Près de deux mois après le début des mobilisations contre la loi travail, le journal financier Il Sole-24 Ore n’en finit pas de se frapper le front. Non seulement la contestation ne faiblit pas, mais elle monte en intensité avec le blocage des raffineries et la grève annoncée dans les centrales nucléaires. Le contexte international, de surcroît, lui donne un relief particulier.

“Hier [24 mars], le contraste était frappant, écrit Il Sole. D’un côté nous parvenaient les nouvelles d’Athènes, où le Parlement a approuvé un nouveau paquet de réformes structurelles indispensables au possible accord d’aujourd’hui à l’Eurogroupe” – de nouvelles privatisations, une hausse des taxes indirectes, ainsi qu’un mécanisme de “pince coupante”, qui viendra tailler automatiquement tout budget qui sortirait du cadre fixé par les créanciers du pays.

De l’autre nous parvenaient les images d’une France prise en otage par les revendications outrancières de certaines organisations syndicales qui prétendent au retrait de la loi sur le marché du travail.”

Mais la Grèce n’est pas la seule à avoir accepté de changer, poursuit le journal italien.

Le Portugal, l’Espagne, l’Italie et l’Irlande ont fait de même. Et bien avant elles, l’Allemagne, à l’époque où Paris allait contre l’histoire en faisant le choix scélérat des 35 heures. Se peut-il que seule la France résiste ?”

 

De saintes paroles

La loi El-Khomri était pourtant “très prometteuse”, “une véritable petite révolution”, se désole le journal, dont l’actionnaire majoritaire est la Confindustria, l’organisation patronale italienne.

Il a suffi que quelques étudiants descendent dans les rues et que les syndicats fassent la grosse voix pour que le gouvernement – délégitimé par son impopularité, son manque de courage et ses propres hésitations, engage la marche arrière. [Et s’oriente vers] une version édulcorée.”

“Il y a une France qui travaille, une France qui produit, une France qui croit en son avenir”, a dit mardi le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. “De saintes paroles, commente Il Sole. Mais qui, pour l’heure, se heurtent à l’autre France.”