parti, un tout petit groupe autour du chef et un label accordé à des équipes locales, le web sert de relais.On ne peut manquer d’être frappé par certaines ressemblances avec la situation française ne serait-ce que l’indifférence affichée à ces résultats électoraux, en effet Matteo Renzu affirme qu’il ne s’agit pas d’un vote politique et que l’action gouvernementale se poursuit et pour marquer la dite différence il a décidé, dimanche, de rendre  visite à l’équipe nationale de football qui se prépare pour l’Euro. En effet, il reste en meilleure position, la droite a reçu un coup. Le mouvement populaire de Beppe Grillo peut lui faire espérer rassembler autour de lui.

Autre différence-ressemblance, dans ce pays où longtemps a dominé intellectuellement un parti communiste qui représentait un électeur sur trois, sur ses ruines a surgi une gauche qui occupe le terrain de la droite et un mouvement qui n’a plus d’organisation, mais un chef lié au web avec des supporters locaux et des candidats qu’il labellise.

Le capital, l’Europe a face à son candidat, la meilleure des oppositions possible et si cela n’est pas suffisant il reste le recours au fascisme sur ce champ de ruines politique.

Danielle Bleitrach
L

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2 Commentaires

Publié par le juin 7, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Le nouveau petit social libéral italien Matteo Renzi ne fait pas recette à Rome…

  1. Pierre

    juin 7, 2016 at 10:08

    La suite logique du positionnement 5 étoiles, c’est de ne pas payer d’impôts à l’égal d’un Miguet (Rassemblement des Contribuables) qui représente les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie haineuse à l’égard des partageux et qui évite soigneusement de dénoncer la financiarisation , l’évasion fiscale etc.

    Cette frange de la bourgeoisie qui se présente sous les valeurs morales du « qui paye profite » veut le désengagement de l’Etat, et utilise les combines de ses propres ressortissants pour convaincre l’opinion que seul l’Etat répressif et son alliance avec les entreprises liées aux associations privées caritatives peuvent rétablir une « justice » d’affectation, en procédant à un profond désengagement de l’Etat et des collectivités territoriales.

    Quant au mouvement communiste en Italie, il est à l’image de cette logique du retour de la toute puissance de l’individu et de son égo comme sujet. Plus personne ne veut faire l’effort du vivre ensemble et du projet collectif qui oblige à un renoncement de soi au profit du groupe. C’est à mon sens la limite profonde du projet du grand théoricien Antonio Gramsci et sa théorie de la praxis. Quand une telle théorie est vraiment mise en application, comme aujourd’hui, elle produit un véritable effet d’explosion face au vécu individuel forcément conflictuel, où l’ami d’hier devient l’adversaire d’aujourd’hui. Personne ne veut plus se taire et tout le monde entend imposer, en partant de son vécu, sa vision du monde.

    Je ne continue pas de défendre la thèse de l’antihumanisme théorique, par simple snobisme ou par fantaisie intellectuelle. Elle redevient aujourd’hui centrale, elle est la mauvaise solution, à quoi je me résous, notamment face à la réalité des bouleversements démographiques d’aujourd’hui et de l’immense migration de population à quoi nous assistons.

    Le résultat c’est la monté de l’extrême-droite en particulier dans les milieux populaires qui se sentent dépossédés de leurs habitats et de leurs emplois. Ces milieux se posent-ils des questions humanistes ? Pas du tout ! Cette histoire de l’humanisme est l’opium idéologique par quoi la petite bourgeoisie (au premier rang, la petite bourgeoisie intellectuelle) cherche à se donner bonne conscience, par une hypertrophie de la place de l’individu dans l’histoire et du respect de ses droits.

    Pour moi toute cette idéologie nie le marxisme en tant qu’il n’analyse pas la place d’individus dans l’histoire, mais en ce qu’il décrypte l’histoire des sociétés comme une succession de systèmes, féodaux, capitalistes, communistes et les systèmes n’ont que faire des individus, qu’on le déplore ou le constate.

    Là où nous en sommes, il faut laisser les italiens aller au bout de leurs logiques, la France est dans la même situation, le mouvement populaire est au début de sa désagrégation, de toute façon, les sociétés actuelles ne supportent plus que l’on fasse taire les subjectivités. Il faut que les peuples fassent leur expérience. Où le mouvement communiste est utile et correspond encore à quelque chose de notre époque, ou il disparaîtra.

     
    • histoireetsociete

      juin 7, 2016 at 2:15

      je suis assez d’accord avec votre analyse et y compris votre conclusion, mais j’ajouterai comme Fiel Castro: alors l’humanité périra;..

       

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