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Les coups d’État de velours par Jacques Lancière

04 Juin

Les coups d'État de velours

Ecrit par Jacques Lanctôt

Je délaisse aujourd’hui momentanément la politique québécoise pour parler d’une série d’événements qui sont en train de se produire en Amérique latine et qui risquent de mettre un terme au progrès social qu’on observait depuis quelques dizaines d’années sur ce continent.

Après l’Argentine, où le gouvernement progressiste de Cristina Kirchner a perdu le pouvoir à la suite de campagnes de salissage comme on en a rarement vu, puis le Brésil où un autre coup d’État de velours vient de se produire, c’est maintenant au tour du Venezuela de subir des attaques de toutes sortes dans le but de renverser un gouvernement progressiste dûment élu. Faudrait être aveugle pour ne pas voir derrière ces tentatives concertées de déstabilisation, la main du gouvernement américain qui veut reprendre le contrôle de son arrière-cour. Ces mêmes tactiques ont déjà été éprouvées au Chili dans les années soixante-dix et ont mené au renversement sanglant du gouvernement légitime de Salvador Allende. Même le pape s’est récemment montré préoccupé de cette situation, mais tout se passe comme si, dans nos médias, y compris ceux de gauche, il n’y avait rien à signaler de ce côté.

De quoi s’agit-il? De susciter un climat de mécontentement général au sein de la population, en créant artificiellement des pénuries de toutes sortes. Plus de sucre, plus de farine, plus de lait, plus de pain, de moins en moins de viande, etc. Pénuries de pétrole qui entraînent des coupures d’électricité et de longues files d’attente dans les stations-service. Dans le pays qui possède les plus grandes réserves pétrolières au monde, comme le Venezuela, avouez que cela a de quoi étonner. Vous imaginez une telle chose au Québec?

Pourtant ces produits existent bel et bien, ils sont stockés dans des entrepôts, bien à l’abri de la population qui n’en peut plus de souffrir et de perdre son pouvoir d’achat. De guerre lasse, elle descend dans la rue pour réclamer la chute du gouvernement. Parfois ces manifestations tournent à la violence, tel que prévu dans les plans de ceux qui conspirent contre les gouvernements légitimes. Les journaux se mettent de la partie. Ici comme ailleurs, les médias ne sont certes pas sous le contrôle des gens qui pensent en faveur des gagne-petit, des sans voix, du 99 %. Ils organisent, eux aussi, d’énormes campagnes publicitaires pour réclamer la chute du gouvernement en argumentant que les libertés fondamentales sont systématiquement violées. La situation devient rapidement explosive et propice à une intervention extérieure.

Au Brésil récemment, cela a pris des proportions grotesques où ce sont des voleurs, des corrompus notoires qui ont obtenu momentanément le départ de la présidente Dilma Rousseff. Le Brésil est un gros morceau dans l’échiquier latino-américain. C’est la première économie et, tout comme au Venezuela, on a empêché le gouvernement progressiste de fonctionner normalement depuis des mois, pour susciter le mécontentement populaire, alors qu’aucune accusation de corruption ne pèse contre la présidente du pays.

Au Vénézuela, les forces militaires américaines ne cachent plus leur désir d’intervenir dans le pays pour rétablir «l’ordre démocratique», comme ils l’ont fait ailleurs, au Guatémala, en République dominicaine, ou en Irak, pour ne mentionner que ces trois pays. Elles ont même publié un document , «Opération Venezuela Freedom 2», où elles expliquent les différentes étapes pour parvenir au renversement du gouvernement de Nicolas Maduro. Ce plan est déjà en marche.

En Bolivie, la défaite du président Morales, qui tentait d’obtenir, par référendum, la possibilité de gouverner pour un quatrième mandat, est essentiellement due à la campagne médiatique mensongère orchestrée par l’ambassade américaine à La Paz. On s’est attaqué à sa vie privée durant les cent jours qui ont précédé le référendum, en alléguant qu’il entretenait une relation secrète avec une actrice blonde bien connue, qu’elle aurait obtenu des contrats du gouvernement, qu’il avait eu un enfant avec cette femme, etc. Tout cela s’est avéré faux, mais le mal était fait.

Tous ces coups d’État de velours procèdent de la même façon: ingérence américaine dans la gouverne du pays et manipulation médiatique. Et cela ne risque certainement pas de changer, avec l’élection de l’un ou de l’autre des candidats aux élections présidentielles américaines.

Jacques Lanctôt

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