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Mai 68 en France, vu de l’Amérique latine…

03 Juin
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Carlos Aznarez

https://borrokagaraia.wordpress.com/2016/05/28/francia-no-es-el-68-pero-se-le-parece/

Cet article bien informé mesure les chances du mouvement et étudie la stratégie syndicale face au gouvernement de Hollande (le faux socialisme). Il a le mérite de bien situer les enjeux et de le faire en montrant que tout dépend de notre capacité à tenir bon et à notre manière de faire monter la pression jusqu’au 14 juin.  (Danielle Bleitrach)

Comme dans ces jours glorieux de mai 68, il y a maintenant, 48 ans, toute la France est dans la rue, montrant que leurs travailleurs ont une limite à leur patience contre l’avidité capitaliste,et que celle-ci a déjà été dépassée. La raison fondamentale de ces énormes mobilisations, marquées par des centaines de combats au corps à corps avec les gendarmes envoyés par le gouvernement de François Hollande, est une réforme du travail très controversée qui a déjà en février, alors qu’elle n’était pas encore soumise au Parlement, avait été rejetée par les syndicats. Hollande n’a pas voulu alors entendre la protestation, et avec un mépris total pour la volonté populaire a réagi  d’abord avec son arrogance habituelle.

Rien de moins que ce qui se passe maintenant: le texte de cette loi, dont le président dit qu’il est prêt à la défendre  « jusqu’au bout » implique la primauté de la négociation directe entre l’employeur et l’employé, au-dessus du code du travail et conventions collectives; Elle établit un plafond d’indemnisation pour licenciement abusif et impose des conditions économiques justifiant le licenciement. Le texte est dans la  ligne des réformes que Bruxelles exige de la France et le Premier ministre Manuel Valls comme Emmanuel Macron, ministre de l’Economie l’ont défendu sous le prétexte qu’il donne de l’aisance aux entreprises. En outre, comme en Argentine ou au Brésil, comme Mauricio Macri et Michel Temer, ils affirment qu’ « elle est bénéfique pour les plus jeunes et donne plus de garanties aux travailleurs. »Certes, nous sommes dans une époque où les mesures les plus brutales tentent de se vendre dans un paquet dans un joli emballage accompagné d’attitudes visant à édulcorer la tragédie.

L’annonce d’une telle législation a causé un émoi dans les syndicats français en difficulté, qui connaissent crise après crise, un comportement qui ne correspond pas aux exigences de ses membres, en particulier en ce qui concerne  la Confédération française réformiste du travail (CFDT), qui a choisi d’obtenir quelques changements légers, notamment en ce qui concerne la suppression de la limite d’indemnisation. Cependant, les autres entités du mouvement ouvrier, avec plus d’intuition ou parce qu’elle sont  historiquement inclinées vers la gauche, n’ont pas douté un instant qu’une telle provocation gouvernementale ne pouvait avoir d’autre réponse que la  lutte organisée et dans la rue. Ainsi la CGT et Force Ouvrière, FSU et SUD ont commencé à rencontrer les organisations d’étudiants et les mouvements sociaux pour préparer le «soulèvement général» selon le terme  d’un ancien  dirigeant syndical .

Face aux premières escarmouches syndicales, le gouvernement a accéléré le processus et ce mois de mai au lieu de le mettre en débat au Parlement, a appliqué une loi d’urgence qui vous permet de valider le texte sans modifications supplémentaires et sans discussion des  députés. Autrement dit, il passe directement au Sénat et bientôt reviendra vers les Députés où s’il y avait des objections il serait  approuvé « par la force des armes ».

La loi, qui a fait que  70 pour cent de la population témoigne de différentes façons de l’insatisfaction a évidemment le plein appui du noyau dur du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF), dirigé par la millionnaire de droite  Laurence Parisot, alors que paradoxalement, les principaux partis d’extrême droite s’y opposent, car ils la considèrent comme  trop «molle» par rapport à la réalité que vit le capitalisme français.

Fatigués d’espérer et de controverses qui ont ralenti les dispositions qui leur sont favorables, et convaincus que la loi est seulement le début d’une politique destructrice de tous les liens de solidarité sociale et de la préservation des conquêtes historiques de la classe ouvrière, les syndicats ont décidé de jouer l’affrontement dans une confrontation à grande échelle. Depuis lors, ils ont déjà mené huit grands jours de protestation nationale. En termes concrets, cela signifie des manifestations massives des travailleurs, des étudiants et divers activistes sociaux dans la capitale française et les grandes villes qui sont prêts à montrer au gouvernement faussement socialiste que la force de l’opprimé n’est pas quelque chose qui peut être facilement négligé.

Ainsi, les principaux terminaux pétroliers et nucléaires ont été paralysés, tandis que de nombreux barrages se produisent le long des routes, accompagnés de l’apparition d’un phénomène qui est non seulement européen mais parcourt le monde: des milliers de jeunes encapuchonnés pour protéger leur identité contre la répression, et  créent des affrontements à grande échelle avec la police et les gendarmes gouvernementaux. Réapparaissent les images connues de Che Guevara dans la fumée des barricades, accompagnés de poings levés et de malédictions contre l’impérialisme yankee, la social-démocratie française et de Vivas pour le commandant bolivarien Hugo Chavez. Encore une fois, les peuples savent de quel côté de la barricade est chaque protagoniste.

Dans la chaleur de ces manifestations commence aussi à revendiquer le pouvoir un mouvement comme Nuit Debout, il est apparu à la suite de la grande mobilisation du 31 mars sur  Place de la République, et qui rappelle les meilleurs moments des « indignés » à Madrid. Il est un noyau occasionnel jeune et «non marqué», qui vise à construire une « convergence des luttes ». Organisé en commissions (coordination, logistique, réception et santé, communication, etc.), les  décisions sont prises par consensus lors des assemblées générales…

 

Dans la chaleur de la «bataille»,  à laquelle sont venus s’associer les conducteurs des grandes entreprises ferroviaires et les contrôleurs de la navigation aérienne (en situation de paralyser une grande partie des vols internationaux, pour le 14 Juin), il est annoncé également une grève dans tous les aéroports du pays pour 1, 2 et 5 juin. La RATP, la société qui gère le réseau de métro de Paris et d’autres transports urbains de la capitale, a appelé à une grève illimitée de 2 juin, et la compagnie de train SNCF est paralysée par ses travailleurs tous les mercredis et jeudis, grève qui pourrait aussi devenir illimitée à partir du 1er juin. À l’heure actuelle, les blocages dans les dépôts de carburant et les raffineries, malgré les tentatives des autorités pour évacuer les zones occupées ont laissé non ravitaillées 30% des stations de gaz. La situation a incité le gouvernement à utiliser les réserves disponibles dans le pays.

Si ce soulèvement était insuffisant pour la poussée qui est livrée contre les politiques néolibérales représentées par Hollande (qu’on appelle déjà à la démission dans toutes les protestations de la rue), les syndicats savent qu’ils ont un autre moyen de pression et c’est de renforcer les mesures en vigueur déjà annoncées lors de la célébration du Championnat d’Europe, dont le début est annoncé le 10 Juin. En ce moment-là, les syndicats soutiennent qu’ils vont atteindre le point culminant de la confrontation, et ils supposent que le gouvernement devra relâcher son obstination ou « brûler le pays » de tous les côtés à la fois. .

Le défi  est planifié et tout dépend de la manière dont il sera tenu. D’une part, il faut savoir si le mouvement de protestation a assez d’endurance, dans le gradualisme qu’il s’est imposé, pour obtenir la victoire, ou si au contraire, comme cela est arrivé à d’autres occasions, les politiques d’ «assouplissement» envers certains ou directement la répression à une échelle massive, ne conduisent pas à un nouveau revers. Les enjeux sont élevés, et pour l’instant, la rue est toujours le baromètre de l’immense réponse apportée au capitalisme et à ses provocations.

 
1 commentaire

Publié par le juin 3, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Mai 68 en France, vu de l’Amérique latine…

  1. jehaislescookiesj

    juin 5, 2016 at 12:50

    « Elle établit un plafond d’indemnisation pour licenciement abusif »
    Le plafond pour licenciement abusif devrait être vingt ans de prison, comme pour le viol, eh ! psychologiquement c’est ce que c’est bien souvent.

     

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