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Daech, al-Nosra, Armée de l’Islam : les sept familles du djihad en Syrie

05 Juin

Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré que Washington a demandé à Moscou de ne pas cibler la branche d’al-Qaida en Syrie, le Front Nusra,  Sergey Lavrov a déclaré que la Russie a longuement insisté sur le fait que les modérés, les groupes d’opposition soutenus par les US devraient quitter les zones occupées par Nusra. Il a dit dans un discours télévisé que la Russie et les Etats-Unis sont engagés dans un dialogue étroit sur la façon d’obtenir un cessez-le-feu en Syrie, mais il a ajouté que la lutte contre le groupe Etat islamique et Nusra devrait être une priorité absolue. »Ils nous disent de ne pas frapper (Nusra), parce qu’il y a une opposition ‘normale’ à côté .. », a déclaré Lavrov. « Mais cette opposition doit quitter les positions des terroristes, nous avons longuement discuté cette question. » Voici pour compléter cet échange, la manière dont le Figaro décrivait les groupes engagés en Syrie (note de Danielle Bleitrach)

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Des vidéos circulent montrant des terroristes syriens utilisant des civils loyalistes du régime comme bouclier humain. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie ? Alain Rodier fait le point sur les multiples groupes djihadistes en présence.

Spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée, ancien officier au sein des services de renseignement français, Alain Rodier est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).


LE FIGARO. – Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), des groupes de rebelles syriens auraient utilisé des otages civils (alaouites loyalistes au régime) dans la région de la Ghouta, près de Damas, comme boucliers humains en vue de dissuader le régime d’effectuer des raids aériens. Ils n’appartiendraient ni à Daech ni à al-Nosra, mais à l’Armée de l’Islam («Jaich al-Islam»). Quelle est l’importance de cette organisation?

Alain RODIER. – Jaich al-Islam (l’Armée de l’islam) est un mouvement salafiste nationaliste, c’est-à-dire qu’il inscrit son combat dans une perspective syrienne et pas internationaliste comme Al-Qaida «canal historique» ou Daech. Il est dirigé par Mohammad Zahran Allouche qui, un temps, dépendait de l’Armée Syrienne Libre (ASL). C’est le groupe rebelle le plus important dans la banlieue de Damas et en particulier dans le quartier de la Ghouta. Le nombre de ses combattants est estimé à 10 000, un certain nombre ayant été libérés des geôles syriennes en 2011 quand Bachar el-Assad a tenté une ouverture vers l’opposition. Jaich al-Islam est soutenu par l’Arabie saoudite et le Qatar. Il a refusé de rejoindre une nouvelle coalition qui s’est formée en octobre 2015 à Damas baptisée Jund al Malahim (les Soldats de l’aventure). Elle regroupe le Front al-Nosra, la branche armée d’Al-Qaida «canal historique» en Syrie, le Ahrar al-Sham (les Hommes libres du Levant) et le Ajnad al-Sham (les soldats du Levant). Lors de sa création, la nouvelle coalition a affirmé que la Oumma (la communauté des croyants) a subi une «attaque féroce» au Levant et partout ailleurs. Les «Russes ont rejoint cette attaque mettant les pieds dans les pas des apostats [les chiites], des croisés et de leurs alliés». Le refus de Jaish al-Islam peut s’expliquer par son souhait d’apparaître comme «modéré» en n’entretenant pas de relations avec le Front al-Nosra.

Parallèlement, Jaich al-Islam appartient au Front Islamique (FI) patronné par Riyad qui unit sept mouvements salafistes dont le Ahrar al-Sham qui lui, dépend aussi du Jund al Malahim et qui a donc des relations avec le Front al-Nosra! Allouche est le chef militaire du FI et Hassan Aboud, l’émir d’Ahrar al-Sham le chef politique…

Combien existe-t-il de mouvements «secondaires» tels que l’Armée de l’Islam? Quelle est leur taille et leur implication sur le terrain?

Il existe des centaines de groupes qui ne sont souvent que des groupuscules ; ceux-ci ne représentent qu’un village, un quartier ou un petit territoire. Leurs objectifs sont alors essentiellement locaux. Pour compliquer l’affaire, il n’est pas rare que plusieurs groupes portent le même nom sans compter ceux qui en changent régulièrement. Enfin, des activistes passent d’une organisation à l’autre quand ils n’appartiennent pas à plusieurs à la fois. Il est donc extrêmement difficile de déterminer l’appartenance exacte des différents protagonistes que l’on peut rencontrer.

Quelles relations entretiennent-ils? Sont-ils rivaux ou alliés?

Pour tenter de faire simple, en dehors de l’Etat Islamique (EI, ou Daech) qui est un cas à part, il existe plusieurs coalitions qui combattent sur différents fronts en Syrie. Du Nord au Sud on peut distinguer:

– le Jaich al-Fateh (l’Armée de la Conquête, 30 000 hommes) composé du Front Al-Nosra, d’Ahrar al-Sham et de cinq autres mouvements. Cette coalition a conquis la province d’Idlib au printemps 2015 et menace Lattaquié à son sud-ouest, Alep à son nord-est et Hama à son sud.

C’est le risque de déstabilisation que fait peser cette coalition sur le régime de Damas qui a obligé les Russes à intervenir à la fin septembre de cette année. A noter qu’à Alep, il existe aussi une autre coalition, Ansar al-Charia, qui comprend 13 formations dont le Front al-Nosra et Ahrar al-Sham. Comme cela a été évoqué précédemment, il n’est pas rare qu’un mouvement appartienne simultanément à plusieurs coalitions. Le Jaich al-Fateh bénéficie de bases arrières en Turquie et de l’appui discrets des pays du Golfe persique.

– A Homs, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham, Daech et quelques groupuscules placés sous la bannière de l’Armée Syrienne libre (ASL) sont très actifs.

– Damas: voir la réponse à la première question ajouté au fait que Daech y a dépêché quelques activistes sur zone.

– Deraa: l’opposition est regroupée dans une coalition appelée «le Front sud» commandée par le Lieutenant colonel Majeed al-Sayed Ahmad. Des éléments de l’ASL se sont fondus dans la brigade Yarmouk (un des cinquante mouvements qui composent cette coalition). Le Front sud est soutenu par la Jordanie, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive. Tous ces groupes s’entendent assez bien globalement même si des litiges financiers peuvent survenir ici ou là, en particulier sur le partage des fonds accordés par les mécènes des pays du Golfe persique.

En parallèle de ces coalitions, les Kurdes tiennent une partie de la frontière syro-turque (le Rojava). Mais ils ont aussi cédé à la mode. A savoir qu’une coalition appelée les «Forces démocratiques syriennes» (FDS) qui regroupe les Unités de protection du peuple kurde (YPG/YPJ), le bras armé du parti de l’Union démocratique (PYD) proche du PKK, et des forces arabes et Syriaques (le Jaysh al-Thuwar, les forces Al-Sanadid, la brigade des groupes d’Al-Jazira et de l’état-major Bourkan al-Firat). En fait, c’est est loin d’être une nouveauté car ces mouvements se coordonnaient déjà au sein d’un état-major commun (joint opération room) pour combattre Daesh lors de la défense de Kobané puis à l’occasion de la prise de Tall Abyad, le poste frontière avec la Turquie qui contrôle une importante route rejoignant Raqqa, la «capitale» de l’État Islamique. A noter que ces forces ne se sont jamais opposées à celles de Bachar el-Assad, ce dernier ayant évacué les zones kurdes en 2011-2012. Lorsque les Etats-Unis affirment qu’ils veulent que l’opposition syrienne s’empare de Raqqa, c’est à cette coalition qu’ils font référence et qu’ils appuient. Le problème réside dans le fait que l’intérêt des Kurdes syriens n’est pas de pousser vers le sud (vers Raqqa) mais d’unifier le Rojava en franchissant l’Euphrate vers l’ouest depuis Kobané. Or, les Turcs ne l’entendent pas de cette oreille! L’armée turque a même tiré des coups de semonce vers le YPG/YPJ.

Les Kurdes ne se battent généralement pas contre les autres groupes rebelles à l’exception de quelques accrochages avec le Front al-Nosra. Par contre, c’est la guerre ouverte avec Daech. Il faut dire que ce mouvement ne tolère que ceux qui font allégeance à son calife, Abou Bakr al-Baghdadi.

Ont-ils une stratégie établie? Laquelle?

Si Daech, le Front al-Nosra et les Kurdes du PYD ont une stratégie bien établie, les autres mouvements semblent avoir des visions à courte vue. Ils veulent surtout préserver leur autonomie localement, voire s’étendre légèrement territorialement.

Globalement, Al-Qaida «canal historique» et Daech s’opposent mais il s’agit en réalité d’une guerre des chefs. Abou Bakr al-Baghdadi remet en question l’autorité du docteur Ayman al-Zawahiri et inversement. C’est u

ne sorte de conflit des générations. Mais en fait, le salafisme-djihadisme est leur idéologie commune. Des unités des deux formations parviennent à coopérer sur le terrain syrien -particulièrement dans la région d’Alep- car leurs adversaires sont les mêmes. La crainte est qu’il y ait un jour une union sacrée entre les deux mouvements. Heureusement que l’ego d’al-Baghdadi l’empêche de rentrer dans le rang car al-Zawahiri est tout à fait disposé à l’accueillir s’il fait repentance.

La communication par des vidéos qui sont diffusées partout est-elle une pratique partagée par l’ensemble des factions?

Cela dépend de l’importance et des moyens des mouvements. Généralement les groupes de moindre importance ne cherchent pas à communiquer en dehors de leur sphère d’influence. Par contre, Daech et le Front al-Nosra se livrent une concurrence médiatique acharnée. Par exemple, le Front al-Nosra a sorti les deux premiers numéros d’une revue nommée Al Risalah (le message) afin de concurrencer Dabiq, son homologue de l’EI. Al-Qaida «canal historique» continue à publier régulièrement sa propre revue Inspire diffusée par sa branche yéménite, Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) ; Il existe aussi une version en français: Dar al-Islam.

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Publié par le juin 5, 2016 dans Asie, extrême-droite

 

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