INTOX. Pour les opposants au syndicat, le fait est établi : la CGT n’est qu’un syndicat minoritaire qui ne représenterait qu’une infime partie des salariés. C’est donc sans légitimité qu’il se permettrait de mener la France à «la chienlit». Pour discréditer le mouvement, ses détracteurs n’hésitent pas à brandir un chiffre : le syndicat ne représenterait que 3% des salariés. Le chroniqueur droitier Eric Brunet raille sur RMC : «Un syndicat qui représente 3% des salariés a réussi à vider une loi de son sens. Bravo la CGT !» Le vice-président du FN Nicolas Bay rappelle les vrais problèmes :

« La ne représente que 2,6% des salariés. Il y a un vrai problème de représentativité des syndicats. »@Lopinion_fr

DÉSINTOX. En voulant saper la légitimité de la centrale, ses détracteurs confondent représentativité et nombre d’adhérents. 2,6%, c’est en effet peu ou prou la part des salariés français qui ont pris leur carte à la CGT en 2013 selon le Monde. Une part à mettre en perspective avec le faible taux de syndicalisation en France. Alors que 55% des Belges, 67% des Suédois et carrément 85% des Islandais sont syndiqués, il n’est que de 7,7% en France selon l’OCDE.

Mais réduire la représentativité d’un mouvement à son seul nombre d’adhérents relève du non-sens. En 2013, la CGT revendiquait 688 000 adhérents, soit 2,6% des salariés français. Mais si l’on effectue le même calcul pour le PS (111 000 adhérents revendiqués au 30 avril selon le parti), Les Républicains (238 000 au 1er janvier selon le parti) ou le FN (83 000 selon le parti) en les rapportant aux 45 millions d’inscrits sur les listes électorales, on arrive à ces taux mirifiques : le FN représenterait 0,18% des électeurs potentiels, le PS 0,25%, et LR, 0,53%. A eux trois, ces partis «représentent» donc moins de 1% des électeurs potentiels. C’est évidemment absurde.

Ce que Philippe Martinez, patron de la CGT, a d’ailleurs fait remarquer, rappelant que son syndicat compte plus d’adhérents que tous les partis politiques réunis. «À elle seule, la CGT a plus d’adhérents que l’ensemble des partis politiques en France et c’est eux qui nous parlent de légitimité», a-t-il déclaré sur RTL le 23 mai.

La représentativité d’un syndicat se mesure davantage, comme celle d’un parti, à l’aune des résultats électoraux. Lors des dernières élections professionnelles de 2013, où 5,4 millions de salariés s’étaient exprimés (42% de participation). La CGT avait dépassé d’une très courte tête la CFDT, avec 26,77% des voix contre 26%.

C’est d’ailleurs en se basant sur cette audience qu’est estimée très officiellement la représentativité des organisations syndicales en France. Le poids attribué en 2013 à chacun des cinq syndicats reconnus comme représentatifs est le suivant CGT (30,62%), CFDT (29,74%), la CGT-FO (18,23%), CFE-CGC (10,78%), CFTC (10,63%).

Pauline Moullot