Les fraudes offshore que nous révélons aujourd’hui ont un goût de sang. Fraudes pétrolières en Angola, trafic de fournitures militaires à la Syrie, crimes odieux couverts par le silence des sociétés écrans. Mais la situation belge n’est pas moins sanglante, et permettez que nous présentions à MM. Michel et Di Rupo la réalité des chiffres.

Un effort budgétaire de 8 milliards

Les données sont connues : d’ici 2018, la Belgique devra fournir un effort budgétaire supplémentaire de 8 milliards. Dans le même temps, faute d’avoir étoffé et équipé une administration des Finances qui serait digne de ce nom, l’administration fiscale a dû mettre en décharge un minimum de 5,8 milliards en cinq ans, évaluation basse d’un manque à gagner, d’un irrécouvrable consenti sur la seule base d’une idéologie qui percole insidieusement à gauche comme à droite : il y aurait trop de fonctionnaires, le bien commun serait décidément impayable, la justice et l’équité seraient des valeurs d’un autre siècle, vive l’anarchie néolibérale et les pavillons quatre façades.

Dès lors, pour collecter huit milliards malgré tout, les gouvernements ne songent qu’à alourdir le joug des populations qui restent asservies à l’impôt – les salariés, les pensionnés, les chômeurs – créant une fracture digne de l’Ancien Régime : voici le retour des serfs et des affranchis, d’une part ceux qui ploient sous l’impôt, et d’autre part ceux qui sont de facto dispensés de toute solidarité – même s’ils utilisent nos hôpitaux et roulent à 180 km/h sur les autoroutes que nous finançons.

Pas davantage d’impôts

Pour la quatrième année consécutive pourtant, nous rompons le silence des offshores et du secret bancaire pour démonter une réalité simple : il ne faut pas davantage d’impôt, mais une reprise en main de l’assiette fiscale, une meilleure répartition du poids de la solidarité, avec une administration plus efficace, plus offensive. Ce que l’administration fiscale nous dit aujourd’hui, c’est qu’elle a tout bonnement été incapable, faute de preuves, faute de moyens, de poursuivre les fraudeurs que nous révélions en 2013 dans l’OffshoreLeaks.

Un goût de sang, disions-nous. Oui. La fraude fiscale ne provoque pas seulement l’appauvrissement généralisé des salariés, la fuite de capitaux qui devraient donner du tonus à notre tissu économique, mais aussi l’anémie des grands corps de sécurité. Faute de rentrées fiscales, combien d’argent a-t-on dû économiser sur les forces de police ? Sur les services de renseignements ? Rappelez-moi : avec quels résultats ?