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Marseille, ma journée au milieu de 120.000 autres manifestants

01 Avr

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A 9 h je vais prendre le métro aux chartreux où j’habite, je flâne, il y a un marché aux fleurs, je n’y résiste pas je m’achète 6 pivoines pas encore écloses et un bouquet de tulipes blanches veinées de rose, et je retourne chez moi  mettre ces chefs d’oeuvre de délicatesse dans l’eau… 9h 30 retour sur la place et là catastrophe le rideau du métro est tiré, il faut rejoindre à pied le Vieux Port,… Sur l’avenue des chartreux, je vois débouler une centaine de jeunes gens qui crient… Parmi eux déjà quelques encagoulés qui flanquent des coups de pied aux voitures et renversent les poubelles. Sur le bord du chemin des personnes âgées, des petits commerçants apeurés qui dénoncent cette horde. Les commentaires les plus positifs se plaignent qu’ils ne soient pas encadrés… Les autres disent « ils sont envoyés par ceux qui sont au pouvoir » ou pire: « IL n’y a que Le Pen pour nous sortir de là… »

Ce qui est sur c’est que ces jeunes vont rapidement me distancer et je ne sais plus très bien où ils sont passés quand j’arrive sur la Canebière. Ils sont littéralement noyés dans la masse parfaitement tranquille… Le 9 mars était déjà une belle manif mais là nous renouons avec un centre ville dont toutes  les artères sont occupées par différents cortèges… J’ai donné rendez-vous à Olga- toujours pour ces foutus attestations- mais leur car vient d’Aubagne et nous n’arriverons pas à nous rejoindre… Il fait beau et même chaud, des jeunes filles sont en tenue d’été… Elles chantent et crient… Des drapeaux partout et chacun tente de rejoindre les siens… Au coin du Cours Lieutaud et de la Canebière, je quitte le SNES pour rejoindre le PCF qui attend le passage du cortège. Nouvelle séquence émotion, plaisanteries, Hayot, Coppola, Posado, ça fait plaisir de les revoir… Et c’est la marche jusqu’à Castellane, je me retrouve avec la section du 3e après que la mienne celle du 13 e ait rejoint leurs voitures au Cours Julien., Sous le pont il y a des policiers en civil, les renseignements généraux qui comptent les manifestants. Ils nous confirment que c’est une manif des grands jours, une démonstration de force comme il n’y en a plus eu depuis longtemps. Oui mais voilà, la centaine de jeunes que j’ai vu aux chartreux descendaient de la Rose, dans le 13e et nous ne savons pas qui ils sont. Nous ignorons tout de leur colère, même dans cette manif magnifique ils ne savent pas que nous sommes là… Résultat, les gens aux Chartreux ne voyaient d’issue politique que dans Le Pen…

Etienne de radio Galère fait des micro-trottoirs, il m’interview : je lui dis que c’est une puissante manifestation, que le gouvernement devrai en tenir compte parce que ce n’est qu’un début. Il n’empêche c’est un gouvernement qui a été élu sous l’étiquette de gauche qui fait ça… La réponse de la rue est forte, ici quand les gens résistent il n’y a pas de tentation d’extrême-droite, celle-ci est prise dans sa contradiction: feindre qu’elle est pour les ouvriers et dans le même temps soutenir ses exploiteurs… Il n’empêche, ce qui manque encore c’est une perspective politique, il n’y en aura pas à gauche sans un parti communiste fort, la colone vertébrale d’une véritable résistance.

quand on arrive au terme de la manif, à Castellane ,, une partie des militants est déjà dans les cars tant la manif a été longue. Je décide comme d’autres d’aller dans un restaurant du coin. Contre les vitrines des cartons, La CGT de Port de Bouc, attablée nous offre sa pancarte: « nous ne nous laisserons pas reprendre les acquis des anciens »… Ca ét les jeunes je ne sais pourquoi ça me rend joyeuse au point d’avoir la gorge serrée et les larmes aux yeux, il y a quelque chose qui m’émeut comme un souffle d’éternité quand l’histoire des peuples se transmet, c’est la seule immortalité à laquelle je  crois… .Après avoir erré à la recherche d’une table libre, je suis installée sur une terrasse, une tente avec des fenêtres en plastique, le vent la soulève et ça fait un bruit de bannière  claquant dans la tempête… .Et là commence la danse, il y a un cortège de jeunes qui s’avance avec un immense drapeau cubain,  deux ‘autres ont des drapeaux rouges avec la faucille et le marteau… Ils sont très jeunes, des lycéens, ils ont l’air tranquille, mais tout à coup ils s’enfuient, la police charge, les caméras de télévision que l’on n’ a pas vues jusqu’ici se mettent à filmer… Sur le Prado et dans les contre allées des jeunes lycéens bloqués par la police en civil…

Un peu plus tard, alors que tout est calme. La ligne 1 du métro, celle qui mène aux Chartreux et à la Rose fonctionne mais les rames sont rares… Un haut parleur explique qu’à cause d’un mouvement national de grève… etc…  Une discussion s’engage, j’explique que je suis crevée et que malgré la sciatique j’ai marché, marché, mais que là je n’en peux plus… Une jeune femme déclare « on était nombreux mais on aurait dû tous être là ! ». Dans les travées debout, il y a des jeunes… Ils me remercient d’avoir manifesté pour eux, parce que m’expliquant-ils c’est leur avenir qui se joue… Ils sont lycéens à Artaud à la Rose, ils viennent de Plan de Cuques, d’Allauch… Ils déplorent la venue des casseurs… » Ils sont là pour créer le bordel… Pour empêcher que le mouvement monte, mais ils ne réussiront pas leur coup.. ».

Toujours cette étrange sensation d’un rendez vous raté de ces jeunes avec ma section, peut-être pas, les camarades n’ont cessé de distribuer des tracts pour la manif… Pourtant nous avons tant de choses à nous dire et à faire ensemble… je suis épuisée et je tombe sur le lit en rentrant chez moi… Les pivoines se sont  épanouies et mon gros chat rouquin miaule d’indignation parce que sa gamelle est vide…En la remplissant machinalement,  je repense à ce moment où nous avons parlé des textes alternatifs avec Hayot et Coppola. Ils ont lu mon texte sur les difficultés que nous fait la fédé des Bouches du Rhône pour nous donner les attestations… Ils ont beaucoup ri en me lisant et plus encore quand j’ai bougonné: « s’il ne tenait qu’à moi il n’y aurait pas de texte alternatif et la base commune serait écrite dans un langage compréhensible. »… Ils rient sur le mode « Danielle ne change pas, sous entendu toujours aussi stal! » Ils n’y comprennent rien: je trouve que tout ça c’est du temps perdu alors que nous devrions tout mettre en oeuvre pour que s’organise enfin la rencontre entre le pCF et cette jeunesse révoltée… Je serai stal… pas tant que ça… mais je rêve de retrouver ce parti où chacun comptait pour un…

Cette manière de devoir nous ranger dans un camp m’est totalement étrangère et ça nous épuise dans le combat vers l »extérieur, encore faut-il qu’il y ait de la clarté dans nos combats, nos buts et  désormais c’est incompréhensible, il n’y a même pas de bilan de nos échecs… Moi j’ai toujours voté contre les textes alternatifs et ceux qui les ont imposés aujourd’hui manoeuvrent pour qu’il n’y ait pas débat…  J’ai appris par deux sources différentes qui ont assisté à la réunion des secrétaires de section que le secrétaire fédéral leur a fait comprendre qu’il fallait voter soit pour la Riposte, soit pour le texte non encore écrit du 15e, mais pas question du notre… Il a expliqué que ces deux textes  allaient être validés, pas un mot sur le nôtre, il n’existe pas. Soit c’est de l’intox soit on leur donne leurs attestations alors qu’on fait tout pour empêcher les nôtres. Je me suis fait  répéter l’information par trois secrétaires de section présent à la réunion; C’est vrai mais toujours aussi stupéfiant de politicaillerie médiocre…Je comprends mieux pourquoi la veille dans ma section, le permanent de la fédé,, et son acolyte brutal qui présidait la réunion m’a interdit de parler des textes alternatifs en prétendant que ce n’était pas à l’ordre du jour.  Franchement est-ce qu’on n’a pas mieux à faire? Et c’est avec ça qu’ils veulent que ces jeunes se sentent communistes? Si je n’avais pas connu un autre parti est-ce que je serais devenue communiste?

Ce n’est certainement pas non plus en organisant des primaires pour sauver le PS qu’on se fera comprendre d’eux… Qui dans cette magnifique foule veut sauver le pS? Ni d’ailleurs en leur inventant un sauveur suprême à la Tsipras qui les trahira parce qu’il n’osera pas sortir de l’Europe parce qu’il n’aura pas un parti, mais un mouvement… mais bien en organisant la résistance et la perspective d’un changement de société… Des élections sans doute mais des luttes certainement… Un ami m’a dit « mais moi je n’en peux plus, je veux que ça change et qu’il y ait en 2017 un changement non seulement d’homme mais de politique. Je suis d’accord avec lui, mais qu’il ne se fasse pas d’illusion, aucune solution de facilité n’aboutira…

Danielle Bleitrach

 

 
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Publié par le avril 1, 2016 dans Uncategorized

 

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