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L’Asie centrale offshore

10 Avr

  • Cet article est un chef d’oeuvre dans le genre… Il explique en effet avec une sorte d’innocence touchante que l’Asie centrale n’est pas une somme de pays arriérés de l’ex-Union soviétique totalement fermés à l’économie de marché. Ils ont au contraire réussi leur transition avec succès En particulier les élites, héritées de l’appareil soviétique, ont parfaitement intégré le systèmes des paradis fiscaux et la fameuse corruption caractéristique de ces pays n’est en fait que le moyen par lequel l’occident étend son mondialisation financière. Certes il y a un petit détail, la vie de la majorité de la population est devenue insupportable, misère, épidémies, chômage, trafics en tous genres et bandes levées pour alimenter quelque sjihad, mais ça aussi c’est la modernisation capitaliste. Bravo l’Asie centrale devenue « moderne »… . (note de Danielle Bleitrach)

Une des dernières éditions du Central Asian Survey, revue scientifique consacrée à l’Asie centrale, casse avec force le stéréotype d’une région reculée, peu intégrée dans la mondialisation économique. Retour sur les principaux points soulevés dans ce dernier numéro.

L’Asie centrale est en fait bien intégrée dans la mondialisation, à commencer par les flux financiers globaux. C’est là le message principal qu’avance ce premier numéro de 2015, dirigé par John Heathershaw (University of Exeter) et Alexander Cooley (Columbia University), deux des principaux spécialistes universitaires de la région.

Alors que cette région a longuement été analysée comme étant isolée économiquement, les chercheurs montrent que « même les Etats centre-asiatiques avec les systèmes économiques les plus fermés (l’Ouzbékistan et le Turkménistan) ont incorporé leurs transactions […] dans un jeu de réseaux de transactions informelles à portée mondiale. » Ainsi, les premiers acteurs de cette intégration sont les élites locales soucieuses de dissimuler leurs capacités financières.

Par cette analyse innovante de l’Asie centrale, ce numéro du Central Asian Survey combat le mythe d’une libéralisation ratée, reprochée à des maux locaux parmi lesquels la corruption, le clientélisme et le régionalisme. Au contraire, une compréhension complète du développement économiques des pays centre-asiatiques comprend la considération de leur imbrication dans l’économie mondiale.

Casser les mythes sur l’économie centre-asiatique

Non l’Asie Centrale n’est pas isolée des évolutions politiques et des réalités géopolitiques régionales ou globales. Au contraire, la région est au cœur de la diffusion de certaines normes. C’est le cas, notamment, de la notion de société civile au Kirghizstan avec ses 10000 à 15000 ONGs. Le pays où « les ONGs poussent comme les tulipes ». D’autre part, certains Etats de la région se font maîtres dans les pratiques de simulations d’institutions démocratiques. Le Kazakhstan est ainsi un des Etats dont le modèle politique est à l’origine du concept de « demi-autoritarisme » initié à la fin des années 1990.

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Non l’Asie Centrale n’a pas raté sa transition vers l’économie de marché. Alors que les problèmes de la région ont longtemps été attribués à une libéralisation manquée, celle-ci aurait plutôt été sélective, tournant surtout autour de la dérégulation financière. Ainsi, une intégration à l’économie de marché mondiale s’est accompagnée d’un manque ou d’une absence de libéralisation politique, faisant obstacle aux libertés économiques.

Tandis que les réformes liées aux institutions financières et à la libéralisation de certains secteurs sont promus avec insistance par les organisations internationales, celles de l’Etat, des institutions et du mode de gouvernance sont reportées à des lendemains moins noirs. C’est le cas du secteur de l’électricité au Kirghizstan : les institutions financières comme l’Etat préfèrent miser sur l’augmentation des prix de l’électricité que sur une lutte contre la corruption dans le secteur. C’est aussi le discours employé par le président kazakh Noursoultan Nazarbayev, qui préconise la nécessité d’un Etat fort pour un développement économique efficace.

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Non l’Asie Centrale n’est pas traditionaliste et clanique. Les structures sociales locales s’appuient bien sur des formes sociales préexistantes, mais les indépendances ont également mené à une imbrication globale des « clans » centre-asiatiques. Ainsi, dans les régions minières du Kirghizstan, des structures sociales dites traditionnelles vont de pair avec un très bon suivi du prix de l’or sur les marchés mondiaux. Les clans évoluent donc au côté de réseaux d’intermédiaires qui assurent le lien avec l’économie globale.

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La corruption : une affaire de complicité internationale

Ces mythes que conteste le Central Asia Survey se sont établis alors même que croissaient des réseaux économiques mondiaux autour de l’Asie centrale. Mais cette intégration a surtout servi l’enrichissement d’élites économiques et politiques (dans la région elles ne font qu’une) et du secteur financier de pays développés. Ainsi pour les chercheurs de conclure l’introduction au numéro : « Si on explore l’ensemble des points de contact extraterritoriaux [de l’Asie Centrale] – des entreprises de lobbying jusqu’aux cabinets d’avocats – alors le si bien nommé ‘Grand Jeu’ devient bien moins héroïque et bien plus proche de la maison. Aujourd’hui les émissaires de la Russie et de l’Ouest en Asie centrale peuvent mener des affaires depuis leurs confortables bureaux. Et les élites centre-asiatiques peuvent poursuivre leurs intérêts politiques et économiques locaux via les mécanismes offshores offerts par la globalisation

Ce que ces mythes cachent, c’est l’enrichissement massif des élites centre-asiatiques qui n’aurait pas été possible sans «la complicité de l’Ouest et même son implication active dans de nombreuses activités de corruption qui sont d’habitude vues comme étant exclusivement le résultat d’actions locales [aux pays d’Asie Centrale].»

En effet, les logiques du libéralisme et de l’individualisme se sont bel et bien établies dans la région, bien que leurs gains ne soient limités qu’à quelques-uns. Et comme le précisent Stacy Closson et Charles Dainov dans leur analyse du secteur des hydrocarbures dans la région, malgré toutes les ruptures causées par les indépendances, il y a bien un élément de continuité dans l’intégration de l’Asie centrale dans la mondialisation : « La nature informelle des affaires dans la région eurasienne trouve ses racines dans le système patrimonial soviétique, conçu pour assurer la survie des élites et de leurs cohortes dans une économie de manque permanent. […] Ainsi les leaders obéissent davantage à des intérêts informels plutôt qu’à des dynamiques de marché. »

La Rédaction

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Publié par le avril 10, 2016 dans Uncategorized

 

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