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Un conflit irréconciliable et le droit à l’insurrection

14 Mai

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« La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consultée. Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie. Ils n’étaient, de leur aveu même, que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain. »

Maximilien de Robespierre – 1758-1794 – 29 juillet 1792

Il ne s’agit pas de la seule institution qui manifeste une telle rupture entre « l’élite » et le peuple, la plupart des partis, des associations fonctionnent de cette manière et se réfèrent à une hypothétique opinion publique pour mépriser celle de leurs citoyens. L’opinion publique étant une créature imaginaire inventée sur les plateaux de télévision et qui répond aux questions que personne ne pose. Pourquoi inventer une telle créature imaginaire en ignorant les protestations bien réelles de ceux qui agissent, manifestent, mais aussi désertent votes et partis ?

Les conflits internes existent, ce qui se passe au PS n’est pas simple manœuvre d’appareils pour couvrir large, c’est une décomposition entre factions qui choisissent sans conviction une position et abandonnent en rase campagne, oui la politique est devenue une champ de ruines où l’on se pose en s’opposant. Le spectacle ne vaut guère mieux ailleurs… La représentation populaire a effectivement perdu toute relation avec la nation avec ce peuple dans lequel Robespierre voyait une boussole. Est-ce qu’un replâtrage constitutionnel suffira ? On peut en douter et c’est ça qui rend la situation dangereuse, l’absence de perspective d’une changement profond.

Nous sommes devant un ébranlement qui atteint l’énorme superstructure par laquelle les hommes prennent conscience du conflit irréconciliable avec la société et de la nécessité de mener le conflit jusqu’au bout. Face à une situation indépendante de leurs volontés aucune forme de conscience sociale ne parait adéquate à la volonté de changement. Une situation décrite non seulement par Robespierre, mais éclairée par Marx pour qui cette non représentation des institutions n’est que le produit de rapports de production devenus un véritable frein au développement des forces productives, matérielles et humaines.

 

Le résultat général auquel j’arrivai et qui, une lois acquis, servit de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi: dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives maté- rielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel – qu’on peut constater d’une manière scientifiquement rigoureuse – des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se lait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.

Karl Marx Contribution à la critique de l’économie politique. préface 1959

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3 Commentaires

Publié par le mai 14, 2016 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Un conflit irréconciliable et le droit à l’insurrection

  1. Pierre M. Boriliens

    mai 14, 2016 at 7:53

    « Ce qui ‘‘ s’effondre ’’ à travers les formes d’évolution de la crise, c’est la capacité du capital à se reproduire socialement. Mais ce qui ne s’écroule pas de soi-même, ce sont les formes de conscience constituées par le capital ou ‘‘ formes objectives de pensée ’’ (Marx). Dans la mesure où la limite historique du capitalisme est atteinte, on voit naître une très forte tension entre l’absence de possibilité de poursuivre la valorisation réelle et la conscience générale qui a intériorisé les conditions d’existence capitalistes et qui ne peut (ou ne veut) s’imaginer autre chose que de vivre dans ces formes. Notre tâche, difficile, c’est de dissoudre cette tension dans le processus de résistance à la gestion de la crise, si nous ne voulons pas que le capitalisme s’achève par une catastrophe mondiale » (Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, p. 94).

     
  2. COTTY jean-Louis

    mai 14, 2016 at 8:45

    Texte prémonitoire mais nous sommes en 2016 « à situation concrète analyse concrète »

     

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