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La réflexion du jour, le négationnisme et l’histoire, en Pologne comme ailleurs.. Le combat pour l’histoire…

26 Avr

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Les faits: 

90% des habitants de la ville industrielle polonaise de Rzeszow (1) ont défendu les monuments polonais soviétiques

Malgré la position de Varsovie, les autorités de la ville polonaise de Rzeszow et ses habitants ont refusé de démolir les monuments soviétiques. Selon eux, cela ne changera pas l’histoire: leur ville a été vraiment libérée par l’armée soviétique.

« Les Monuments ne doivent pas être démolis. Après tout, même si le monument est démoli, l’histoire ne changera pas, « – a déclaré Maciej Hlodnitsky, secrétaire de presse du maire de Rzeszów .

Un récent sondage d’opinion montre que 90% des résidents de Rzeszów ne peuvent pas imaginer le paysage de la ville sans les monuments soviétiques

«Qui a libéré Rzeszow? – demande Maciej Hlodnitsky. – L’Armée rouge. C’ est un fait historique.  »

http://www.kpu.ua/ru/83908/90_zhytelej_polskogo_goroda_vstupylys_za_sovetskye_pamjatnyky

(1) Rzeszow est la ville principale de la partie de la Pologne dont une de mes grands-mères est issue, elle est dans le sud-est, dans les Carpathes, proche de l’Ukraine et ayant appartenu à l’Autriche. Comme disait ma grand-mère, François-Joseph a été un bon empereur pour les juifs. Le reste de la famille se trouvant dans la pire zone, celle proche d’Auschwitz, Tarnov… Avec une population de 182 028 habitants en 2012, Rzeszów est la ville la plus peuplée du Sud-Est de la Pologne et la 19e ville du pays. La ville s’est rapidement développée après 1945 en raison de l’implantation de l’industrie militaire et aérienne par le gouvernement communiste, en 1963 a été créée la plus grande université de technologie qui existe toujours. Alors que le sud-est de la Pologne a été vidé souvent de sa population et de ses industries… La proximité de la frontière fait de Rzeszów un important centre de commerce et transport entre l’Union européenne et l’Ukraine. La position majoritaire des habitants de la ville et de ses édiles est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un lieu d’affrontement permanent entre l’Ukraine, la Russie, l’Autriche-Hongrie et la Pologne, hier comme aujourd’hui.

 

Commentaires personnels

Si pardonner aux allemands a été pour moi comme pour bien des miens un processus difficile qui s’est d’ailleurs achevé par un livre dédicacé à deux antifascistes allemands, (Bertolt Brecht et Fritz Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué, Lettmotiv editeur, 2015), paradoxalement je n’ai jamais tout à fait vidé ma répulsion pour la Pologne et son antisémitisme viscéral. Toute mon enfance m’a été inculqué le mépris pour des brutes haineuses et le caractère insupportable de la vie en Pologne pour des juifs. Je n’ai jamais pu mettre les pieds dans ce pays et le rôle joué par Walesa et Jean Paul II dans la contre-révolution qui a déferlé sur l’Europe n’a rien amélioré.

Le fond de mes a priori tient à un stéréotype, je ne crois toujours pas que l’on puisse guérir les Polonais de cette maladie de l’antisémitisme. Un film récent IDA qui prétendait le faire, en fait se contentait d’attribuer tous les maux à « la juive de Staline » qui avait voulu se venger et s’était autodétruite en procureur impitoyable soviétique. Cela dit la Pologne, certains de ses historiens, revoyait son passé et le faisait parfois d’une manière honnête, en montrant la contribution réelle par pur antisoviétisme et antisémitisme, doublé de rapacité, des villageois polonais accompagnant de leurs crimes ceux de la SS. Cela se situait dans le temps des illusions sur l’Europe et l’alternative progressiste qu’elle était sensée représenter face au socialisme d’origine « moscovite ».

Oui mais voilà l’Europe loin d’être une alternative humaniste et progressiste au socialisme de l’ennemi éternel russe a déçu et c’est peu dire ceux qui avec solidarnosc avaient, aux côtés de l’Eglise, cru au paradis. Les dirigeants polonais de l’époque étaient d’ailleurs moins pro-européens que pro-américains, les liens noués avec la CIA durant la guerre froide étaient forts. Une certaine manière de se battre la coulpe sur la shoah se combinait avec cette alliance et surtout avec le tourisme des camps de la mort, Auschwitz et d’autres lieux remplaçaient dans l’économie locale, les productions désertées.

L’Europe s’avéra une terrible désillusion comme dans bien d’autres lieux, mais il ne fallait surtout pas que la nostalgie du socialisme l’emporte, le nationalisme polonais et son négationnisme non seulement des responsabilités polonaises dans la shoah, mais surtout du rôle libérateur de l’Union soviétique est devenu le nouvel enjeu. Les dirigeants européens et américains, nos médias aux ordres feignent parfois de s’en inquiéter. Mais quand tout ce beau monde accepte sans piper mot de voir les Russes interdits à la célébration de la libération d’Auschwitz, le temps est venu où le choix du fascisme n’apparaît pas selon le mot de Brecht, comme le contraire de la démocratie mais son prolongement par temps de crise. Toutes les pseudos démocraties occidentales qui nous avaient vanté l’Europe comme le modèle capable d’écarter le fascisme sont désormais plein de tolérance sur sa résurgence. Surtout si ce sont les communistes et tous ceux qui continuent à défendre l’expérience de paix et de stabilité que fut ce moment historique qui sont les victimes de cette tentative insensée d’effacement de l’histoire.

Alors comme en Ukraine, où la médiacratie et les politiques occidentaux capables de taire les exactions des oligarques flanqués d’une garde prétorienne en Ukraine, se taisent non seulement sur la destruction des monuments et tout ce qui peut rappeler au peuple qu’il y eu un temps de conquête sociale, d’essor intellectuel et artistique et une tentative de pacification touchant non seulement les haines ancestrales entre Russes et Polonais, mais un léger apaisement dans l’antisémitisme traditionnel dans le sillage de l’Eglise qui sans perdre son impact, le relâchait un temps avec le pouvoir.

Alors voilà les faits, comme en Ukraine on pratique le négationnisme sur ce que fut la seconde guerre mondiale, on emprisonne les communistes, le tout  dans le respect habituel de l’omerta qui caractérise l’ensemble de la presse française. Et c’est d’autant plus insupportable que les mêmes médias, les mêmes complices journalistiques, ceux qui ont porté aux nues un Robert Ménard se présentent eux et ceux qu’ils soutiennent en victimes de la vérité.  Nos élites bavardes et éternelles victimes du complot révolutionnaire, « passéiste » bien sûr à la mode d’un Fienkielkrautt, le pathétique et ridicule provocateur, se tairont sur la réalité de ce qui se passe en Pologne

On parlera de fascisme quand avec l’assentiment de la population, les nouveaux dirigeants se montreront eurosceptiques ou prétendront enlever ses décorations à l’historien qui avait montré l’implication polonaise dans le massacre des juifs. Mais on se taira devant l’emprisonnement des communistes, la prétention comme en Ukraine à nier le combat réel de la deuxième guerre mondiale, comme on se tait dans les pays baltes, en Ukraine, comme on tait la grande misère de la population contrainte d’aller se vendre à moindre coût dans une Europe lieu de toutes les concurrences de l’abaissement de la force de travail, vive Bolkenstein…

On préfère nous recréer un nouvel ennemi, le prolétaire basané…

Tout ce beau monde a trouvé son nouvel ennemi et son drapeau, l’identité française menacée, comme la polonaise, l’ukrainienne, l’autrichienne, j’en passe et des meilleures… Et menacée par qui, pas par ceux qui taisent les massacres d’Odessa, l’emprisonnement en Pologne, non les basanés, leur horde, comme jadis l’Allemagne nazie trouvait des complices dans ceux qui craignaient l’invasion des juifs dont personne ne voulait, mais il fallait au plus haut niveau entretenir de bonnes relations avec le régime hitlérien, plutôt Hitler que le Front populaire… On visitait même les camps devenus lieux de villégiature comme aujourd’hui ceux d’Erdogan…  Chez nous, l’arabe du coin est invité à devenir antisémite par les uns et nouveau juif par les autres mais sont-ils réellement différents ? .. On crée les antagonismes comme les souhaite l’extrême-droite, tout est péché d’Israël ou de la faute à l’Islam… Qui veut la paix? Personne, on tient à son drapeau plus qu’à la paix… . Bref nous sommes en train de former la grande famille d’une Europe en train de dériver. Non le nazisme n’a jamais été éradiqué. Et les malheureux continueront à fuir sous nos bombes à 100.000 euros pièce…

Si vous voulez vous laver le cerveau et retrouver l’histoire, le creuset d’une Pologne avant la deuxième guerre mondiale, je vous conseille de lire Alfred Döblin, voyage en Pologne, Flammarion, 2011. Döblin est un immense écrivain qui vous invite à vivre les contradictions d’une époque, le contraire de la propagande.

Le combat pour l’histoire n’appartient pas au passé, il appartient au présent et conditionne l’avenir.

Danielle Bleitrach

 

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2 Commentaires

Publié par le avril 26, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “La réflexion du jour, le négationnisme et l’histoire, en Pologne comme ailleurs.. Le combat pour l’histoire…

  1. Michel Spajer

    avril 27, 2016 at 10:16

    Votre chronique très intéressante, dont je partage en grande partie les analyses, suscite quelques réflexions pour qui s’intéresse à l’histoire de l’Europe Centrale. Il me semble utile de revenir aux conditions de « refondation » (pour utiliser un mot à la mode) de la Pologne pendant et après la guerre de 14. Comment passer de la mixité culturelle qui prévalait, pacifiquement ou belliqueusement, dans les empires (austro-hongrois, allemand, russe, ottoman) à des états-nations stabilisés? S’affrontaient alors les visions ethnicistes, les visions humanistes/tolérantes, et bien sûr la vision marxiste. Ces contradictions ont été incarnées par différents personnages, notamment Pilsudski, qui est un peu le Général de Gaulle des polonais. J’ai trouvé une trace passionnante de tout cela dans un film de 78 de Kawalerowicz, « La mort du président », qui m’a incité à plonger dans l’Histoire de Pologne de Norman Davies. Une thèse de l’Université de Michigan me semble également intéressante (Paul Brykczynski : « Political Murder and the Victory of Ethnic Nationalism in Interwar Poland »), si j’en juge par son introduction (http://www.alternatehistory.com/discussion/showthread.php?t=345539 ).
    Alors je rebondis sur l’une de vos phrases, dont vous assumez l’entière subjectivité : « Le fond de mes a priori tient à un stéréotype, je ne crois toujours pas que l’on puisse guérir les Polonais de cette maladie de l’antisémitisme ». Comme vous le savez, il est toujours dangereux de statuer sur le caractère général d’un peuple. J’ignore s’il y a des statistiques sur l’antisémitisme polonais. Concluraient-elles à 70, 80% ? Ce qui peut nous remonter le moral, c’est le travail opéré ces dernières années par une partie des polonais sur la composante juive de leur culture et de leur histoire, à l’instar des allemands. J’ai vu en 2013 le nouveau Musée d’Histoire Juive à Varsovie. Bien sûr, le parti actuellement au pouvoir en Pologne a tout pour inquiéter. Quant à « l’antisémitisme sans juif » qui remue encore, on peut le résumer par cette blague : « La preuve que les Juifs sont dangereux et tirent les ficelles de tout, c’est qu’ils sont tellement cachés qu’on ne les voit pas ! ».
    Un mot plus personnel : mon père, juif né à Kielce en 1911, arrivé en France en 28, qui avait donc connu l’ambiance agitée de l’entre deux guerres, ne gardait globalement aucune rancœur contre les polonais. Il est vrai qu’il avait cru en la Pologne communiste, mais au delà, il aimait la culture polonaise, ses écrivains, ses cinéastes, ses musiciens. Je lui ai emboîté le pas.
    Sur « Ida » : oui, on a pu critiquer ce rôle de « juive stalinienne », comme on a pu critiquer les personnages de juifs dans « La terre promise » de Wajda. Mais je ne crois pas que Pawlikowski prétende vraiment par une fiction « guérir les Polonais de l’antisémitisme ». Une telle fiction soumet à la réflexion du spectateur un entrelac de malédictions historiques où sont pris les personnages, pas un bilan. Il n’y a que les Polonais à pouvoir se guérir eux-mêmes. En lisant beaucoup, en réfléchissant beaucoup, en voyant beaucoup de films, en parlant beacoup …

    Bien cordialement.

     
    • histoireetsociete

      avril 27, 2016 at 11:11

      merci pour votre intéresssante contribution, vous m’avez très bien lu j’assume la réflexion sur l’antisémitisme des Polonais, non comme une vérité mais comme mon propre a priori qui bien sûr comme tous les a -priori a trouvé maintes fois l’occasion de se vérifier… Ce qui n’en fait toujours pas une certitude… mais orovoque une répulsion ibstintive… Bref comme le disait Brecht l’ennui avec le racisme infligé c’est qu’il vous rend raciste… je donne à voir… Bien sûr qu’il ne faut pas attribuer un trait de caractère à tous, mais il existe des fotrmations sociales plus ou moins marqués par des idéologies, religieuses en particulier… je vous remercie une fois encore pour l’apport de vos remarques…

       

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