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Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine

25 Mar

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« Dieu » que j’estime ce que dit cet homme, bien qu’il se trouvera nombre de gens pour me faire remarquer que contradictoirement parfois il opte à ce propos pour  une attitude plus spinoziste qui laisse ouverte la question non pas d’un créateur mais d’une création avec ses lois, d’un panthéisme, mais toujours dans la même logique il récuse la survie des âmes et la conception anthropomorphique des religions. J’aime également sa relation « au peuple » juif, son refus d’une « élection » (vive le ballottage dirait Woody Allen), et ce qu’il apprécie comme moi c’est l’unique qualité de l’absence de relation directe à un pouvoir étatique, d’une violence légitime, du moins en ce temps là…j’ajouterai qu’à l’inverse de la position que je juge stupide d’un Sand, il y a bien peuple obligé historiquement justement à cette absence de lien avec la terre et tout pouvoir étatique, une originalité qui mérite incontestablement étude anthropologique. En tirant sur la démonstration je dirai que c’est mon pacifisme et surtout celui d’Einstein dans lequel je me reconnais, un pacifisme sans humanisme bêlant mais une sorte de répulsion à la stupidité de la guerre, qui me fait m’intéresser à cette expérience juive. C’est dire combien m’est étrangère l’expérience israélienne.  Un peuple n’a pas à être une nation à lui seul et encore moins un Etat, si nation et Etat se justifient c’est dans l’hétérogénéité des peuples et des classes sociales, dans le souci d’une sécurité territoriale, bref là encore retour à Spinoza et au vrai Machiavel. Il a fallu à Einstein l’expérience abominable de la Shoah pour qu’il accepte la création d’Israël mais il a tout de suite refusé militarisme, propension au fascisme, le choix d’Israël faisait partie de ces moments utopiques comme l’idée d’un gouvernement mondial. A discuter (note de Danielle Bleitrach).

Le 26 septembre 1905, le jeune Albert Einstein, 26 ans alors, publie dans la revue allemande Annalen der Physik un article « De l’électrodynamique des corps en mouvement », sur la théorie de la relativité restreinte, contenant la fameuse formule E=mc2. Figure mondiale des sciences et de la conscience humaine, ses recherches et son aura l’amenèrent à statuer sur la question énigmatique par excellence : l’existence de Dieu. Réponse en lettre d’un athée viscéral.

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Janvier 1954

Cher Mr Gutkind, pensée

Poussé par les suggestions répétées de Brouwer, j’ai bien lu votre livre et je vous remercie beaucoup de me l’avoir prêté. J’ai été frappé par ceci : nous avons beaucoup en commun dans notre approche factuelle de l’existence et de la communauté humaine. Notamment, votre idéal personnel selon laquelle les désirs égoïstes luttent pour la liberté et rendre la vie « belle et noble, avec une emphase sur l’élément purement humain ». C’est ceci qui nous unit dans une « attitude non-américaine ».

Enfin, sans la suggestion de Brouwer, je ne me serais jamais engagé intensément dans votre livre car il est écrit dans une langue qui m’est inaccessible. Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine, la Bible est une collection de légendes honorables, mais toujours purement primitives et néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, peu importe sa subtilité, ne pourra me faire changer d’avis. Pour moi, la religion juive, comme toutes les autres religions, est l’incarnation des superstitions les plus enfantines. Et le peuple juif, dont je suis très heureux de faire partie, et dont j’aime beaucoup la façon de penser, n’a pas de qualités particulières par rapport à un autre peuple. Aussi loin que remonte mon expérience, ils ne valent pas mieux que d’autres groupes humains, bien qu’ils soient protégés des pires cancers (la guerre) par un manque de pouvoir. Cela mis à part, je ne vois rien qui le définisse comme le peuple « élu ».

D’une manière générale, je trouve douloureuse l’idée que vous revendiquiez une position privilégiée et que vous la défendiez en dressant deux murs, emplis de fierté : un mur extérieur en tant qu’homme et un autre intérieur en tant que Juif. En tant qu’homme, vous affirmez, en quelque sorte, être dispensé d’une causalité généralement acceptée, et en tant que Juif vous revendiquez le privilège du monothéisme. Mais une causalité limitée n’est plus du tout une causalité, comme le merveilleux Spinoza l’a montré avec toute sa perspicacité. Et les interprétations animistes de la nature des religions ne peuvent pas, en principe, être annulées par ce privilège monothéiste. Avec de telles barrières, on ne peut atteindre qu’un certain auto-aveuglement, mais nos efforts moraux n’y gagnent rien. Bien au contraire.

Maintenant que j’ai assez ouvertement indiqué les différences entre nos convictions intellectuelles, il me semble assez clair que nous nous rapprochons sur des sujets essentiels, c’est-à-dire dans nos évaluations du comportement humain.

Ce qui nous sépare est ce que Freud appelle des « accessoires » intellectuels et la rationalisation. Par conséquent, je pense que nous nous comprendrions mieux si nous parlions de choses concrètes.

Je vous remercie bien cordialement et vous envoie mes meilleures salutations,

Bien à vous,

Einstein

 
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Publié par le mars 25, 2016 dans Uncategorized

 

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