Source : Oriental Review, le 16/03/2016

Mercredi 16 mars 2016

Par Oriental Review

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Le 14 mars la Russie a annoncé que ses troupes allaient prochainement se retirer de Syrie – l’opération militaire lancée le 30 septembre de l’année dernière à la demande du président Bachar el-Assad va bientôt se terminer. La Russie a fait tout son possible pour ramener la situation à la normale dans un pays qui fut submergé par le chaos durant les cinq dernières années.

Tout s’est mis en place pour rendre cette étape faisable : le nouveau traité de paix entre les troupes du gouvernement d’Assad et les forces d’opposition, qui a été négocié par la Russie et les États-Unis le 27 février ; les avancées victorieuses des troupes syriennes (y compris celles de l’opposition et des Kurdes) ; la récupération par le gouvernement de certaines régions détenues par les terroristes de Daesh et Jabhat al-Nosra. La Russie a donc réalisé les objectifs militaires qu’elle s’était fixés.

Depuis le 30 septembre 2015, lorsque le président russe a ordonné aux forces aéronautiques russes de mener des frappes contre Daesh et d’autres groupes terroristes, des provinces entières ont été libérées des miliciens ; les personnes qui jusque récemment prévoyaient de partir pour l’Europe ont maintenant décidé de rester chez elles ; et il y a maintenant un espoir de paix. Cet espoir n’a pas seulement été inspiré par le succès des pilotes russes qui ont effectué des douzaines de sorties chaque jour mais aussi par le succès des diplomates qui finalement – et seulement après l’intervention de la Russie – ont attiré l’attention sur le problème de la menace du terrorisme mondial, problème sur lequel le président russe avait alerté l’Occident depuis 2007 lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. Comme nous le savons, à cette époque, ses paroles furent tout simplement ignorées.

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Cependant, il n’était plus possible d’ignorer les opérations militaires des troupes russes : malgré les efforts de façade de la coalition occidentale menée par les États-Unis pour combattre Daesh (ils ont mené cette opération depuis août 2014) et l’intervention active de l’Arabie Saoudite, ces deux forces combinées n’ont pu stopper l’avancée des terroristes – au contraire, les miliciens ont réussi à s’emparer de plus en plus du territoire syrien. La vraie bataille contre le terrorisme sur le sol syrien a seulement débuté le 30 septembre dernier, après que le président Bachar el-Assad a demandé à la Russie son aide pour soutenir les opérations au sol des forces gouvernementales. Depuis lors, l’Occident a reconnu, bien qu’avec réticence, la contribution décisive de la Russie pour ramener la situation à la normale dans le pays.

« Etant donné ces circonstances, nous n’avons naturellement pas l’intention de nous enliser complètement dans ce conflit. Nous agirons strictement en accord avec la mission fixée. Premièrement, nous soutiendrons l’armée syrienne uniquement dans son combat légitime contre les groupes terroristes. Deuxièmement, notre soutien sera limité à des frappes aériennes et n’impliquera pas d’opérations au sol. Troisièmement, notre soutien aura une durée limitée et ne continuera tout autant que l’armée syrienne mènera des offensives antiterroristes. » – Vladimir Poutine, le 30 septembre 2015.

Lorsqu’on revient sur les déclarations faites par les autorités russes et les chefs militaires concernant le calendrier de leurs opérations militaires en Syrie, leurs principaux objectifs étaient de porter un coup sans équivoque dans le cœur du terrorisme international et de préparer le terrain à un dialogue entre les différentes parties syriennes qui s’opposent – l’armée gouvernementale et l’opposition « modérée ». Maintenant que les terroristes perdent le contrôle des villes syriennes presque chaque jour et que les rebelles se rendent massivement au gouvernement légitime, les objectifs militaires sont assurément remplis. Créant ainsi les conditions politiques nécessaires pour qu’un dialogue se mette en place. De plus, chaque jour de plus en plus de villes – actuellement plus de 100 – rendent les armes et respectent le cessez-le-feu. Plus récemment, les civils ont pu retourner en sécurité chez eux sans risquer leur vie à Bir Abou Ali, Wadi za Zaydi, Nahtah, Atbah, Darayya et Tell Maraq.

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Carte de la situation en Syrie le 14 mars 2016 – Source: http://syria.liveuamap.com/

Au total, durant les 5 mois et demi qu’ont duré les frappes aériennes, les forces aéronautiques russes ont réalisé plus de 9 000 vols, 26 000 infrastructures terroristes ont été frappées. Parmi elles : 2584 unités de commandement et de communication, 401 camps d’entraînement, 181 lieux de fabrication de munitions, 2043 dépôts de carburant et de munitions, 9318 fortifications de toutes sortes, 287 infrastructures pétrolières, 2912 camions citernes. 400 villes et plus de 10 000 kilomètres carrés de territoire libérés par l’Armée Arabe Syrienne. La province de Lattaquié complètement libérée, les communications avec Alep restaurées. Palmyre est assiégée, le contrôle des champs de pétrole et de gaz a été rétabli. La majorité du territoire des provinces de Hama et Homs a été libérée, l’encerclement  de la base aérienne de Kuweires supprimé. Nombre total des victimes au sein du personnel russe durant les opérations : 5.

Après tant d’années, le processus de réconciliation nationale en Syrie a finalement commencé, comme mis en évidence par le travail de toutes les parties prenantes pour se diriger vers un projet collaboratif de nouvelle constitution pour le pays. De plus, les parties belligérantes se réunissent de plus en plus dans les provinces syriennes pour discuter des problèmes immédiats et pour déterminer une stratégie de développement pour la république. Il aurait été possible d’accomplir cela il y a longtemps déjà et avec moins de victimes civiles, si le combat contre le terrorisme, sous le prétexte duquel l’Occident a envahi l’État souverain, avait bien été le but recherché.

La Russie se retire après avoir accompli son devoir pas seulement envers le peuple syrien mais aussi envers la communauté internationale. Il est maintenant temps pour l’Occident et ses alliés de trouver une solution à l’amiable afin de continuer le travail et résoudre la situation. Les Américains et les Saoudiens – qui ont un grand intérêt à garder la mainmise sur le Moyen-Orient – ont déjà réalisé ce que jouer avec les terroristes causera à leur réputation. Par le retrait de ses troupes, la Russie permet aux Américains et à leurs partenaires de sauver la face – tout comme ils l’ont fait en 2013 lorsque Obama s’apprêtait à bombarder Damas. Et les indices semblent montrer que cette fois l’administration présidentielle ne prendra pas ce risque.

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Quelles seront les conséquences de la décision du président russe ?

1) Il n’y a pas de raison de penser que la situation militaire de l’armée de la République arabe syrienne va s’affaiblir. Les équipements fournis par la Russie, les deux bases militaires (une navale et une aérienne) et le reste des forces aéronautiques laissées sur place pour surveiller le cessez-le-feu, plus les conseillers militaires russes, resteront en Syrie. Les infrastructures de Daesh ont largement été détruites et le cessez-le-feu sécurisé.

2) Les négociations entre la Russie et les États-Unis sont imminentes, et à en juger par la réaction de la Maison-Blanche, le retrait de la majeure partie des forces russes s’est avéré un choc total.

3) La machine de propagande qui a activement alerté l’Europe sur comment « la Russie conduit les réfugiés dans l’Union européenne » est subitement tombée en panne – tout comme l’entière stratégie de « couverture » du conflit syrien par les médias mondiaux, dont les reporters ont fait preuve d’une partialité politique sans vergogne ces derniers mois.

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Principaux résultats de l’opération aérienne russe en Syrie, septembre 2015 – mars 2016. Source: RIA

Source : Oriental Review, le 16/03/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.