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La question ouvrière refait surface par Edouard Birov,journaliste

03 Juin

Cet article est le produit d’un petit jeunot qui écrit dans la presse pro-Poutine, mais on sent qu’il a un peu été formé  en Union Soviétique et surtout qu’il exprime ce que pensent de nous les Russes (et pas seulement les russes, l’article publié aujourd’hui par un observateurs de l’Amérique latine va dans le même sens, ces Français mesurent-il dans quoi ils se lancent? ), mais ce qui est le plus intéressant c’est cette idée majoritaire actuellement chez les Russes: les travailleurs occidentaux ont obtenu des avantages sociaux pas parce qu’ils se sont battus réellement mais parce que le capital avait peur de nous les soviétiques. Résultat ils ont bénéficié de notre Révolution et nous pas, pire encore tout le monde dit du mal de nous. C’est dans le fond la même problématique que Francophonia de Soukourov. Vous jouez à la Révolution mais vous êtes des enfants gâtés…  Ne pas oublier que ce naïf jeune homme est de droite, du parti de Poutine (Danielle Bleitrach)

2 juin 2016,
Photo: archive personnelle

http://www.vzglyad.ru/opinions/2016/6/2/814073.html

Le spectre du mouvement ouvrier du XIXe siècle hante l’Europe. L’ouvrier et l’employeur capitaliste sont à nouveau des ennemis de classe: les uns veulent optimiser les coûts en réduisant les garanties sociales, d’autres appellent à monter aux barricades.

Cependant, ces mêmes travailleurs français ne réclament pas une journée de travail de neuf heures et l’interdiction du travail des enfants, comme au XIXe siècle, mais la préservation d’une journée de six ou sept heures et un certain nombre de privilèges. Mais le degré d’opposition n’en est pas moindre.

En France, depuis plusieurs mois se produisent des émeutes, des affrontements avec la police, des milliers de manifestations. Des fermetures de routes, des centrales nucléaires fermées, des raffineries a l’arrêt, des files d’attente pour l’essence.

La tentative de changer le code du travail a suscité une résistance violente, et il ne s’agit pas seulement de l’habitude française de protestations, mais le signe d’un conflit social émergent. La question du travail, qui semblait résolue et tombée dans l’oubli, revient sur l’avant-scène de l’histoire.

L’Europe de l’Ouest de la seconde moitié du XXe siècle dans la confrontation avec le bloc soviétique était devenue un véritable paradis social. Dans la lutte pour les esprits et les estomacs de millions de citoyens ordinaires, les propriétaires des grands capitaux et productions de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne ont été contraints d’augmenter les garanties sociales des travailleurs en contre-poids à la construction d’un « avenir communiste radieux » en URSS.

Par exemple, les congés payés pour les travailleurs en France, sont apparus seulement en 1936, 14 ans après la résolution de Lénine sur le droit de tous les travailleurs soviétiques à des vacances payées. Suite à l’afflux de simples travailleurs sur la côte de la mer Noire en Russie, les stations balnéaires européennes ont également vu les ouvriers et les petits fonctionnaires, qui auparavant n’étaient accessibles qu’aux riches bourgeois.

 

Le spectre du mouvement ouvrier du XIXe siècle hante l’Europe (Photo: Laurent Cipriani / AP / TASS)

Les mouvements de gauche et les syndicats, en dépit de leur tâche officielle de protéger les intérêts des travailleurs, ont toujours été utilisés dans le jeu politique.

La seule question était de quel côté et dans l’intérêt de qui. La question ouvrière en Russie a abouti à la guerre civile au profit des concurrents étrangers, tandis que dans les pays occidentaux le résultat a été des normes sociales élevées au prix de perturbations mineures.

La destruction de l’URSS et du bloc soviétique il y a 25 ans a fait apparaître que le capital occidental n’avait plus aucune motivation extérieure pour maintenir un niveau élevé de garantie sociale pour des millions de travailleurs.

Cependant, ses bureaucrates européens sous le contrôle des sociétés transatlantiques n’ont pas osé y toucher ouvertement, et ont inventé un truc appelé économie post-industrielle: une partie de la production a été délocalisée dans les régions où la main-d’œuvre ne coûte pas cher (en Asie), et les travailleurs locaux se sont recyclés dans des emplois de bureau. Le nombre d’emplois directs dans le secteur manufacturier a été réduit par centaines de milliers.

Pendant un temps, il semblait que, finalement, le problème du travail était résolu. Cependant, après le début de la grande crise en 2008, dont le mécanisme se renforce avec chaque année qui passe, il est devenu clair que les coupes dans les services sociaux étaient inévitables. Le grand capital s’est trouvé une bonne excuse pour se débarrasser des « dépenses inutiles. »

Des experts, élevés dans l’esprit du néo-libéralisme, nous ont expliqué que les problèmes dans l’économie européenne venaient des dépenses inutiles sur les garanties sociales pour les travailleurs. En 2013, le roi des Pays-Bas a ouvertement averti que  » le conte de fées économique européen » était terminé, qu’un niveau de vie élevé pour l’ ensemble de la population ne pouvait se faire au détriment de l’Etat et des affaires. A partir de maintenant, chaque Européen devrait prendre soin de lui-même. Le roi était trop cruel pour ses sujets, de sorte que ses paroles n’ont pas trop été diffusées dans les médias européens.

Cependant, le processus a commencé. Et l’Union européenne a commencé à forcer les gouvernements européens, sous couvert d’optimiser le budget, à réduire les dépenses sociales et le niveau de protection des travailleurs. Si les gens ordinaires ont au début espéré que cela affecterait seulement les Grecs, très vite tous les bénéficiaires de salaires en euros – de la Roumanie à la France – ont senti le premier contact des mains froides du grand capital.

Oui, au début, il s’agit de l’intention modérée et même ridicule pour les Russes d’augmenter la durée de la semaine de travail de 35 à 45 heures et de supprimer la règle interdisant deux postes de travail (sans repos) consécutifs. Mais la libéralisation des relations de travail ne se limitera pas là.

Il est évident que, dans l’avenir, tous les leviers clés de la gestion des droits des travailleurs seront transférés à l’employeur sur la base de contrats individuels. Et la réalité du XIXe siècle, lorsque les travailleurs suppliaient qu’on leur paye leur salaire, comme une charité, les jours de fête, peut se reproduire dans le XXI siècle.

En Russie, cependant, la réalité prérévolutionnaire est de retour depuis longtemps. Après l’effondrement de l’URSS, le capitalisme sauvage, ou plutôt le crime organisé, a ramené les travailleurs au rang de marginaux. L’élite post-soviétique n’avait rien à produire, les usines avaient été volées, les gens mouraient ou se lançaient dans le commerce – tout cela a été appelé «marché libre».

Dans les années 2000, la dégradation totale de la production a été stoppée, et la majorité des citoyens a pu accéder à des revenus grâce comme ailleurs au travail de bureau, mais le statut et les conditions de travail étaient toujours extrêmement bas.

Si les enseignants et les médecins dans les cinq à sept dernières années d’efforts de l’Etat ont été tirés de la misère, leurs salaires et sécurité augmentés à un niveau acceptable, en revanche les ouvriers du bâtiment, les techniciens, les travailleurs d’usine, pour ne pas mentionner les ouvriers non qualifiés, subsistent comme au temps des premières manufactures: faible salaire versé dans des enveloppes; longues heures de travail –ils peuvent aussi bien être amenés à enchaîner deux journée de travail que voir leur semaine coupée en deux et leur salaire avec; et les conditions de travail sont parfois révoltantes.

Les employeurs ignorent le code du travail et dictent leurs conditions sous la menace de la concurrence des travailleurs migrants. Les autorités locales, intéressées seulement par le PIB et l’investissement de la part des entrepreneurs, ferment les yeux sur l’arbitraire dans les relations avec les travailleurs. Et ce malgré la pénurie aiguë de travailleurs qualifiés!

Au cours des dernières années, le problème du travail est exacerbé par un nouveau facteur technologique –la robotisation. Le brillant avenir tant attendu par les futurologues, où les gens n’ont pas besoin de faire quoi que ce soit grâce à l’automatisation, devient une réalité. Des robots de plus en plus sophistiqués et des machines automatiques, des systèmes cybernétiques complets remplacent efficacement les travailleurs dans la production et pas seulement.

Selon le rapport du Forum économique mondial 2016, à l’horizon 2020 les robots et les nouvelles technologies peuvent laisser sans emploi 5 millions de personnes . Déjà, des milliers de robots occupent des milliers d’emplois, où les gens pourraient travailler. Ainsi, la société Adidas, qui depuis 1993 a délocalisé la plupart de sa production en Asie, a annoncé aujourd’hui le lancement d’une nouvelle usine en Allemagne, mais ses baskets seront produites seulement par des robots, il n’est pas prévu de créer des emplois.

En Chine même, la robotique est également en mouvement: une entreprise de construction de premier plan China Vanke prévoit de remplacer 30% du personnel par des robots. Selon l’Américain Michael Osborn, 47% de tous les emplois aux États-Unis ont un haut degré de risque d’automatisation dans les deux prochaines décennies.

Et il ne s’agit pas seulement des emplois sur machine (dans l’assemblage des voitures déjà plus de 80% des opérations sont réalisées par des mécanismes), mais aussi des postiers, couturières, caissiers, serveurs, conducteurs. Le secteur du bâtiment est sous la menace des imprimantes-3D. La profession de trayeuse a disparu depuis longtemps – les vaches sont traites par des dispositifs spéciaux.

La robotique est extrêmement avantageuse pour les entrepreneurs: réduction des fonds dévolus aux salaires, aucun temps d’arrêt (pauses cigarette, repos, problèmes personnels), efficacité élevée grâce à des processus normalisés. Après tout, les robots ne disposent pas de droits et ne font pas de réclamations en vertu du code du travail –il suffit d’un entretien minimal et quelques réparations.

Dans le même temps, c’est un processus objectif permettant vraiment d’augmenter l’efficacité de la production. Il a déjà été appelé la quatrième révolution industrielle. Si bien que le remplacement des humains par des machines automatiques est une affaire de quelques décennies, et cela ne fera qu’aggraver la situation des ouvriers et des travailleurs en général. Une façon de résoudre le problème serait le recyclage des travailleurs dans des emplois hautement qualifiés et la gestion.

Ici, l’Etat doit jouer un rôle clé: encourager les employés à la formation, et les employeurs à payer pour cela, créer des programmes spéciaux de formation accessibles à tous, etc. Cependant, le nombre de spécialistes a priori est inférieur à celui de travailleurs peu qualifiés, et donc le problème ne sera pas résolu pour autant… Par exemple, Bill Gates a invité l’Etat à payer un supplément aux entrepreneurs pour la préservation des emplois pour les personnes, c’est-à-dire, d’introduire une sorte de prime sociale au lieu de la charge sociale.

Dans tous les cas, la question du travail, qui semblait avoir sombré dans l’histoire après l’ère du développement rapide du capitalisme industriel, a retrouvé sa pertinence dans la crise de l’économie post-industrielle. Et il faudra la résoudre rapidement et efficacement. Sinon, le problème, comme au début du XXe siècle, risque d’être instrumentalisé par les révolutionnaires et les radicaux. Et pas nécessairement dans l’intérêt des travailleurs.

 

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Publié par le juin 3, 2016 dans HISTOIRE

 

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