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Critique: anticommunisme quand tu nous tiens, tu nuis à l’intelligence de ton propos

01 Mai

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A propos de  l’article sur notre livre paru dans Positif de ce mois -ci (mai 2016),. je dois dire mon admiration pour son auteur Jean-Louis Bourget. Bravo d’abord  pour avoir su dénicher sur 400 pages serrées, une phrase et une seule consacrée à la résurgence du nazisme en Ukraine, ce que Jean-Louis Bourget veut bien admettre vrai, il y a six mois il l’aurait nié probablement. Donc bravo pour ce regard acéré, mais pourquoi diable y consacrer 1/5 e de son article et toute la conclusion.  C’est déjà excessif, mais quand de surcroît on fait dire à ladite phrase n’importe quoi, quand on transforme le constat de la résurgence du nazisme en Ukraine en un  développement sur Staline et Poutine tout à fait hors sujet, c’est que le mal est profond. Alors doublement « Bravo », parce que dans  ce cas-là l’auteur de l’article a bien du mérite à avoir réellement lu l’ouvrage et il l’a lu jusqu’à l’apprécier..  Pour aller au bout de la logique à l’œuvre dans les salles de rédaction aujourd’hui, la plupart des journalistes à ce niveau d’hallucination anti-Poutine,  se contenteraient de se signer en prononçant quelques exorcismes et ils refuseraient tout compte-rendu pas J.L.Bourget et la revue Positif, que leur amour du cinéma en soit remercié…  Je réitère mon hommage, à ce stade de l’antisoviétisme ou tel un alcoolique en proie au délirium on voit des petits Poutine-Staline glisser entre les pages de l’ouvrage d’une manière tout à fait incongrue, avoir eu l’honnêteté de lire ledit livre et somme toute l’avoir bien lu tient du miracle.

Parce que Jean-Louis Bourget  a bien compris le livre, son propos, et il n’a rien à lui opposer sur le fond, au contraire, on le sent intéressé, alléché même, la promenade dans Prague l’a séduit, on le voit au fil des pages murmurant « Tiens je n’y avais pas pensé! » et on a alors envie d’ouvrir le dialogue avec lui. Comme j’aurais aimé pouvoir discuter du fond qu’il a si bien perçu, en particulier sur l’entente antinazie de Brecht et Lang. Que pense-t-il de l’idée que cette entente est  politique, éthique mais aussi esthétique? Et que faut-il en tirer comme définition réelle de l’esthétique pour des artistes de cette trempe?  Que pense-t-il de l’épique chez Lang? La réalité des contradictions chez Brecht, l’illusion des apparences chez Lang? Il a compris l’importance de la rencontre à Berlin autour de M le Maudit, l’opéra de Quat’sous et Peter Lorre.  Je crois que nous aurions pu avoir un vrai dialogue sur ce fond s’il ne s’était trouvé encombré d’un anticommunisme primaire et un anti-poutinisme hors de saison puisque je n’ai jamais prononcé même ce nom honni à défaut de celui de petit père des peuples…

Le critique de Positif s’honore en effet d’une lecture attentive et curieuse d’un ouvrage dont il note lui même l’intérêt. Il tranche à ce titre sur le reste de la presse. Non seulement il est interdit de publier le moindre compte-rendu favorable de notre livre à Marianne et moi, URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre, Delga, non seulement il est interdit de faire état de ce qui se passe réellement à Odessa, mais voici qu’un autre de mes ouvrages tout à fait universitaire et peu polémique se trouve à nouveau lu sous le prisme de l’antisoviétisme devenu russophobie. On se dit que c’est une maladie de la pensée puis on finit par apprécier celui qui ose aller jusqu’à reconnaître quelques qualités à un livre, être intéressé par le sérieux de la démonstration… Même si parfois cela pousse à chercher la vétille.

A ce titre, le thème de dictature élue pour décrire le régime politique des  USA est de Lang lui-même et non de Brecht, ni de Danielle Bleitrach, par contre l’idée du fascisme comme non le contraire de la démocratie mais celle-ci poussée jusqu’au bout par temps de crise est bel et bien de Brecht. La plupart des corrections proposées par JL.Bourget mériteraient débat sur le thème de la réalité et de la représentation y compris la référence à Saint Ignace de Loyola que je n’ai jamais pris pour un abbé de cour, mais dont l’église Saint Nicolas à Prague fait un abbé de cour, emporté dans les volutes du baroque, comme d’ailleurs la référence à Poussin dans le chef d’oeuvre inconnu de Balzac… Quant au fait que Godard ne serait pas Michel Piccoli pas plus que la pipe de Magritte n’est une pipe, je ne défendrai donc pas l’indéfendable de la représentation. Il suffit de voir comment il est habillé, ses relations avec jack palance autant qu’avec Bardot-Karina…

Comme j’aurais aimé pouvoir discuter avec l’auteur de l’article sur toutes ces questions au coeur de ce livre… Prague n’est pas Prague, Heydrich n’est pas Heydrich et Piccoli n’est pas Godard… Pourquoi y mêler Poutine?

Que dire d’une telle critique? Qu’elle a le mérite d’exister, que son auteur a pris la peine de lire l’ouvrage ce qui n’est pas si fréquent, mais que malheureusement elle prouve à quel point l’anticommunisme primaire nuit à la qualité par ailleurs évidente de ce type de travail, qui est aussi intéressant qu’agaçant par des a priori qui prennent le pas sur la qualité de l’ouvrage autant que sur ce qui est dû au lecteur.

C’est plus fort que moi, tant que je verrai les mêmes se tortiller d’aise devant l’auteur de « Bagatelle pour un massacre » et insulter le stalinisme de François la colère, j’aurais des doutes sur la nécessité de la destalinisation. Tans que je verrai un compte-rendu sur un livre consacré à deux antinazis comme Brechet et Lang parasité par une phrase qui légitimement se contente de noter, ce qui est une évidence, la résurgence sous parapluie de l’oTAN, des négationnistes et des admirateurs des nazis, le danger de troisième guerre mondiale que fait peser la multiplication  en Europe de foyers de ce type, donc tant que je verrai un travail de 5 années ainsi parasité, je continuerai à affirmer l’urgence d’une prise de conscience de l’ampleur du négationnisme, tous les négationnismes. C’est mon boulot d’intellectuelle tel que je le conçois.

Hier samedi, il y a eu à Vénissieux une journée de débat tout à fait passionnant, le matin était consacré aux luttes sociales… Le soir Jean Salem, Rémy Herrera, Georges Gastaud et moi nous devisions du communisme, en attendant la conclusion d’Hervé Poly. Dans la salle tout à coup a surgi   l’éternelle intervention sur le fait que c’est la classe ouvrière qui doit diriger et pas les intellectuels. Là je dois dire que j’ai perdu patience. « Mais qu’est-ce que je demande d’autre? je ne veux pas diriger la classe ouvrière, oserais-je vous avouer qu’une bonne partie de la politique, à commencer par les affres bureaucratiques des préparations des Congrès m’a toujours rasé… Je veux être débarrassé de ces jeux sans envergure ni perspective, , je veux au contraire que l’on me crée les conditions pour ne plus avoir à faire de politique, à travailler sur ce qui m’intéresse, l’histoire sa représentation au cinéma par exemple… Faute de mettre à genoux le capital, de créer un rapport des forces favorables, tout le monde en rajoute… Mais voyez-vous un certain nombre d’entre-nous ceux qui sont présents à cette table, ont choisi à leurs dépends de mettre au serive des exploités leurs capacités, d’y sacrifier leur carrière, ils ont choisi de ne pas céder sur ce qu’ils estimaient juste et vrai quitte à se voir censurés, leurs propos déformé jusqu’à la caricature… Ils ne demandent pas plus de remerciements que le militant ouvrier qui perd son emploi pour défendre le droit au travail et à la dignité, mais ils ne veulent pas non plus de leçons… .Alors par pitié prenez  le pouvoir, sauvez-nous du fascisme et de la guerre et je vous jure que votre pouvoir vous pouvez vous le garder »…

Danielle Bleitrach

 

 
1 commentaire

Publié par le mai 1, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Critique: anticommunisme quand tu nous tiens, tu nuis à l’intelligence de ton propos

  1. simione alain

    mai 2, 2016 at 5:15

    Brillante réponse! Mais untel niveau d’automatisme anticommuniste, russophobe démontre une implication des intérêts d’Etat dans l’expression soi-disant libre des masses intellectuelles! Revoir MARX! Quand une idée s’empare des masses elle devient une réalité …même fausse?
    Les moyens médiatiques permettent-ils ou non d’inventer et faire vivre une réalité virtuelle favorable aux intérêts de l’empire sans que nles protagonistes soient conscients des manipulations?
    Je lirai votre livre comme j’ai lu URSS 20 après

     

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