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La réflexion du jour: Changer d’âme ou ce sera la politique de l’Autriche

25 Avr
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 Quelqu’un m’interroge : est-ce que vous connaissez un coin sur la terre où l’on peut espérer sinon vivre dans le bonheur à tout le moins en paix?..

Je répondrai par une phrase de Sénèque: « non debes mutare caelum, sed debes mutare animum ».

Sénèque, le stoïcien, le précepteur de Néron, pour lequel par ailleurs je n’ai aucune sympathie, les stoïciens m’apparaissant le plus souvent comme des courtisans corrompus qui se refont une virginité dans les mots, ils ressemblent trop à nos médiacrates.

Le pire de tous étant à mes yeux l’empereur Marc Aurèle que je lisais avec les délices narcissiques de l’adolescence face à la mer puisqu’il me conseillait d’être attachée à un rocher battu par les vagues. J’éprouvais à le lire une trouble satisfaction à me sentir incomprise et à bénéficier de tous les conforts d’une âme d’élite.  Jusqu’au moment où je me suis dit que c’était un poseur imbécile. Marc Aurèle était un réactionnaire de la plus belle eau, bénéficiant des fastes de l’empire tout en rêvant d’un hypothétique retour aux mœurs de l’antique sénat. Je l’ai méprisé et j’ai adhéré au PCF et lu Marx, Lénine mais aussi Brecht pour me ravigorer l’âme.

Ces stoïciens là ressemblent à tous nos pleurnichards qui occupent 24 heures sur 24 les médias avec leur vision purement réactionnaire du monde et qui dégoulinent d’amour d’eux mêmes, en se prétendant censuré, diffamé,  le cœur en écharpe pour défendre l’innommable infligé à la plèbe.

Donc voici ce que disait Sénèque à celui qui l’interrogeait sur l’existence d’un havre de paix: « non debes mutare caelum se debes mutare animulm », pour qui n’aurait pas compris mon latin de cuisine puisque de mémoire; « tu ne dois pas changer de ciel, mais d’âme »…

Phrase sublime  qui peut se combiner avec tous les conforts dans le sillage des possédants. Voir l’admiration éperdue devant toutes les manœuvres politiciennes pour surtout ne rien changer sauf à aggraver la seule condition des plus pauvres.

Pour que rien ne change, il faut stériliser le nouveau en lui donnant les traits d’un jeune ambitieux à la Macron, qui nous la rejoue Rastignac « A nous deux Paris! » (match), en nous proposant le slogan de Guizot: « enrichissez-vous! »

L’avenir de la restauration impossible alors que déjà se dressent les barricades d’un long dix-neuvième siècle qui cherche le chemin d’une nouvelle révolution. Le peuple, ce caliban écarté, affreux, bêtes et méchant qui s’abstient tandis que nos « élites » s’accommodent d’un fascisme qui le frappe.

Nous sommes dans des temps crépusculaires, c’est clair au plan politique, en France en particulier, où l’on s’épuise à écoper le char de l’Etat qui comme en ces temps navigue sur un volcan. Nous assistons à l’agonie de la reconversion de la gauche derrière Mitterrand. Face à l’offensive menée contre l’URSS, celui-ci nous offrit le socialisme européen et ce faisant accéléra la défaite de la gauche, du socialisme anticommuniste. Mitterrand cette figure faisandée de la vie provinciale, des compromis et meurtres coloniaux, totalement réactionnaire, acheta l’élite de gauche en lui offrent l’utopie européenne et les prébendes du courtisan. Le monde, lui connaît un autre crépuscule, celui du capitalisme qui cherche à maintenir une hégémonie défaillante, celle des Etats-Unis. D’autres concurrents impérialistes se pressent, aboutir à un monde polycentrique entre grands prédateurs, course de vitesse locales et internationales, la fin de l’Etat providence et la montée au firmament des Etats répressifs, des complexes industrialo-militaires. Face à ce monde , Hollande nous rejoue à l’infini du Mitterrand, pour gagner les primaires dans les couloirs de Solférino. Le vide… En utilisant à plein l’enfermement du politique sur lui-même et le mépris des cris de la plèbe qui partout dans le monde fuit la misère et les bombes…

Y a-t-il un seul individu conscient des réalités pour attendre quelque chose d’un négociateur comme Hollande face au traité transatlantique? Mais n’est-ce pas injuste d’attribuer à ce pauvre homme ce qui n’est que l’aboutissement d’un processus, d’une ornière tracée par la Restauration qui a dû être imposé dans le sang et les tortures à l’Amérique latine et s’est déroulé sous l’égide d’un socialisme mitterrandien en France? Et y a-t-il quelque chose à espérer de ces gens là? En dehors de quelques expéditions qui ne font qu’aggraver la situation sur le modèle néo-colonial… Et le pire est peut-être la manière dont le PCF, bien des organisations se sont amarrées à ce bateau à la dérive, ne voyant aucune autre issue pour sauver quelques notables locaux vieillissant… Que nous en soyons réduits à un tel naufrage faute d’espérance révolutionnaire… Ou simplement pour imposer la paix à laquelle tu aspires…

Si tu imagines qu’il y a dans cette situation un lieu de paix, c’est que tu crois comme Marc Aurèle qu’il te suffit de trouver un rocher battu par les flots, c’est que tu as encore les moyens de penser ainsi, ce qui ne saurait durer.

Donc effectivement tu ne dois pas changer de ciel mais d’âme. ..  Autrement comme disait Lacan à propos de malaise dans la civilisation, c’est la politique de l’Autriche.

Parce que ce qui me sépare de ces courtisans douillets stoïciens, c’est l’interprétation du changement d’âme, la seule solution pour changer d’âme est de se donner comme objectif non pas de comprendre ou de contempler un monde indigne mais de le transformer, ne pas se contenter d’analyser, mais chercher les points d’appui, les leviers comme pour soulever le monde… Le levier ce serait une force politique, un parti communiste qui change le sens de la vie politique telle qu’elle est et le point d’appui son enracinement dans le peuple jusqu’ici méprisé, ignoré, bafoué… Au point d’en être devenu marécageux, sollicité par toutes les haines raciales et les profits mafieux… Recréer le levier en même temps que le point d’appui, ne pas se faire d’illusion…  Plus facile à dire qu’à faire, et pourtant si tu veux la paix, la justice –  le bonheur c’est une autre histoire,-  il te faut savoir que rien ne se te sera donné que tu ne leur aura arraché… Il ne te suffira pas de penser préserver l’existant, il faut agir pour le transformer, mais tu as des atouts, ici et ailleurs, partout l’humanité s’est réveillée et c’est même étonnant comme il lui a fallu peu de temps pour le faire après le grand traumatisme de l’effondrement de l’URSS. Vingt ans c’est très court, ils en sont conscients…

Comme l’a si bien exprimé Marx dans l’idéologie allemande, la réponse à Feurbach.. Et c’est là que le problème devient tout à fait concret: quelle organisation, quelle lutte me permettra effectivement de changer d’âme? Le comportement à risque aujourd’hui c’est celui de croire que face à l’ébranlement du mode de production capitaliste dans lequel nous sommes entrés, il sera possible de sauver les meubles, les niches de quiétude tout en combattant leurs « réformes ».

Danielle Bleitrach

 
3 Commentaires

Publié par le avril 25, 2016 dans Uncategorized

 

3 réponses à “La réflexion du jour: Changer d’âme ou ce sera la politique de l’Autriche

  1. Jeanne Labaigt

    avril 25, 2016 at 7:21

    Comme le disait Hegel « la belle âme » stoïcienne renonce à tout ce sur quoi quelqu’un d’autre pose la main et dit « ceci n’est pas à moi ».
    Pour « sauver » sa vie elle y renonce.
    A force de dire mon être ne dépend pas de mon avoir , elle perd la vie.
    Hegel, repris par Marx (et reprenant en ceci Spinoza) en ce point nous dit que la vie c’est la lutte et que l’homme se fait uniquement dans la mise en jeu de son existence.
    A vouloir « assurer » ses arrières , à pantoufler tièdement comme force d’appoint à l’assemblée dans le déni de la lutte de classes c’est à dire de la vie même, le parti communiste a perdu la vie.
    Quant à moi, mon silence est du à une santé ravagée et non à un quelconque désaccord avec tes réflexions et positions.
    A très bientôt et encore merci.

     
  2. jjp

    avril 25, 2016 at 8:38

    Je ne crois pas qu’il faille arracher quoi que ce soit à qui que ce soit, car cela reviendrait à se recréer des ennemis et donc tuerait toute paix.

    Toute lutte désigne un ennemi, donc la lutte est forcément anti-Paix, et on ne peut espérer obtenir la Paix en utilisant les moyens de la guerre.

    La solution est la recréation de l’unité, car seule l’unité donnerait une place paisible à un ennemi. Mais pour cela, il ne faut pas avoir quoi que ce soit qu’il puisse désirer.
    Il advient donc que l’unité ne peut se faire que dans le dénuement, la simplicité d’une vie « pauvre » matériellement mais qui serait riche humainement.

    Il faut choisir, l’avoir ou l’être, mais on ne peut obtenir les deux, savoir que l’avoir se fait forcément sur le dos de l’autre( ce qui génère toutes les guerres), me suffit pour choisir l’être, pauvre certes ……. mais en Paix.

     
  3. jehaislescookies

    avril 25, 2016 at 9:14

    cette façon de « remettre à sa place » ce fameux stoicisme, autrefois tant vanté (et maintenant aussi ! c’est devenus la fameuse doxa « psy » des bouddhistes rive gauche et de ceux que j’appelle la Secte des Adorateurs de la Mort) est vraiment bien ! démystifiante, et réconfortante. Bravo. La philosophie de l’absurde n’est peut-être pas gaie mais nettement plus honnête.

     

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